La Special Mobile Force (SMF) et, par extension, la force policière ont été frappées par un véritable coup du destin hier. Un exercice de Mountain Climbing à Sept-Cascades, organisé dans le cadre d’un Induction Course pour intégrer le corps d’élite du Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM), a tourné au drame. Deux membres de la SMF, Louis Sylvestre Nanon, âgé de 22 ans, habitant Château Bénarès, Rivière-des-Anguilles, et Nitish Kumar Binda, 23 ans, de Providence, ont péri noyés dans le Bassin des 55 mètres, au pied de la Quatrième Cascade. Les deux cadavres ont été retirés du bassin par des membres du GIPM, appelés en renforts, après plus d’une heure de recherches et de plongées.
Officiellement, le drame se serait joué vers 11h30, alors que l’exercice militaire en plein air était sur le point d’être bouclé et que les huit membres de la SMF, sous la direction du lieutenant Sookur, allaient regagner leur base d’entraînement à la Quatrième Cascade. La version officielle communiquée à la presse dans l’enceinte du Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC) par le porte-parole de la SMF, l’inspecteur Dawoodharry, fait état d’une chute accidentelle comme étant à l’origine de ce double drame.
« L’escouade de la SMF sous le contrôle du lieutenant Sookur venait de compléter les différents aspects de cet exercice à Sept-Cascades. Tous les membres concernés s’étaient donnés un moment de repos avant de rentrer à leur base. Le constable Nanon venait d’enlever ses chaussures quand il a accidentellement glissé et est tombé dans le bassin », déclare en substance l’officier de la SMF.
Le Private Nanon devait se retrouver assez rapidement en difficulté. Ce serait à ce moment que son collègue Nitish Kumar Binda s’est jeté à l’eau pour lui porter secours, mais en vain. Toujours selon la version officielle de la SMF, la première victime se serait agrippée à son sauveteur pour l’emporter dans la noyade au fond du bassin.
L’autopsie pratiquée par le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, à la morgue du PMOC a attribué les deux décès à une asphyxie par noyade. À part quelques abrasions, la dépouille du Private Nanon ne portait pas de traces de blessures provoquées par la chute.
Néanmoins, l’enquête initiée à la demande du Commissaire de Police, Dhun Iswur Rampersad, devra faire la lumière autour de cette sinistre affaire pour confirmer qu’elle relève purement d’une chute accidentelle, en infirmant les premières spéculations à l’effet que les deux membres de la SMF se seraient retrouvés en difficulté alors qu’ils prenaient un bain. Cette thèse, ajoutant au drame des familles des deux victimes, est écartée officiellement dans les rangs de la SMF.
Sur les lieux du drame, les premières tentatives des sept autres membres du groupe de porter secours aux deux jeunes membres de la SMF s’étant retrouvés à l’eau ne devaient rien donner. L’alerte fut donnée au QG de la SMF à Vacoas avec le rappel de secouristes expérimentés pour prêter main-forte aux opérations de secours. Tous les moyens nécessaires, annulation des congés des membres plus aguerris du GIPM et déploiement de l’hélicoptère de la police, furent déployés sur instruction du Commissaire de Police et du commandant de la Special Mobile Force, le Deputy Commissioner of Police Khemraj Servansingh.
Le premier corps retrouvé, celui de Louis Sylvestre Nanon, pieds nus et revêtu de son singlet et de son pantalon de treillis, est remonté à la surface par les plongeurs professionnels de la SMF presque une heure après, soit entre 12h45 et 13h. À ce moment précis, la victime présentait encore des signes de vie. Pendant 45 minutes, les spécialistes de Vertical World, qui se sont joints aux opérations de secours, et les membres de la SMF venus en renfort se sont relayés pour lui prodiguer un massage cardiaque et d’autres soins pour tenter de le réanimer.
« Nous avons tout essayé, car il y avait encore une petite chance de le sortir de cette mauvaise passe. Mais nous avons finalement dû abandonner », devait souligner un des membres de l’équipe de sauveteurs, encore sous l’effet du choc. À l’arrivée de l’hélicoptère de la police dans les gorges de Sept-Cascades, Louis Sylvestre Nanon fut transféré en haut de la falaise. Entre-temps, il devait rendre l’âme. De l’avis des spécialistes, les deux membres de la SMF, qui venaient de s’adonner à des exercices physiques et d’endurance, auraient pu avoir été victime d’hydrocution (voir encart plus loin).
Les recherches dans le Bassin des 55 mètres devaient se poursuivre pendant encore une bonne heure en vue de retrouver Nitish Kumar Binda. La seconde victime fut retirée du bassin à 14h12 et dirigée par la suite directement au PMOC où le décès fut confirmé.
L’hélicoptère, avec un équipage faisant preuve d’une bonne dose de dextérité dans les gorges, devait rappliquer une troisième fois pour hélitreuiller un autre membre de la SMF, blessé à la suite d’une fausse manoeuvre alors qu’il participait aux opérations.
Les constables Nanon et Binda, qui s’étaient joints à la SMF il y a deux ans, étaient parvenus au stade final pour leur adhésion au GIPM. Jusqu’à l’épreuve d’hier matin, ils avaient fait montre de leur potentiel pour relever les défis imposés par ce corps d’élite de la force policière, en participant avec succès aux précédentes épreuves. C’est ce qu’indiquent ceux qui ont eu l’occasion de les côtoyer professionnellement.
Pour la sortie d’hier matin, le lieutenant Sookur, responsable de leur formation, avait prévu un exercice de Mountain Climbing aux Sept-Cascades.
Pourquoi cette région ? À cette question, le lieutenant Dawoodharry répond en substance que « Sept-Cascades est l’un des endroits où les éléments du GIPM sont le plus souvent appelés à intervenir pour des opérations de secours et de sauvetage ». « De ce fait, il est important que ceux qui aspirent à rejoindre ce corps d’élite soient bien formés sur ce terrain particulier avec une topographie spécifique. C’est ce qui explique le choix d’hier », devait-il continuer.
L’exercice, qui avait commencé tôt le matin, avec le lieutenant Sookur et les huit autres membres de la SMF quittant les casernes de Vacoas vers 8h, devait prendre fin vers midi. Mais à 11h35, le drame allait survenir, emportant deux des plus jeunes membres de la SMF…