Des médecins du privé sont inquiets : « Le ministère de la Santé ne nous dit pas toute la vérité au sujet de la gravité de l’épidémie de grippe H1N1 dans le pays », craignent-ils. « Ces deux derniers mois, nous avons enregistré pas moins de quatre décès directement liés à ce virus. Et ce sont là des cas dont nous nous sommes directement occupés, entre collègues du privé. Ce qui nous amène à penser qu’il y a d’autres cas et que le ministère n’est pas totalement transparent sur la question… » Ces médecins se disent aussi préoccupés, « car dans le privé, les administrations des cliniques ne suivent pas le même protocole de précautions tel que mis en place par le gouvernement en ce qui concerne la protection des médecins ».
Samedi 26 avril, un homme de 38 ans qui était en traitement dans une clinique est décédé. Selon ces médecins du privé, « il souffrait de difficultés respiratoires et sa mort est directement liée à des complications liées au H1N1 ». Le même jour, un autre homme, âgé également d’une trentaine d’années, aurait été transféré d’une clinique à une autre, « toujours parce que son cas présentait des complications liées au H1N1 ». Selon d’autres professionnels du privé, « pour ce qui est de cet homme, un habitant de l’Est, son cas est ce qu’on appelle un “highly suspected H1N1 case” ». De plus, poursuivent-ils, « le “prognosis” réalisé sur ce patient à ce stade est plutôt mauvais… » Ils indiquent que « les tests sont en cours sur ce patient pour identifier les pathologies dont il souffre et pour assurer si oui ou non il souffre du H1N1… » Nos interlocuteurs expliquent que « c’est parce que le personnel soignant qui le traitait jusqu’ici a eu de fortes suspicions qu’il présentait des symptômes de H1N1 que le transfert vers une autre institution plus performante a été recommandé ».
Ces médecins du privé attestent que « nous qui sommes à l’oeuvre dans diverses cliniques de l’île, ces deux derniers mois, nous avons officiellement enregistré pas moins de quatre décès liés au H1N1, celui de samedi dernier étant le quatrième ». De plus, continuent-ils, « la moyenne d’âge de ces quatre victimes est de moins de 50 ans. Ce qui nous amène à recommander la plus grande vigilance de la part des jeunes adultes, car ceux-ci sont tout aussi vulnérables face à ce virus ». Ces professionnels du privé rappellent que « le virus H1N1 peut affecter très rapidement le système respiratoire de la personne et l’entraîner vers des problèmes aigus. Le patient doit alors être placé sous ventilation artificielle… Et à partir de là, son cas peut rapidement se détériorer, entraînant le décès ».
Pour ces médecins, « le ministère a réagi rapidement dès que l’on a décelé les premiers cas il y a quelques mois pour lancer les campagnes de vaccination pour les plus à risques, c’est-à-dire les seniors, ainsi qu’une vaste campagne nationale de sensibilisation contre le virus. Mais nous pensons que le ministère de la Santé ne nous dit pas tout sur l’étendue des dégâts causés par le virus du H1N1 dans le pays ». Ils rappellent que « le H1N1 est un virus très dangereux. Depuis le début de cette année, nous avons recensé plusieurs cas dans le pays et il semble que d’autres personnes continuent à être infectées ». La prudence et la vigilance sont plus que jamais de mise, soutiennent nos interlocuteurs. Pour rappel, début mars, une femme âgée d’une cinquantaine d’années, était décédée des suites liées à ce virus. Elle avait également été internée dans une clinique pendant un bon bout de temps. Les médecins du privé soutiennent que « dans les cas des patients qui sont morts ces deux derniers mois, certains avaient été transférés des cliniques vers des hôpitaux. Mais leur cas s’était déjà beaucoup aggravé… »
Nos interlocuteurs rappellent que « le gouvernement a déjà, pour ce qui est du personnel des hôpitaux, pratiqué la vaccination de ses éléments contre le H1N1. Cependant, dans le privé, ce n’est pas la même chose. Chaque clinique a sa propre politique… » Et de rappeler que « dans les cas suspectés de H1N1, il y a un masque spécifique qui n’est pas celui qui est couramment utilisé par le personnel soignant. Toutefois, parce que ce masque est différent, il éveille automatiquement la suspicion et pour éviter que les proches des malades ne soient psychologiquement affectés, nous préférons ne pas le porter. Il faut aussi dire qu’il est plus onéreux que le masque traditionnel ».
Ces médecins souhaitent que « les cliniques s’alignent toutes sur le même protocole que le gouvernement et fassent vacciner leur personnel médical et paramédical. Cela parce que nous avons affaire, au jour le jour, à des patients présentant des symptômes divers et dans ce souci de nous protéger, afin d’offrir une meilleure prestation possible ».