La ministre estonienne des Affaires étrangères, Marina Kaljurand, qui s’est entretenue avec le ministre Etienne Sinatambou cette semaine, s’est dit prête à intercéder auprès des autres pays concernés au sein de l’Union européenne (UE) afin que Maurice soit enlevée de toute liste noire au niveau des services financiers.
Le ministre Sinatambou avait évoqué l’importance de protéger l’intégrité de Maurice en matière de juridiction fiscale, et ce en répondant aux critères établis par l’OCDE. Il a signalé à la ministre estonienne l’inadéquation d’une liste de pays dits non conformes en matière de juridiction fiscale, telle que celle établie par la Commission européenne sur la base d’une liste arbitraire établie par la Commission sans la moindre évaluation faite indépendamment par l’OCDE. La question sur un accord de non-double imposition fiscale entre Maurice et l’Estonie a aussi été soulevée, l’Estonie confirmant au ministre Sinatambou que la proposition mauricienne, soumise lors de la précédente mission ministérielle en septembre 2015, alors conduite par le ministre Roshi Bhadain, est en bonne voie et est toujours à l’étude par les services concernés. Quant à un accord de promotion et de protection des investissements, l’Estonie se montre plutôt favorable à l’application d’un accord-cadre à travers la Commission européenne et, de ce fait, applicable à l’ensemble des pays de l’UE. Le ministre Sinatambou a aussi évoqué les subtilités et contraintes dans la zone autour de l’Accord de Partenariat économique intérimaire signé avec l’UE.
Marina Kaljurand a assuré le gouvernement mauricien qu’elle n’a, à aucun moment, émis de liste noire nationale et s’est dite prête à soutenir Maurice pour rétablir les faits, en intercédant auprès des autres pays concernés afin que Maurice soit enlevée de toute liste noire. Etienne Sinatambou et Marina Kaljurand ont également évoqué les grands axes de coopération qui pourraient être développés entre les deux pays sur le court et le moyen terme. Une délégation mauricienne dirigée par le ministre Sinatambou est effectivement présente dans la capitale estonienne pour participer à la semaine numérique de l’Union européenne. La délégation a ainsi été exposée aux meilleures pratiques européennes, telles que développées et mises en place en Estonie en matière de société numérique (e-society), de gouvernance numérique, de services numériques de l’administration publique à destination de la société civile et des partenaires économiques, de stratégies nationales en matière de cyber sécurité, et de développement de cités intelligentes.
Les Objectifs du Développement durable
Le ministre Sinatambou a ainsi rappelé l’ambition de Maurice, avec l’appui estonien, de développer un leadership numérique dans sa zone géographique, couvrant l’indianocéanie aussi bien que l’Afrique orientale et australe. Cela sera aussi une opportunité offerte à l’Estonie de se servir de Maurice comme plateforme d’accès à l’Afrique pour faire rayonner son portefeuille technologique. D’ailleurs, l’on ne compte déjà pas moins de 1 600 services numériques (e-services), touchant à l’identité numérique, l’e-santé, l’e-justice, l’e-police, et l’e-judiciaire, entre autres.
La présidence de l’Estonie au Conseil de l’UE en 2018 a aussi été évoquée lors des discussions entre les deux pays. La ministre estonienne a même souligné que l’Estonie et Maurice pourraient déjà se pencher ensemble sur l’Agenda 2030 et sur les Objectifs du Développement durable (ODD) au titre des futurs accords entre le groupe ACP et l’UE vu l’expiration de l’Accord de Cotonou en 2020. La présidence de l’Estonie coïncidera avec le début des négociations formelles en 2018 et, comme les ODD semblent déjà avoir reçu l’agrément de toutes les parties pour constituer la base de tout prochain accord, l’Estonie et Maurice pourraient collaborer pour le déploiement des TIC sur le continent africain, dans les Petits États insulaires en voie de développement ou dans les pays ACP dans le cadre de la mise en oeuvre des 17 ODD.