Neuf mois après l’inscription du séga tipik mauricien sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco, le public a eu droit à une magnifique soirée au sein de l’Institut français de Maurice (IFM), à Rose-Hill, le 14 août dernier. Une soirée qui, selon son instigateur, Menwar, a vu la participation de quatre générations de chanteurs et danseurs du séga tipik, dont le plus jeune groupe est Los Negros.
C’est dans une ambiance chaleureuse, aux rythmes des ravannes, synthétiques certes, que le public a pu, pendant deux heures, apprécier la mélodie du séga tipik chanté par nos ségatiers? qu’ils soient de Maurice, d’Agaléga ou des Chagos. Annoncé pour 20 heures, le spectacle consistait, dans un premier temps, en la diffusion d’une vidéo sur le séga tipik. Le temps que tout le monde prenne place. Après la partie protocolaire, sans faire attendre le public plus longtemps, Los Negros a démarré la soirée avec le premier morceau, Esklav, qui figure sur son album Balkoulou et qui raconte l’histoire de l’esclave marron. Le son de la ravanne, du triang et de la maravanne, allié à des voix, sans oublier les paroles poignantes, font remonter des souvenirs d’un passé vécu pour certains, d’histoires entendues pour d’autres mais dans tous les cas de figure, l’émotion était palpable, l’atmosphère réconfortant. Chacun se laissait aller petit à petit au fur et à mesure que les artistes se succédaient sur scène. Que ce soit en position assise ou debout, les corps ondulaient aux rythmes de la musique. On tapait des mains, on reprenait les refrains.
Lorsque Menwar arrive sur scène pour le deuxième morceau de la soirée, l’attention est d’emblée attirée sur ce texte contemporain qui raconte une séquence de vie à Bain-des-Dames. Il reviendra plus tard dans la soirée avec d’autres morceaux dans cette même veine. À 75 ans, Josiane Cassambo fait encore vibrer les coeurs avec sa puissante voix interprétant Tangalé. Daniella Résidu, Mimose Furcy et les Tambours Chagos, Noëlla Allas et le groupe Révélation Agalega enchaîneront les morceaux pour le plus grand bonheur du public. D’aucuns présents ne pouvaient être insensibles aux chansons engagées des groupes chagossiens ou agaléens. Mimose Furcy contant sa propre souffrance et celle des siens d’avoir été déracinés des Chagos. « Rann nou Diego, Rann nou Peros, Rann nou Chagos…». Noëlla Allas, elle, défendant son île : « Lev nou lame nou krier, lev nou lame nou krier, non na pa touss nou zil Agalega ».  
Si un hommage spécial a été rendu en début de soirée à ceux qui ont longtemps lutté contre les préjugés qualifiant le séga de tcholo, le public a eu l’occasion d’entendre, en fin de la soirée, la voix d’un de ses aînés, Marclaine Antoine. Malgré ses problèmes de santé, il a tenu à être présent vendredi soir pour voir la célébration tant attendue du séga tipik. « Se formidab. Mo ti atan ki li koumsa et la verite li koumsa. Aster mo atan ki sa zenr de manifestasyon-la deroul pli souvan », affirme-t-il au Mauricien, en ajoutant que « cette reconnaissance mondiale du séga tipik est comparable à un prix Nobel dédié à Maurice ».
Cette soirée a été organisée par l’IFM à la requête de Menwar en partenariat avec le ministère des Arts et de la Culture et le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine. Le ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, le directeur du centre NMCA, Jimmy Harmon, et le conseiller de Coopération et d’Action culturelle auprès de l’ambassade de France à Maurice, Jean-Luc Maslin, étaient présents à la soirée, au cours de laquelle le groupe Los Negros a présenté son premier album.