Bruno Monnier, président fondateur de la société française Culturespace, a fait une visite éclair à Maurice il y a deux semaines pour rencontrer le responsable de la cellule Culture et Avenir, Alain Gordon-Gentil, et se pencher sur le dossier du Jardin de Pamplemousses. Sa société assure la valorisation et la gestion de sites patrimoniaux tels que le Musée Jacquemart André et les collections de l’Institut de France, le Château des Baux de Provence, le Théâtre antique d’Orange ou encore la Cité du Train à Mulhouse, au total treize sites hautement touristiques dont un basé en Belgique.
L’idée de créer Culturespace est venue à l’esprit de Bruno Monnier alors qu’il était en poste au ministère de la Culture en France avec la mission de moderniser la gestion des musées et monuments. Il devait constater que les musées des pays anglo-saxons étaient gérés de manière efficace par des fonds privés du type National trust ou English Heritage, tandis que dans les pays latins, notamment en France, cette responsabilité incombait aux collectivités territoriales qui n’en ont généralement pas les compétences, à quelques exceptions près. Créée en 1988, Culturespace allait donc proposer un service de gestion du patrimoine aux collectivités françaises inspiré du modèle anglo-saxon mais adapté à la société d’économie mixte qu’est la France. Bruno Monnier a commencé son exposé sur sa société en ces termes lors d’une présentation improvisée à l’Institut Français de Maurice alors qu’il était en visite au pays.
Le fondateur de Culturespace a notamment visité le Jardin de Pamplemousses et rencontré la nouvelle direction du SSR Botanic Garden Trust qui le gère, ainsi que le ministre de l’Agriculture qui a la tutelle de ce site dont l’extrême dégradation est déplorée depuis plusieurs années. Avec Alain Gordon-Gentil, à la cellule Culture et Avenir du PMO, il a fait un tour d’horizon des sites à valeur patrimoniale pour lesquels il pourrait offrir ses services. A aussi été évoquée la programmation d’expositions internationales à Maurice. Culturespace travaille sur la valorisation et la gestion du patrimoine culturel, qu’il s’agisse de musées, de monuments ou sites historiques. Cette société se concentrerait par exemple sur la découverte du théâtre de Port-Louis et sa visite en tant que plus ancienne salle de la région, plutôt que sur la programmation de spectacles qui constituent un domaine d’activités en soi.
Jacquemart André et les Carrières de lumière
Culturespace gère et valorise treize sites situés en France à l’exception du champ de bataille belge de Waterloo. Parmi ses grandes réussites, au musée Jacquemart André à Paris, Culturespace a pris en charge la collection de l’Institut de France qu’elle rend ainsi accessible à plus de 400 000 visiteurs annuellement. Les jardins de la villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean Cap-Ferrat ont demandé quant à eux des années de réhabilitation pour briller de tous leurs feux face à quelques 140 000 visiteurs. La Villa Grecque à Beaulieu-sur-Mer reçoit quant à elle un public d’hellénistes. Avec des musées techniques tels que la Cité de l’Automobile et la Cité du Train à Mulhouse, cette société s’est trouvée confrontée à la conservation d’objets techniques qui se dégradent très vite, et lorsqu’en Provence, la valorisation des carrières des Baux a été envisagée, Culturespace a mis en place un dispositif multimédia italien qui propose des projections géantes d’arts sur les parois des carrières… C’est le concept des Carrières de Lumières.
Quel que soit le site, Culturespace applique deux principes fondamentaux : le visiteur est placé au centre des préoccupations et ces lieux sont gérés sans aucune subvention publique de fonctionnement. Ils génèrent même des bénéfices reversés au propriétaire, et réinvestis dans la restauration de ces patrimoines. Mettre le visiteur au centre des préoccupations consiste par exemple à ouvrir 365 jours par an et proposer des nocturnes, à proposer la gratuité à partir du deuxième enfant, à mettre des audio-guides gratuitement à disposition pour tout billet vendu, organiser des ateliers pédagogiques, gérer des librairies-boutiques ou des salons de thé et restaurants. Les sites dont Culturespace a la charge reçoivent régulièrement des événements de prestige en soirée.
Prestations à la carte
Aujourd’hui, cette société qui emploie 250 personnes accueille en moyenne deux millions de visiteurs sur les sites qu’elle gère, ce qui lui a permis de reverser aux propriétaires 1, 5 million d’euros de redevances destinées à la sauvegarde des patrimoines concernés. Ces activités recouvrent des compétences qui vont de la billetterie à la conception d’événements culturels, de spectacles son et lumière ou d’expositions temporaires, en passant par la conception et la diffusion de visites virtuelles, etc. Les prestations de cette société se conçoivent à la carte en fonction des besoins, de l’intervention ponctuelle à la gestion intégrale d’un site sous forme de concession sur vingt ans.
« À Maurice, nous confie le fondateur de Culturespace, où le sentiment d’identité de la culture est fort, il n’est pas question de prendre en gestion ou de valoriser entièrement un lieu, mais plutôt d’établir des partenariats équilibrés au quotidien avec les responsables des monuments, sites ou jardins. Il n’est bien entendu pas du tout question ici d’en venir à une situation qui pourrait être qualifiée comme néocolonialiste mais au contraire, d’apporter de façon pragmatique des savoir-faire là où un besoin se fait sentir. » Notre interlocuteur estime par exemple que le Jardin de Pamplemousses est bien repris en main sur le plan botanique, mais que la concurrence et les nouvelles attentes du public nécessitent dès aujourd’hui de reprendre en main les structures d’accueil du public, de communiquer à l’international, de mettre en place une librairie, et surtout d’organiser l’expérience de la visite.
Bruno Monnier a été attristé par l’état actuel du jardin qu’il avait trouvé luxuriant et bien entretenu lorsqu’il l’avait visité il y a une dizaine d’années lors d’un séjour : « Son état est très alarmant. Je pense qu’avec la nouvelle équipe de direction, on verra les premiers effets d’ici un an ou deux, mais le retour à un jardin remarquable devrait demander cinq ans au bas mot. Au sujet du château de Mon Plaisir, ce n’est pas le rôle d’une maison historique de devenir une salle d’exposition permanente. Il vaut mieux créer des lieux spécifiques pour les expositions, de même que pour l’accueil du public, les sanitaires, le personnel, l’administration, etc. »
Dans ce domaine comme dans tous les secteurs du patrimoine, l’indécision politique est souvent le maillon faible. Aussi Bruno Monnier nous explique-t-il que malgré la réussite exceptionnelle de sa société, son activité est souvent tributaire d’éléments qui lui échappent totalement : « C’est un choix important pour une institution publique que de confier la gestion d’un lieu pour une longue durée à une société et parfois, nous ne maîtrisons pas tous les éléments de la décision. Des projets semblent évidents mais le choix politique n’est pas fait. Outre les calendriers politiques, il existe toujours une opposition par nature, nous rencontrons aussi parfois du dogmatisme, alors qu’il s’agit de regarder les choses de façon pragmatique. » La Fondation Culturespace développe depuis cinq ans des programmes à l’intention des enfants en difficulté, hospitalisés, handicapés, ou issus de milieux sociaux défavorisés. Bien évidemment, partout où Culturespace oeuvre, la condition sine qua non consiste à assortir les projets de programmes pour ces enfants.