Une quarantaine d e personnes, représentantes de familles constituées en association, ont tenu une conférence de presse jeudi dernier pour en appeler au Premier ministre, Navin Ramgoolam, afi n qu’il aille au bout de son action visant à rendre justice à tous ceux qui, selon les conclusions du rapport de la Commission Justice et Vérité, ont été, d’une façon ou d’une autre, injustement dépossédées de leurs terres.
Selon l’association, la Commission Justice et Vérité, présidée par le Dr Alex Boraine de 2011 à 2013, “a merveilleusement bien fait son travail en identifi ant dans son rapport final nombre de cas authentiques où des établissements sucriers, des sociétés et certains individus ou groupes d’individus ont profi té de la faiblesse des gens pour voler leurs biens”. Toutefois, selon l’association, “eu égards aux recommandations de la commission, il y a eu de la part des autorités du unfi nisdhed business et le Premier ministre devrait intervenir”.
Dans le but évident de démontrer que le combat pour récupérer leurs terres spoliées ne concerne pas que de gens venant d’une seule section de la population et qu’ils existent entre eux une grande solidarité, l’association avait désigné, jeudi, pour être ses porteparole Danielle Tancrel, Raymonde Bissett, Mme. Syed Hossen Suhawon, Clency Harmon, Abid Mangalkhan et Oomadutsing Devanny. Ces derniers ont été rejoints le même jour par Deva Sewpaul, représentant de planteurs métayers des régions sud du pays qui se disent avoir été également dépossédés de terrains qui leur permettaient de tirer leur subsistance. Ces terres abritent maintenant des hôtels de luxe pendant que les métayers sont à la rue.
“Message clair”
C’est en toute humilité, a précisé l’association, “que nous adressons un appel au Premier ministre pour lui demander de s’assurer que le bon travail qu’a effectué la commission présidée par le docteur Alex Boraine n’aura pas été vaine”. “Toute la population a été témoin de la profonde volonté que le Premier ministre a manifestée pour que la vérité soit enfi n révélée sur la spoliation des terres qui a affecté tant les descendants d’esclaves que Une quarantaine d e per sonn e s , représentantes de familles constituées en association, ont tenu une conférence de presse jeudi dernier pour en appeler au Premier ministre, Navin Ramgoolam, afi n qu’il aille au bout de son action visant à rendre justice à tous ceux qui, selon les conclusions du rapport de la Commission Justice et Vérité, ont été, d’une façon ou d’une autre, injustement dépossédées de leurs terres. ceux des travailleurs engagés indiens. Sans sa volonté, le pays n’aurait jamais eu la Commission Justice et Vérité qui, d’ailleurs, faut-il le rappeler, a dû attendre un siècle, après celle de la Commission Royale de 1911, pour être mise sur pied. Mais Navin Ramgoolam doit aller jusqu’au bout et réparer les injustices commises”. Selon l’association, en portant la question des terres devant l’Assemblée nationale et en obtenant que cette instance suprême nationale accepte d’investir la Commission Justice et Vérité de la mission de rechercher et d’établir toute la vérité, le Premier ministre et les autorités ont voulu envoyer un message clair : celui que le crime ne restera pas impuni et que ceux qui ont été les victimes de la dépossession seront rétablis dans leurs droits. “Nous sommes satisfaits que la Commission Justice et Vérité a fait un travail sérieux et approfondi qui s’est penché sur tous les aspects sociologique, politique, économique de même que sur l’évolution de l’Histoire de Maurice durant les 300 dernières années. Les commissaires et l’équipe de chercheurs, d’historiens, d’avoués et d’arpenteurs qui les ont assistés ont agi avec beaucoup d’expertise technique pour soumettre un rapport juste et équitable, mais un tel travail riche qui apporte beaucoup d’éclairage sur notre passé tout en proposant des réformes pour améliorer le quotidien de nombres de familles mauriciennes ne peut pas être ainsi laisser sans suite. Ne rien faire pour corriger les injustices avérées dans le rapport serait laisser injustement au bord de la route des gens qui ont réellement souffert par la faute d’accapareurs. Et, au fur et à mesure que le temps passe, les usurpateurs de terres sont en train de morceler, de vendre, d’exploiter les ressources et d’en tirer des fortunes. Ils profi tent ainsi de la misère de vrais propriétaires qui, eux, n’arrivent pas à réunir des sommes colossales qu’exigent des hommes de loi pour entrer des litiges devant les cours de justice”.
Suggestions d’institutions qui doivent être créées
Chaque personne, parmi la quarantaine que l’association a réuni face à la presse, jeudi dernier, a étalé des exemples concrets de dépossession de terres. Devant cet état de faits (ndlr : que la commission Boraine a également dénoncés), l’association a demandé au Premier ministre de prendre les mesures suivantes : — de mettre sur pied un comité de suivi composé d’un président qui maîtrise parfaitement le dossier, d’un avoué et d’un arpenteur. Cette petite structure aura la possibilité de reprendre les recommandations de la Commission Justice et Vérité et, dans une première tentative, d’essayer d’établi un dialogue entre ceux-là qui ont accaparé des terres et ceux qui s’en plaignent en vue d’une solution à l’amiable. Ce comité de suivi pourrait aussi référer tout cas plus compliqué devant un juge siégeant en une cour de médiation ; — de faire revivre le Tribunal terrier (Land Court), comme il en existait un au début du 19e siècle, avec pour tâche spéciale de régler rapidement les litiges fonciers. Actuellement, la Cour suprême est écrasée sous le fardeau de multiples affaires de toutes sortes et met plus de vingt ans pour entendre un procès et nombre de réclamants décèdent en attendant ; — sachant que la Commission Justice et Vérité a constaté que la plupart des victimes de dépossessions n’ont pas les moyens fi nanciers pour entreprendre la recherches de documents pertinents pouvant faire aboutir leur cause, que le gouvernement mette gratuitement à leur disposition un chercheur professionnel afi n de réunir toutes les informations nécessaires à la cour de médiation ; — dans le but de ne pas perdre encore du temps, l’association a dit souhaiter que les services de Jacques David et de Me Candhayalasillsingh Seebaluck (Senior Attorney) soient à nouveau retenus pour assister le comité de suivi vu qu’ils ont déjà fait leurs preuves au sein de la Commission Justice et Vérité. C’est Danielle Tancrel qui revendique de larges superfi cies de terres dans l’est du pays qui, soutient-elle, appartiennent à ses grands-parents mais ont été spoliées, qui a clos la conférence de presse jeudi dernier. Elle a choisi de le faire dans les termes suivants : “Le gouvernement a démontré sa sagesse en instituant la Commission Boraine car il a lui-même cru en la vérité et en la justice. Toute la population y a cru aussi et nous avons, de notre côté, démontré notre détermination à poursuivre l’action engagée durant des décennies par nos parents qui se sont toujours battus pour retrouver leur patrimoine. Nous avons encore un immense espoir que le pays et le gouvernement ne nous laisseront pas tomber. Que Dieu bénisse l’île Maurice.”