Les divers scandales financiers de ces dernières décennies poussent de plus en plus les régulateurs des services financiers de nombre de pays à étudier en profondeur le rôle des professionnels en matière de vérification des comptes des sociétés et à imposer des règles du jeu plus contraignantes. À Maurice également, ils souhaitent exercer un meilleur contrôle sur la profession mais prônent une approche collaborative plus efficace avec ceux concernés. D’où, l’atelier organisé hier après-midi au siège de la Financial Services Commission (FSC) au cours duquel la Chief Executive de l’autorité régulatrice du secteur des services financiers non bancaires, Clairette Ah-Hen, a soutenu qu’il est primordial de protéger la réputation du centre financier mauricien tout en contribuant à la croissance de l’industrie des services financiers en général.
Les services offerts par les professionnels de l’audit contribuent au renforcement du secteur des services financiers, a souligné d’emblée Clairette Ah-Hen, Chief Executive de la FSC. L’autorité régulatrice compte ainsi sur le travail de ces professionnels dans le cadre de la surveillance des opérations dans les sous-secteurs de l’assurance, du marché boursier, du Global Business, de la gestion des fonds et des plans de pension. « As part of audit work, it is crucial that the auditor understands the business of his clients and therefore by implication understands the regulatory requirements under which the clients operate », a déclaré Clairette Ah-Hen. Elle a indiqué que provision est faite dans l’Insurance Act pour l’approbation du choix des auditeurs par la FSC alors que la Securities Act prévoit que l’autorité est habilitée d’évaluer la compétence des vérificateurs aux comptes des sociétés cotées sur le marché boursier.
« So far the process has been to see whether the auditor is licensed by the Financial Reporting Council (FRC) and whether the firm is approved by the FRC », a observé la Chief Executive de la FSC. Mais, à l’avenir, et ce suivant les tendances au plan global, la FSC envisage de réclamer un amendement à la loi afin qu’elle soit consultée pour ce qui est du choix du cabinet d’audit par des sociétés offrant des services financiers qu’elle réglemente. L’autorité régulatrice n’a cependant pas l’intention de revoir les pratiques d’audit, exercice mené par le FRC, mais elle pourrait réclamer plus d’informations portant sur la compétence des professionnels et le rapport du conseil sur les pratiques d’un cabinet d’audit. Clairette Ah-Hen a émis le voeu qu’une « collaborative approach » soit développée entre les régulateurs et la profession d’audit en vue de protéger l’image du pays en tant que centre financier car la FSC considère que les professionnels de l’audit jouent un rôle important dans le cadre régulatoire des services financiers.
Prabha Chinien, Registrar of Companies, a fait état des responsabilités des professionnels de l’audit comme stipulées dans la Companies Act, rappelant que la réglementation sur l’indépendance de ces professionnels est au coeur de ce texte de loi. « Auditors must be seen to be independent », a-t-il déclaré tout en mettant l’accent sur les mesures de sauvegarde prévues dans la loi portant, entre autres, sur les conditions de nomination, d’éligibilité, et les qualifications des professionnels en question.
« Auditors mut avoid conflict of interest », a insisté la Registrar of Companies. Celle-ci a observé que dans le cadre de sa fonction, le vérificateur aux comptes doit s’assurer que son jugement ne soit pas subjectif du fait d’un intérêt quelconque avec la compagnie pour laquelle il a été appelé à effectuer un audit ou ses filiales.
Selvida Naiken, CEO du FRC, a demandé aux professionnels de l’audit d’étudier en profondeur les ressources dont ils disposent avant d’accepter une attribution. « Tout professionnel doit avoir au préalable une connaissance du cadre légal dans lequel opère son client avant de démarrer un exercice d’audit. La communication avec le conseil d’administration de la société est d’importance capitale », a-t-il ajouté.
« Notre profession est devenue très complexe au fil des années. Les directeurs d’entreprise qui veillent normalement à la pratique de la bonne gouvernance donnent l’impression d’abdiquer devant leurs responsabilités et se fient grandement aux rapports des professionnels de l’audit pour recommander la voie à suivre. Les attentes des clients ont pris une plus grande ampleur », a fait ressortir Patrick Ng Tseung, président du Mauritius Institute of Professional Accountants (MIPA). Selon lui, les scandales financiers ont poussé les régulateurs à voir la profession de l’audit d’un autre oeil. « Il ne fait pas de doute que les régulateurs vont pousser de plus en plus pour des réformes », a-t-il souligné.
Patrick Ng Tseung dit craindre qu’une surréglementation ne pénalise la profession. Il a souhaité que la MIPA dispose de plus de ressources pour réaliser sa mission de sensibilisation de ses membres à l’éthique dans la profession mais a observé que les fees payés aux professionnels sont inadéquats.