Dans une lettre au National Heritage Fund (HNF), les membres du Dodo Research Programme – mené par le Dr Kenneth F. Rijsdijk, Earth Scientist et président du Dodo Alive (Royaume des Pays-Bas) – préconisent une zone tampon de 100 mètres autour du système hydrologique de Mare-aux-Songes (MAS) et du système des dunes du Chaland-La Cambuse. Ils estiment que le site revêt une importance scientifique, culturelle et économique indéniable et que les fossiles du Dodo à MAS seront menacés de dégradation.
« Toute activité menaçant la dégradation de Mare-aux-Songes et les systèmes de dunes du Chaland-La Cambuse représente une menace non seulement à un site d’importance scientifique et culturelle, mais également au potentiel économique pour l’île Maurice et les Mauriciens », déplorent les membres du Dodo Research Programme (DRP), qui se font également appeler Dodo Alive. Ce programme est une initiative scientifique mauriciano-néerlandaise qui, depuis 2006, collecte des données sur Mare-aux-Songes et sur le système des dunes du Chaland-La Cambuse. Le Dodo Research Programme est mené par le Dr Kenneth F. Rijsdijk, étant également président du groupe Dodo Alive (DA).
Dans leur lettre commune au National Heritage Fund (HNF), les membres du DRP-DA rappellent qu’ils bénéficient, depuis 2006, du soutien du gouvernement mauricien, du ministère des Arts et de la Culture mauricien, du HNF et du Mauritius Museum Council, pour collecter des données et mener des recherches sur Mare-aux-Songes (ou Mare aux Dodos) et le système de dunes voisin du Chaland-La Cambuse.
« Nous souhaitons vous exprimer nos préoccupations par rapport à tout projet de développement dans la région de Mare-aux-Songes, également connue comme Mare-aux-Dodos, et dans ses périmètres incluant les dunes du Chaland-La Cambuse », écrivent les membres du Dodo Alive au président du NHF, Yannick Cornet.
« Nous voudrions attirer votre attention sur le potentiel culturel de Mare-aux-Dodos et sur sa vulnérabilité aux perturbations par des projets de construction. Nous souhaitons également souligner le potentiel touristique de Mare-aux-Dodos et du système des dunes du Chaland-La Cambuse, qui devraient être considérés comme un atout économique d’importance régionale et nationale pour Maurice », précisent les rédacteurs.
Les membres du DRP-DA conseillent par conséquent que « tout développement qui interférerait à l’intégrité du paysage ou avec le système hydrologique de Mare-aux-Songes soit écarté », précisent les auteurs de la lettre. Pour soutenir leurs recommandations, les membres du DRP-DA font observer que leurs recherches leur ont permis de découvrir que Mare-aux-Songes contient des fossiles les plus riches et les plus divers des “bonebed” au monde, datant d’environ 4 000 ans, faisant de ce site l’un des plus jeunes au monde. « Les os fossilisés, les restes des insectes et des plantes permettent de reconstruire avec précision les écosystèmes primitifs de Maurice et de celui du dodo avant l’arrivée de l’homme. Scientifiquement, le site est d’une très grande importance pour étudier comment les écosystèmes insulaires fonctionnaient dans le passé afin que nous puissions prédire comment ils réagiront à l’avenir », s’enthousiasment les chercheurs.
Les experts soulignent également que Mare-aux-Songes est un paysage comprenant un système terrestre volcanique et un autre dit côtier. « La partie volcanique est représentée par la partie “terrestre” de Mare-aux-Songes et comprend le bassin contenant les fossiles. Ce bassin a été formé par l’écroulement des tunnels de laves et des explosions lorsque les laves ont rejoint l’océan il y a 120 000 ans. La partie côtière comprend le sable et les dunes du Chaland-La Cambuse, la plateforme colmarienne, les cours d’eau voisines de Mare-aux-Songes et le lagon de Blue-Bay », précisent-ils.
« Une importance cruciale à la préservation du lit des fossiles de Mare-aux-Songes revient au système hydrologique souterrain. Le niveau d’eau souterraine et la composition de l’eau ont permis la préservation du lit de fossiles… La qualité de l’eau est bonne pour la préservation des os et des bois. Cependant, ce système hydrologique est hautement sensible à l’intervention humaine et à une extraction de cette eau de quelque manière que ce soit de ce système menaçant ce lit de fossiles de décomposition et désintégrera les os », préviennent encore les membres du DRP-DA.
Les experts préconisent par conséquent trois choses. D’abord une zone tampon de 100 mètres autour de Mare-aux-Songes et du système des dunes du Chaland-La Cambuse. Puis « une évaluation et une assurance scientifiques qu’aucun projet ne mènera à la destruction, la modification ou l’interférence avec ce système terrestre unique, y compris le système de dunes du Chaland-La Cambuse, qui a formé le lit de fossiles de Mare-aux-Songes », poursuivent-ils. Et enfin, « une étude scientifique pour s’assurer qu’aucun bâtiment ni infrastructure dans l’eau dans les environs ne viendront interférer avec le système hydrologique des fossiles de Mare-aux-Songes ».
Les membres du DRP-DA précisent en conclusion que Mare-aux-Songes est « un exemple d’atout économique concret » d’importance nationale et régionale, et non pas seulement un site scientifique, naturel et un patrimoine culturel. « Nous soutenons par conséquent tout projet par lequel Mare-aux-Songes et Le Chaland-La Cambuse dévoileraient l’importance du site fossile aux Mauriciens et aux touristes pour mieux connaître l’île Maurice. »