Si vous étiez invité au Champ de Mars le 12 mars dernier à l’occasion de la fête nationale, vous ne pouvez être passé à côté des serveurs et serveuses qui assuraient le service de catering, habillés en uniformes blancs et noirs et portant des chapeaux à cette grande occasion. Ils forment le personnel de Maurifresh Catering Services, créée par la Women Entrepreneurs Cooperative Society, dirigée par cinq femmes « coopératrices » et dont le siège se trouve à Belvédère, Lallmatie.
« Lorsque la nourriture est bonne, les gens viennent vous trouver de n’importe quel coin du pays. » C’est ce que vit Maurifresh Catering Services, qui voit les commandes pleuvoir presque tous les jours. « Des fois, nous travaillons toute la semaine », déclare Saira Heera, directrice de cette entreprise. Snacks sucrés et salés, biryani, menus mauriciens, indiens, arabes, chinois, jus et autres boissons, le tout destiné à des occasions comme des fiançailles, mariages, anniversaires… Cette PME honore toutes les commandes, grandes ou petites, et offre des packages « faits et fournis ».
De bouche-à-oreille, sa réputation a dépassé la côte est. Les gens, semble-t-il, ont aimé le service offert « et ça nous a aidés à grandir », relate Saira Heera. « D’un ministère à l’autre, nous avons des clients un peu partout dans le pays. Nous participons également dans les foires organisées par le ministère des Coopératives. De cette façon, nous nous faisons mieux connaître à travers l’île. Nous figurons aussi dans le Top 100 Cooperatives et c’est très encourageant pour nous », ajoute-t-elle, avant de parler de l’aide dont elle bénéficie de la part de ce ministère et de la SMEDA, sous forme d’allocations, pour acquérir des équipements, des sessions de formation, de la mise en oeuvre d’un “business plan”, entre autres. Le ministère des Coopératives a aussi été parmi ses premiers clients, suivi de ceux de l’Agro-industrie et des Arts et de la Culture. Le conseil de district de Flacq est aussi un client faisant confiance à cette PME.
Main-d’oeuvre difficile à trouver
Comme dans la plupart des PME à Maurice, trouver de la main-d’oeuvre représente un gros problème pour Maurifresh Catering Services. D’autant plus que l’entreprise reçoit maintenant de grosses commandes pour 2 000 à 3 000 personnes. « Pour l’instant, nous faisons toujours appel à des gens que nous connaissons et qui travaillent pour nous depuis quelque temps déjà. Ils sont formés dans le domaine, certains travaillant à plein-temps, d’autres à mi-temps. Mais la main-d’oeuvre reste vraiment un très grand problème car il est difficile de trouver des gens », indique Saira Heera, qui envisage sérieusement d’en importer de l’étranger, « probablement de l’Inde ». Elle précise d’emblée que sa priorité reste les Mauriciens, « surtout ceux qui habitent la localité et qui sont au chômage ». Le besoin de main-d’oeuvre est un urgent problème vu que l’entreprise prévoit un projet d’expansion qui la mènera vers la culture et l’exportation de fruits, et ce si elle obtient des terres de l’État.
Cette PME fait également face à un problème d’approvisionnement en matières premières. Des fois, elle ne trouve pas tous les produits dont elle a besoin « rapidement » pour honorer une commande dans un délai de quelques jours. D’autres fois, elle doit faire face à une pénurie sur le marché. Raison pour laquelle elle a tissé un grand nombre de contacts auprès des fournisseurs et autres importateurs de produits alimentaires. « Nous faisons appel à eux, loin de notre base, et il échoit à mon époux, Twaleb, autrefois chauffeur de taxi, et qui travaille maintenant à plein-temps avec nous, de sillonner les régions pour trouver les produits nécessaires. Une fois que nous avons pris notre engagement, nous faisons de notre mieux pour satisfaire notre clientèle à 100% », souligne notre interlocutrice.
Il y a en outre beaucoup d’efforts et de sacrifices à faire, selon elle, pour réussir. Comme de se réveiller très tôt le matin, se former et former son personnel « again and again » sur l’hygiène alimentaire pour ne pas contaminer les produits. « Nous leur apprenons continuellement de nouvelles choses que nous avons nous-mêmes appris au cours des ateliers de formation du FAREI sur les différentes façons de se laver les mains. Nous partageons toutes les informations avec nous. Puis il y a une bonne planification du travail et, ainsi, nous n’avons aucun problème pour servir 3 000 personnes », fait ressortir Saira Heera. Maintenir son niveau d’excellence est une priorité pour elle, « car la compétition, surtout de la part d’amateurs, rôde dans les parages ».
Centre de femmes
Ses premiers pas dans le business, Saira Heera les a faits au centre de femmes de sa localité, où elle partait apprendre, entre autres, la couture, la broderie, le “home economic” et la pâtisserie. Un jour, le ministère des Coopératives, dans sa démarche d’encourager les femmes à lancer leur propre business, a fait circuler des informations concernant une formation dispensée par le National Institute for Cooperative Entrepreneurship (NICE) dans les centres de femmes. « Je suis allée suivre ces formations et j’ai appris pas mal de choses sur le mouvement coopératif, comment il aide au développement du pays, et aussi les divers avantages et facilités offerts par la SMEDA aux entrepreneurs potentiels pour lancer leur propre business », relate Saira Heera.
C’est durant cette formation qu’elle rencontrera d’autres femmes qui, comme elle, s’intéressent au business de la nourriture. Cinq d’entre elles se sont réunies et ont créé la Women Entrepreneurs Cooperative Society. Saira Heera affirme aujourd’hui que la coopérative lui a appris à coopérer avec d’autres « pour le bien de tout le monde ». Après ce succès, elle ne compte pas « stagner », mais veut faire grandir son business vers l’exportation. Elle souhaite cultiver des fruits, des ananas par exemple, pour produire du jus naturel pour le marché étranger. « Dayer, nou bien kontan plante », lance-t-elle.