En août dernier, soit neuf mois après la reconnaissance du sega tipik comme patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, bon nombre de Mauriciens renouaient avec le « sega lakour » dans le cadre d’une soirée organisée à l’Institut Français de Maurice (IFM), à Rose-Hill. L’occasion pour eux de voir évoluer sur scène quatre générations de ségatiers, dont les plus jeunes au sein du groupe Los Negros. Créé par Patrick Bisnau et Salomé Rose, Los Negros a présenté leur premier album, Balkoulou, lors de cette soirée. Rencontre avec un couple réuni autour ses passions : le séga et le tatouage.
Elle est tombée dans la musique depuis son plus jeune âge et lui, ancien dessinateur dans le bâtiment, a été encouragé par son ex à se lancer dans l’art du tatouage, qui est aujourd’hui son métier. Alors qu’elle baignait dans le sega tipik chez son père à Montagne-Blanche, c’est chez sa grand-mère à Roche-Bois que Salomé Rose est touchée par le jazz. À 12 ans, introduite à l’Atelier Mo’zar du défunt José Thérèse par une de ses cousines, elle choisit le piano. « Il n’y avait pas beaucoup de filles qui faisaient du piano mais par la suite, j’ai pris goût au Saxophone tenor », témoigne-t-elle du haut de ses 24 ans. La jeune fille intègre dès lors le groupe pour des spectacles.
En 2011, Patrick Bisnau tombe sur le profil Facebook de Salomé. Lorsqu’il découvre qu’elle donne des cours de saxophone, il prétexte vouloir en apprendre et la contacte. Salomé accepte. Les deux jeunes gens s’éprennent l’un de l’autre. « Salomé me parlait toujours de son idée de faire un album de sega tipik. Un beau matin, sur un coup de tête je lui ai proposé d’écrire une chanson. « Rekompans » qui figure sur l’album. On a écrit la mélodie ensemble. Dès qu’on l’a trouvée, le jour même, on est parti à Montagne-Blanche pour la mettre en musique avec son père et ses oncles. Ravanne, maravanne, triangle, les voix et la mélodie, tout y était. C’était fort ! On a enchainé avec l’écriture des autres chansons qu’on a reprises en studio ». Le couple a eu l’occasion de présenter un premier morceau au centre Nelson Mandela pour la culture africaine, à La Tour Koenig, en début d’année. Alors qu’en août, il procédait au lancement officiel de son album à l’IFM, il travaillait déjà sur un nouveau morceau parlant de la mort de Nelson Mandela.
Dans son appartement, situé au troisième étage à Pointe-aux-Sables, surplombant l’océan, le couple répète. Ravanne en main, Salomé suit la mélodie que Patrick a enregistré un peu plus tôt sur son téléphone portable. « Dès qu’on trouve un air, on l’enregistre et on le réécoute. On le fait pour chaque morceau », souligne Patrick Bisnau au Mauricien. Ils chantent, s’arrêtent, reprennent un morceau en corrigeant ce qui ne va pas. Ils travaillent tous les jours. « Si l’inspiration est là, nous restons à la maison et travaillons dessus », souligne Salomé Rose.
En dehors de la musique, le couple gère un salon de tatouage, Faptatoo, à La Louise, Quatre-Bornes où les clients viennent sur rendez-vous. Salomé précise que dans le passé, ils ouvraient le salon tous les jours de 10h à 15h. Mais depuis la sortie du premier album, tout a changé. « On doit gérer les deux activités : l’une est aussi importante que l’autre », indique-t-elle. « Salomé m’a introduit au séga et je lui ai enseigné l’art du tatouage », renchérit Patrick Bisnau qui a ouvert son salon en 2004. Artiste dans la peau, Patrick Bisnau devait apprendre la technicité de cet art et les rudiments du métier pour prévenir tout risque sanitaire en la pratiquant, avant d’ouvrir son salon. « Nous avons des clients hommes et femmes, les deux. Parfois ils viennent avec leur dessin, par d’autres, ils nous expliquent ce qu’ils cherchent et nous leur faisons une proposition. It is freehand drawing », précise notre interlocuteur. Les deux sont tatoués : des roses et des lianes couvrent le bras de Salomé. Elle y a aussi inscrit son amour pour Patrick. Son corps à lui est recouvert de tatouage. « Elle m’aime et m’accepte comme je suis », affirme Patrick sous le regard souriant de Salomé. Si le tatouage est un phénomène de mode pour certains, pour d’autres, c’est une culture intrinsèquement liée aux événements phares de leur vie. Tel est le cas pour le couple Patrick et Salomé Rose.