Pour aimer son prochain, faudrait commencer par s’aimer soi-même. Mais pour s’aimer soi-même, faudrait déjà savoir qui on est et le reconnaître. Et pendant qu’on y est, accepter le principe du métissage et admettre fièrement que nos grands-parents viennent au final de différents continents. Chose que beaucoup peinent à admettre. Peut-être un test ADN rabattrait le caquet de ceux qui se réclament pur-sang et qui renient leurs origines mélangées.
Lorsqu’on a pigé ce mélange biologique et culturel en soi, on ne peut décemment mépriser l’autre. Ça reviendrait à mépriser une partie de ce que l’on est. Facile à dire, mais pas à faire, lorsqu’on traîne des stéréotypes comme des casseroles depuis plus ou moins une bonne centaine d’années de repli identitaire. Je vous l’accorde. N’empêche que les histoires de coucheries outre-barrage foisonnent mais ne se disent pas aux jeunes générations. Ce sont des secrets de famille enfouis au fond des commodes.
Un beau jour, on tombe sur une personne avec le même patronyme que soi; et visiblement pas la physionomie ni la carnation associées. On s’aperçoit par la suite que sa grand-mère et votre grand-père se sont aimés. Vos proches ont d’ailleurs vaguement laissé entendre que papi collectionnait les conquêtes féminines, sans trop regarder à la religion de ces dernières, et aimait à leur faire des enfants (la planification familiale n’existait pas à l’époque). Vous avez retrouvé un membre de votre famille dont vous ignoriez l’existence jusqu’à présent.
Une personne ouverte d’esprit accepte ce mélange et le vit comme un enrichissement culturel. Un imbécile, étroit d’esprit, qui se croit supérieur aux autres, dira : “Nou kapav ena mem nom ek mem granper, me mo pa fami ek sa bann-la. An tou ka, mo pa frekant zot.” Avec ce genre de raisonnement, le repli identitaire et le racisme local auront toujours de beaux jours devant eux. On n’a pas fini d’en entendre parler.
Le communalisme institutionnalisé par les politiciens profite au pouvoir et semble bien parti pour durer. Idem pour l’intolérance dans la population et le mépris des autres, en raison de leur origine et de leur religion. C’est dire que le mal est complexe.
Et si on se mettait à créer une génération qui passe outre les clivages, à travers le mélange de nos corps ? Ce serait une bien belle avancée vers le mauricianisme, qui naîtrait alors de l’amour avec l’autre. Une révolution culturelle qui commencerait au lit ! Expliquer leurs origines multiples aux enfants issus de ces unions serait sans doute le fondement d’une nation mauricienne qui reste toujours à construire après quarante-cinq ans d’indépendance.
Mais tout ceci n’est rien qu’une utopie, si on ne se connaît pas soi-même. Car ce mélange a déjà été fait lors de ô combien nombreuses pénétrations interethniques.