Selon le dernier sondage effectué par la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé et Public (CTSP), le panier de la ménagère est passé à Rs 9 400 contre Rs 7 421 en 2016, soit une hausse de Rs 2 000. Or, souligne Jane Ragoo, secrétaire générale de la CTSP, dans la Zone franche, « il y a des femmes qui touchent encore Rs 5 600 et des cleaners d’établissements scolaires encore Rs 1 500 par mois ». Ce qui la pousse à dire qu’« il y a une extrême pauvreté à Maurice ». « Une telle situation n’est plus possible. Il faut un salaire minimum d’au moins Rs 8 500 », dit-elle.
Depuis 2006, la CTSP effectue un sondage auprès des personnes les plus vulnérables financièrement dans l’île. « À travers cet exercice, nous nous sommes rendu compte que beaucoup de personnes vivent dans la pauvreté dans le pays », précise-t-elle. D’après les calculs qu’effectue la confédération tous les trois mois, le panier de la ménagère pour deux adultes et deux enfants est arrivé à Rs 9 400 contre Rs 7 421 l’an dernier. Ce panier comprend des produits de base comme le thé, de la viande surgelée, des grains secs, du dentifrice, des savonnettes et des conserves. Sont exclus les frais de la CWA, du CEB et le coût du transport.
Pour Jane Ragoo, avec un tel coût de la vie aujourd’hui, « il est impensable que 100 000 personnes touchent toujours moins de Rs 5 500 ». Elle ajoute : « C’est très choquant ! Il faut que la population ait accès à une sécurité alimentaire. » Elle rappelle en outre que le gouvernement de l’Alliance Lepep « avait mis en avant le salaire minimum comme un des éléments phares de sa campagne électorale ». « Nous sommes pratiquement à la troisième année depuis que le gouvernement est au pouvoir et toujours rien ! Même s’il est vrai qu’un comité a été mis sur pied au début de l’année en ce sens ». Jane Ragoo poursuit : « D’après ce qu’on a compris, la “poverty line” est de Rs 7 200 par mois. Or, 100 000 personnes ont moins de Rs 5 500 par mois. » Elle n’oublie pas les « 629 cleaners des écoles primaires et secondaires qui ne reçoivent que Rs 1 500 mensuellement ». « De plus, c’est le ministère de l’Éducation qui les rémunère ».
La secrétaire générale de la CTSP est d’avis qu’il faut « un travail décent » pour tous et non pas un emploi précaire sur contrat. « Il faut un travail permanent pour que l’employé puisse construire son avenir. On ne peut entrer dans un travail pour six mois ou sept mois seulement. Il faut un emploi décent et un salaire décent. Il faut qu’une personne puisse avoir le minimum pour une alimentation saine. Il faut aussi une sécurité sociale. Une personne peut toucher Rs 50 000, mais lorsqu’elle prend sa retraite, elle ne touche que Rs 5 000. Il faut une protection sociale », estime Jane Ragoo, avant d’ajouter que les compagnies devraient partager leurs profits avec leurs employés car « la compagnie a besoin des employés pour réaliser des profits ».
S’exprimant sur le sort des cleaners, elle plaide pour la reconnaissance de leur travail. « Si votre enfant a la possibilité d’aller dans une école où la cour et les toilettes sont propres, essayez de penser qu’il y a des femmes qui y sont passées et qui ont assuré la propreté. Je ne comprends pas pourquoi des personnes qui travaillent une journée devraient avoir Rs 1 500 seulement par mois ! Elles sont dans la misère noire. Ces personnes ont une manière de parler aux enfants. Ces derniers les apprécient, mais souvent elles subissent de l’humiliation. Les maîtres d’école les tutoient. En 2015, 329 d’entre elles ont eu droit à Rs 8 500. On profite souvent pour leur dire de nettoyer les vitres quand les autres cleaners affectés à cette tâche ne sont pas là ».
Jane Ragoo rappelle que le gouvernement a signé les UN Sustainable Development Goals en 2015 « dont le premier item est l’élimination de la pauvreté ». « SAJ a dit que son but est d’éliminer la pauvreté. Il ne reste au gouvernement que deux ans de mandat. Depuis trois ans, il sait que ces femmes n’ont que Rs 1 500. »