Dans le cadre de sa Integrity Week, la Mauritius Revenue Authority a organisé, hier matin à Réduit, un séminaire destiné aux élèves de l’Université de Maurice. Éthique et intégrité étaient exposés. Mais pas un universitaire n’aura réagi au moment des questions/réponses…
« The floor is now yours » – une formule qui semble rendre frigides les universitaires mauriciens. Éthique, intégrité, Mauritius Revenue Authority, et des pointures comme son directeur Sudhamo Lall, Anil Kumar Ujodha, directeur de l’ICAC ou encore la docteure Vanessa Napal qui enseigne l’éthique à UOM – de quoi creuser l’appétit intellectuel, aiguiser des questions. Mais rien de tout cela. Après une heure et demie d’exposés sur notamment les méthodes de la MRA, aucune réaction. Le séminaire sur l’éthique et l’intégrité avait lieu hier matin à l’auditorium Octave Wiehe à Réduit. Environ 350 élèves étaient présents.
Le directeur de la MRA Sudhamo Lall a exposé « The role of Leadership and Management in the Integrity Development of an Organisation », le docteur Motah de la University of Technology a développé le thème « Importance of Ethics and Personal », Sharda Dindoyal, cadre à la MRA, « Managing Integrity at the MRA », et la docteure Napal de l’UOM « Promoting Integrity through Virtue Ethics ». Il y avait donc de la matière, et l’on aurait pu s’attendre à des questions ou observations telles que « Are integrity and ethics just an ideal ? », « What are the tools one can use for discernment ? », « In the real context, aren’t we concerned with the lesser evil outcome than the greater good ? », ou encore « Are ethics and integrity the one and same thing ? », notamment. Mais silence radio. Seuls certains employés de la MRA présents devaient tenter de titiller les intervenants. « Comment protéger ceux qui cultivent l’éthique et l’intégrité ? » a demandé un membre de l’assistance. Réponse de Sharda Dindoyal : « On the road, there are always a few road accidents ». Ou encore : « Is the law ethical ? Are ethics legal ? », question à laquelle la docteure Napal répond : « We must consider ethics above the law… »
S’il est fort louable que de faire la promotion de l’éthique et de l’intégrité, il est cependant fort dommage qu’une pédagogie plus stimulante n’ait pas été utilisée. L’Éthique étant, en elle-même, une branche à part entière de la philosophie, l’étudiant se serait peut-être attendu à plus de rigueur académique. À entendre par cela : un effort plus prononcé afin de nuancer intégrité, éthique, et code de conduite. Le séminaire aura, semble-t-il, prêté le flanc à certains amalgames qui auraient laissé les élèves sur leur faim. « Integrity is important »… Élémentaire, mais au constat de l’absence de réaction : pas convaincant.
Les docteurs Motah et Napal auront cependant tenté d’adresser le fond du débat, à lui donner une consistance universitaire. La docteure Napal évoque par exemple l’importance de cultiver une « sagesse pratique » dans l’exercice des choix. Le docteur Motah souligne : « Can ethics be taught ? If so, by whom ? »
Il aurait peut-être été opportun que certains « case studies » soient utilisés, comme il est d’usage dans les séminaires. Mais il semblerait que le time management de l’événement ait été détourné à la faveur d’un exercice de promotion et de visibilité de la MRA.
Le bon point : le concours de rédaction proposé aux élèves des Form 5 de l’année dernière, qui a vu le sacre de Vijaye Gopee, devant Abdel Aliy Mowlaboccus (tous deux du RCC), puis Vimala Raman de Port-Louis SSS Girls. Le concours aura permis aux élèves de mûrir une certaine réflexion. Vijaye Gopee estime qu’il est clair « que tout ce qui est corruption et manque d’intégrité nuit à l’économie à long terme ». Son confrère du RCC questionne : « L’intégrité, est-ce héréditaire ou pas ? » et Vimala Raman affirme : « On ne peut apprendre l’intégrité ».