S’il y a quelqu’un qui ne vit que pour son père, c’est bien Nathalie Henry que les turfistes ont vu s’imprégner de la chose hippique depuis le début de la saison. Turf Magazine s’est tourné vers la première de la gente féminine à occuper le poste d’assistant stable manager pour parler du nouveau recordman de victoires au Champ de Mars. Dès les premières paroles, on a senti que le père est vénéré par la fille, un père qui est placé au paroxysme dans tout ce qui peut lui être cher. Tel père, telle fille dit-on. Ils partagent les mêmes passions et on pourrait ainsi dire que tout les rapproche. Tant et si bien que l’écurie Henry semble devoir exister pour des années encore, et ce, jusqu’au dernier souffle du doyen des entraîneurs à qui on ne peut dire que longue vie.
Nathalie Henry, l’attente a été longue mais on peut maintenant dire que c’est fait. Votre père, Serge Henry, est le nouveau recordman du nombre de victoires au Champ de Mars. De votre côté, vous êtes depuis peu la première de la gente femme à être assistant stable manager. Vos commentaires ?
C’est vrai de dire que l’attente a été longue mais cela a été un réel bonheur et cette 656e victoire fut remplie d’émotion. Je dois aussi souligner que l’écurie a connu pas moins de six semaines bien pénibles. C’est dommage que les courses soient passées au second plan alors qu’on aurait dû être aux anges. Oui, je suis la première femme assistant stable manager mais il y a eu surtout le record de mon père.
Vous avez parlé de six semaines pénibles…
Oui, nous avons perdu un bon jockey, des propriétaires ont été déportés, la demande pour Marcialis refusée et un des chevaux trouvé positif à un produit prohibé. Il y a aussi eu des accusations portées à l’encontre du chef palefrenier de l’écurie et du vétérinaire, sans oublier de graves allégations faites à l’encontre de mon père. Comme je le dis, cette 656e victoire aurait pu être fêtée dans l’allégresse mais tel n’est pas le cas.
On vous sent très proche de votre père. Parlez-nous en en tant que sa fille Nathalie ?
Tout d’abord, je dois souligner qu’on vit ensemble et qu’on partage beaucoup ensemble. C’est-à-dire qu’on a la même passion: le cheval. Il a connu une vie riche en expérience et nous avons un esprit de famille bien similaire. On partage aussi les mêmes valeurs. J’ai énormément de respect et d’admiration pour lui. Il a été dans beaucoup de choses un exemple, surtout par rapport à son esprit de combattant. Il ne s’est jamais laissé abattre par sa maladie et c’est surtout cela qui est admirable.
On a déjà tout dit sur le parcours de Serge Henry au Champ de Mars et on sait que ce n’est que dernièrement que vous vous êtes rapprochée de la chose hippique ?
J’ai toujours eu une passion pour les chevaux mais un obstacle fit que je ne pus m’en rapprocher un peu plus. J’ai n’ai jamais eu l’occasion d’être près des chevaux. Cependant, quand Jean-Michel a décidé de prendre ses distances pour essayer de former sa propre écurie, mon père s’est tourné vers moi pour lui donner un coup de main.
Samedi dernier, votre père a battu l’ancienne meilleure marque détenue par votre oncle Philippe…
Mon oncle Philippe a  été ce qu’il a été et selon mon père, il a été un des meilleurs entraîneurs qu’on ait connu. Un grand professionnel, un grand homme de cheval. Le record reste dans la famille car c’est un Henry qui détrône un Henry. Pour mon père, c’est la consécration d’une vie faite de gros sacrifices, de travail mais aussi de récompenses, de grosses sensations et de bonheur.
Votre travail d’assistant stable manager consiste en quoi ?
Je viens à l’entraînement, je suis présente dans le centre d’entraînement à La Brasserie mais je suis plus du côté de l’administration et des relations publiques. Je m’entretiens avec les membres et propriétaires de l’écurie et aussi avec les jockeys.
N’aspirez-vous pas un jour à devenir entraîneur ?
Bien sûr que si, mais il faut être réaliste. C’est quelque chose qui s’apprend pendant de longues années avant qu’on acquiert une certaine expérience. Pour mon père, cela est une seconde nature. Est-ce qu’il me l’a passée? L’avenir nous le dira.
Vous êtes présente à l’entraînement et lors des journées de courses maintenant. Quelle  différence faites-vous entre suivre les courses dans leur proximité et suivre les courses de loin ?
Un monde de différence. Vivre les courses au quotidien est extraordinaire. Voir un cheval qu’on a soigné, nourri et entraîné remporter une course est vraiment extraordinaire. Je dirai que le côté amour l’emporte sur le côté sportif. C’est surtout la victoire de la patience, de l’amour, du travail d’équipe qui sort vainqueur. Si on ajoute le public et les propriétaires, tout est fait pour ne décevoir personne. Toutefois, la culture autour du cheval n’est plus ce qu’elle était auparavant.
Votre père a connu pas mal d’ennuis de santé. Toutefois, à 73 ans, on le sent plus fort que jamais. Qu’est-ce qui fait sa force ?
C’est son mental. Il est bien encadré par son épouse qui l’accompagne pendant maintenant 50 années et qui a toujours été à ses côtés, que ce soit dans les bons moments ou dans les moments difficiles. C’est ce qui fait sa force. Son cancer est guéri et il n’est plus malade. Il en a cependant gardé des séquelles qui font qu’il ne peut bien communiquer, ses cordes vocales ayant été affectées. Mais il est plus fort que jamais.
Toujours est-il qu’il devra un jour raccrocher…
Non, je ne pense pas que tel sera le cas. Il restera au Champ de Mars jusqu’à son dernier souffle. Il y mourra, avec ma mère et moi à ses côtés. Il s’éteindra parmi ses chevaux qu’il aime tant…
Ainsi, son successeur ne sera pas connu de sitôt ?
Nous préparons déjà la saison 2014. Le centre d’entraînement de La Brasserie est en pleine rénovation. On se propose d’y contruire pas moins de 20 box. On est aussi en contact pour les nouvelles acquisitions de la prochaine saison et là il faut remercier les membres de l’écurie. L’écurie Serge Henry sera toujours là en 2014 et je serai aux côtés de mon père. Nous savons tous que la compétition sera difficile mais nous relèverons le défi grâce à notre équipe soudée avec notre chef palefrenier Antonio Christome et notre vétérinaire Hurryduth Bissessur. On se dirige vers l’avenir.
Votre frère Jean-Michel a pris ses distances de l’écurie en 2012 et aspire à diriger sa propre écurie. Peut-on penser, un jour voir le frère et la soeur réunis sous la même enseigne ?
Je souhaite à Jean-Michel tous les succès possibles et de gagner le maximum de courses possible. Il le mérite. Il doit faire sa propre expérience et construire sa propre écurie. Le frère et la soeur ensemble? Pourquoi pas ?  Mais pour l’instant, je suis aux côtés de mon père.
Ne seriez-vous pas intéressée à passer de l’autre côté de la barrière en tant que commissaire administratif ?
C’est quelque chose qui m’a toujours intéressée. C’est une option qui me donnera l’honneur de servir le club mais en 2014 je serai toujours avec mon père.