Alors qu’on est encore à mi-chemin de la guerre contre l’impitoyable pandémie de coronavirus, d’autres foyers d’incendie continuent à se manifester les uns après les autres. Après la mise sous administration volontaire d’Air Mauritius, la fragilisation de certaines banques dans le sillage de l’affaire du « NMC health », suivie de près par la Banque de Maurice, c’est le secteur des services financiers qui est sous le choc cette semaine. La Commission européenne a annoncé que Maurice a été inscrite sur « la liste des pays à haut risque dont le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme présente des carences stratégiques ». Pour faire court, le pays a été placé sur la liste noire de la Commission européenne.

L’inquiétude provoquée par cette annonce est à la hauteur de l’importance qu’a prise ce secteur économique dans l’écosystème mauricien. Il représente autour de 11,8% du produit intérieur brut, emploie plus de 10 000 personnes, en particulier des jeunes diplômés, sans compter qu’il a permis un apport important de devises étrangères dans le pays et joue un rôle important dans l’équilibre de la balance des paiements. Reza Uteem (MMM), qui connaît bien les services financiers, appréhende le pire. Il anticipe une migration d’un bon nombre de sociétés vers des juridictions plus sûres, une réduction de l’apport de devises étrangères dans le pays. Ce qui entraînerait une dépréciation de la roupie et une hausse du coût de la vie. Le pire est que les institutions financières européennes, qui utilisent des sociétés immatriculées dans le centre financier mauricien pour financer des projets dans d’autres pays, notamment en Afrique, ne seront plus autorisées à le faire aux termes des règlements européens. De plus, les transactions financières avec l’Union européenne feront l’objet d’une surveillance stricte, soit un due diligence. Tout cela risque d’avoir des conséquences graves sur l’emploi dans ce secteur. On est donc mal barré.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Si on se base sur les remarques du Groupe d’action financière (GAFI), gendarme internationale de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ce sont les institutions régulatrices qui sont pointées du doigt. Tout le monde reconnaît que Maurice a fait beaucoup de progrès sur le plan légal et structurel, mais c’est « l’effectivité du système de contrôle et sa fiabilité » pour empêcher le blanchiment d’argent qui sont mises en cause. D’où les critiques concernant la politisation des institutions comme la FSC, la FIU, l’ICAC, voire la Banque de Maurice. Ce qui avait amené le GAFI à mettre Maurice sur la liste grise en février et à imposer un plan de redressement échelonné sur deux ans. Les autorités mauriciennes avaient estimé pouvoir respecter tous les critères imposés par le GAFI en une année. Mais les observateurs pensent que Maurice aurait dû, au premier abord, éviter de se faire épingler aussi bien par l’ESAAMLG que par le GAFI. Cela nous a été fatal, puisque la Commission européenne, pressée de renforcer la lutte contre le blanchiment des capitaux, n’a fait que reprendre la liste des pays à haut risque dressée par le GAFI pour classer Maurice sur sa liste noire. La diplomatie économique de Maurice s’est avérée sur un niveau inefficace. Comment expliquer que Maurice, citée en exemple par la Commission européenne dans le domaine du développement économique, n’a pu convaincre concernant l’efficacité de ses institutions ? La question reste posée. Maintenant, Maurice doit réaliser en quatre mois (avant le 1er octobre) un parcours qu’il voulait réaliser en un an (jusqu’à février prochain). Les autorités sont désormais engagées dans une course contre la montre. Mahen Seeruttun parviendra-t-il à convaincre le GAFI en septembre de l’efficacité de la fiabilité du système de contrôle mauricien ? Au cas contraire, des jours difficiles attendent le secteur financier jusqu’à ce qu’on arrive à sortir de la liste noire.