L’affaire Nandanee Soornack continue à faire des vagues sur le plan politique. Suite à la conférence de presse, vendredi, du leader du MSM Pravind Jugnauth où il avait parlé de « gouvernement pédophile », la ministre de la Sécurité sociale Sheila Bappoo, accompagnée de l’Attorney General Yatin Varma, a consigné une déposition accusant l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth de diffamation criminelle. Avec le passage à l’antenne des extraits de cette rencontre du MSM, la rédaction de Top FM se retrouve également sous le coup d’une enquête à ce même sujet. Les journalistes de cette station de radio privée, dont Jimmy Jean-Louis et Bam Fareedum, aussi bien que le présentateur de service ont été convoqués au Central CID ce matin pour interrogatoire.
De son côté, Pravind Jugnauth avait indiqué devoir se rendre aujourd’hui aux Casernes centrales en vue de prendre connaissance des faits qui lui sont reprochés. Des sources dignes de foi avancent que la convocation du leader du MSM pour interrogatoire under warning au sujet des accusations portées contre lui par Sheila Bappoo n’a été fixée qu’à mercredi.
L’éventuel déplacement de Pravind Jugnauth au Central CID devrait lui permettre de décider de la marche à suivre quant au déroulement de l’enquête et d’éviter toute surprise de dernière heure de la part des autorités. Dans les milieux proches de la direction du MSM, l’on dénonce avec force « les tentations totalitaires » dont fait preuve le gouvernement dans la conjoncture politique surtout depuis l’éclatement de l’affaire Mme Nandanee. Ils n’hésitent pas à dresser un parallèle entre l’« empressement d’action » de la part du Central CID pour la convocation des membres de l’opposition et la « passivité » quand il s’agit de membres du gouvernement. Ils prennent à titre d’exemple le cas de la parlementaire travailliste Nita Deerpalsing, citée dans une déposition de l’ancien président de la République sir Anerood Jugnauth dans l’affaire des allégations de 13 rencontres avec Cehl Meeah au sujet d’un important transfert de fonds présumé impliquant le réseau de Gros Dereck.
« Sa montre ou ki kantite importan sa zafer Nandanee Soornack li ete pou gouvernma. Pour moi, l’initiative de cette déposition n’est pas de Sheila Bappoo. Elle n’est qu’un pion. C’est Navin Ramgoolam qui ne veut pas que l’opposition parle pour dénoncer ses abus et ses frasques », fait comprendre Pravind Jugnauth en commentant les développements intervenus depuis vendredi dernier et avec la confirmation de son interrogatoire formel samedi. « Toute cette affaire ne démontre qu’une chose : le gouvernement veut tout simplement bâillonner l’opposition après avoir essayé de le faire avec les radios privées en ayant recours à l’Independent Broadcasting Authority », a poursuivi le leader du MSM.
Sur le coup de 10 heures, Me Manesh Gobin, dont les services ont été retenus par la station de radio privée Top FM, se trouvait dans les locaux du Central CID pour des contacts au sujet des faits retenus contre les journalistes et animateurs de cette rédaction. « Il est extrêmement important de savoir au préalable ce que comptent faire les enquêteurs du Central CID. Il est inadmissible que des journalistes, qui, dans l’exercice de leurs fonctions, rapportent des propos dits publiquement par un leader politique, soient sous le coup d’une inculpation provisoire à cet effet. Je me battrai contre cette éventualité », devait-il confier ce matin au Mauricien alors qu’il attendait l’arrivée des journalistes convoqués par le Central CID.
L’équipe rédactionnelle de Top FM s’est retrouvée dans le collimateur du Central CID et de la ministre Bappoo pour avoir diffusé dans des bulletins de larges extraits de la conférence de presse de Pravind Jugnauth où il avait commenté l’affaire Mme Nandanee et fustigé Sheila Bappoo pour sa prise de position dans ce cas en regrettant l’absence de dénonciations ministérielles dans le cas de pédophilie alléguée contre un instructeur du MITD sous la tutelle du ministère de l’Éducation.
L’interrogatoire des journalistes de Top FM dans cette enquête de diffamation criminelle contre le gouvernement a démarré peu avant 11 heures ce matin et se poursuivait à la mi-journée.