— Bruno Raya (organisateur) : « J’espère que cette reconnaissance internationale encouragera nos politiciens à donner davantage de valeur à nos artistes locaux ! ».

— Plusieurs artistes locaux se rencontrent ce samedi « parce que le dernier budget ne contient rien pour nous ».

Début juin dernier, Bruno Raya, membre fondateur du groupe Otentikk Street Brothers (OSB) et initiateur du festival Reggae Donn Sa (huit éditions depuis 2005), a appris la bonne nouvelle : le site en ligne musicinafrica.net a consacré le festival Reggae Donn Sa parmi les cinq meilleurs festivals de reggae d’Afrique.

Une info qui a rendu l’artiste « extra kontan ». Ce dernier explique : « Une telle reconnaissance est bien évidemment extrêmement la bienvenue et très bien accueillie. Nous espérons que cela encouragera nos politiciens à avoir un peu plus de considérations et à donner plus de valeur aux artistes locaux… D’autant que le dernier exercice budgétaire ne fait aucune provision pour nous, les artistes ! »

Ce 22 juin, plusieurs artistes locaux se réunissent, « le temps de débattre autour du fait que le dernier budget ne contient rien » pour eux. « Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement ne réalise pas que nous, les artistes, toutes disciplines confondues, représentons une source économique viable, moyennant que l’on mette en place des structures adéquates. » Notre interlocuteur prend comme exemple le festival Reggae Donn Sa. « Chaque édition que nous organisons représente la création d’emplois, directs et indirects… Il y a donc là matière à exploiter. » Mais il n’y a pas que le festival, argue encore notre interlocuteur : « Le secteur artistique est très porteur. On a vu que quand des artistes de renommée mondiale sont invités chez nous, cela entraîne du tourisme. »

Bruno Raya, artiste et organisateur de Reggae Donn Sa

Bruno Raya ajoute : « Sans fausse modestie, nous pouvons dire que le festival Reggae Donn Sa a toujours placé la barre plus haut et porte ses fruits. Dès les premières éditions, après le passage des Daddy Mory, PierpolJak, Steel Pulse et, surtout, Morgan Heritage, le festival a gagné en popularité mondiale. » La preuve : « J’ai reçu des coups de fils d’artistes internationaux, par exemple de Buju Banton, de Capleton… Ils cherchaient des infos sur notre festival et souhaitaient s’y produire. Dès lors, je réalisais que nous étions condamnés à toujours nous améliorer et à nous réinventer. De plus, comme nous avons décidé de faire venir de grosses pointures internationales à venir se produire à Maurice, nous devions faire de notre mieux pour que la qualité soit de mise. » Et de souligner : « Anthony B., qui était la vedette de l’édition 2018 du festival, avait déjà entendu parler de nous. Ce qui fait que, quand on l’a contacté, il était enchanté ! »

Pour rappel, depuis sa première édition en 2005, le festival Reggae Donn Sa a accueilli comme artistes internationaux plusieurs grosses pointures, dont Tiken Jah Fakoly, en 2009. « C’était une de nos meilleures éditions, soutient notre interlocuteur. Il y avait plus de 18 000 personnes dans le stade ce soir-là ! » Et d’ajouter que « les foules qui se sont déplacées pour nos concerts ont toujours avoisiné les 10 000 personnes, ce qui est un élément très révélateur ».

Tiken Jah Fakoly, l’immense artiste qui avait attiré 18 000 personnes pour son concert

Gentleman, Nuttea, Yaniss Odua et Nkulee Dube, la fille du légendaire, Lucky Dube. Fort de cette distinction décernée par le site en ligne MusicInAfrica, Bruno Raya souhaite remercier ses partenaires de toujours, Live & Direk, qui soutiennent le groupe depuis ses débuts. « Ensemble, nous avons pu relever les défis qui se sont présentés à nous et c’est grâce à ces efforts conjugués que nous avons aujourd’hui cette distinction mondiale. » L’artiste salue, dans le même souffle, « le public mauricien, qui a toujours été fidèle » à chacun de ces concerts. « Et je souhaiterais justement que nos politiciens comprennent et réalisent que, malgré les étiquettes et autres préjugés qui sont attribués aux événements que nous organisons, il n’y a jamais eu aucun incident à déplorer.

À chacun de nos concerts et festivals, la police peut en témoigner, il n’y a jamais eu de disputes, de bagarres, d’incidents… Le public qui vient est très bon enfant. Il y a des règlements à respecter et tout se passe toujours comme il le faut. C’est donc une recette gagnante ! D’autant que par le biais de cet événement, nous plaçons Maurice sur la carte du monde d’une manière très positive. Je ne comprends pas cet acharnement de certains, par moments, de toujours coller des étiquettes sur notre dos et de dénigrer ce que nous faisons. »

Bruno Raya dit souhaiter « de tout cœur que 2019 voit l’organisation d’une nouvelle édition du festival » Reggae Donn Sa. « Nous avons déjà des artistes que nous avons contactés… Cependant, avec la tenue des Jeux des Îles, dans quelques semaines, et dans l’incertitude des élections – qu’elles soient partielles ou générales –, nous ne pouvons prendre d’initiatives, de peur que nous devions nous rétracter par la suite. » Cela représenterait, dit-il, « un manque à gagner financier et, surtout, cela paraîtrait “unprofessionnal” auprès des artistes internationaux ».