Nawaz Rumjauny, alias NZ fishing sur les réseaux sociaux et surnommé King Casting par ceux qui le suivent, est une vraie star du Web. Ses vidéos de pêche sont très populaires sur YouTube, comptant des dizaines de milliers de vues, dont une qui a atteint un étonnant 138,000 vues. Chacune de ses aventures en bord de mer est un régal pour les passionnés de pêche en raison de son incroyable habileté à attraper du poisson. Nous l’avons accompagné lors d’une de ses sorties hebdomadaires, en compagnie de son père.
138,000 vues pour une vidéo sur une partie de pêche.

La performance de Nawaz Rumjauny est une vraie prouesse. Mais il ne s’agit là pas d’un succès ponctuel : une autre de ses vidéos a atteint 120,000 vues, une autre compte plus de 80,000 et d’autres encore affichent plusieurs milliers. Nous ne nous trompons sûrement pas si nous affirmons qu’il a contribué à populariser cette activité auprès des amateurs de pêche au cours de ces trois ou quatre dernières années. Il n’y a qu’à voir le nombre de likes, de shares et de commentaires dithyrambiques qu’il reçoit à chacune de ses vidéos, qu’il poste régulièrement.

Le passionné de pêche a souvent la main heureuse lors de ses sorties hebdomadaires

Une popularité qui nous a incités à l’accompagner lors d’une partie de pêche. Le réveil n’affiche pas encore 6h du matin, mais Nawaz, 32 ans, et son père, Ghora Rumjauny, 60 ans, sont déjà sur la plage de Balaclava. Le soleil commence timidement à faire sentir sa présence, le ciel bleu azur est réconfortant et le bruit des petites vagues est un régal pour les oreilles. En main, une canne à pêche assortie d’un moulinet et d’une ligne déjà fixée et rattachée à un leurre souple. Sa technique à lui : le casting, type de pêche qui surfe sur la vague de la popularité depuis quelques années, avec l’ouverture de plusieurs magasins spécialisés. Son père a choisi une bulle d’eau (petite sphère flottante qui provoque des bruits de vibrations sur la surface de l’eau) et “enn ti mourgat”, une autre variété de leurre artificiel.

Pêche aux leurres.

La partie de pêche débute très tôt pour profiter de la marée descendante. “Je me base surtout sur la marée, montante et descendante. Ces mouvements d’eau sont idéals pour aller pêcher. En général, j’y vais deux heures environ avant la marée haute ou avant la marée basse. Mais ce n’est pas une science exacte. On attrape parfois des poissons même quand ces conditions ne sont pas réunies.” En général, l’activité des poissons est meilleure tôt le matin et juste avant le coucher du soleil. L’hiver n’est pas propice à ce type de pêche, mais il arrive tout de même à tirer son épingle du jeu. Et puis, comme il le dit si bien, l’important est de pêcher. “Même si l’on n’attrape pas grand-chose, le simple fait de pêcher me rend heureux, ça me déstresse. Se enn mari life.”

Alors qu’il nous parle, les yeux de Nawaz Rumjauny ne quittent pas la mer. L’appel de la pêche est trop fort. En moins de deux, le voilà déjà en train d’animer son leurre, qu’il a lancé à une trentaine de mètres. Ses yeux sont braqués dans la direction du leurre, qu’il anime avec une certaine dextérité. Depuis peu, il a tronqué les leurres durs contre des leurres souples. Les deux types ont la même fonction : celle d’imiter un poisson blessé ou malade, ce qui sera perçu comme une proie facile pour les prédateurs. Mais l’animation des deux est différente. La pêche aux leurres s’adresse aux poissons communément attrapés dans nos eaux : batarde, carangue, capitaine, vieille grise, poisson aiguille, tazar (barracuda), colombines, rougets, bours, Madam Tonbe, tronpet…

Des touches plus fréquentes.

Après trois ou quatre lancers, Nawaz a sa première touche de la journée. Un son strident se fait entendre, provoqué par le frottement de la ligne dans le moulinet, avec le frein serré. Son qui s’entend à chaque fois que le poisson arrive à tirer plus de ligne hors de la bobine du moulinet et qui résonne comme une bonne musique aux oreilles de tous ceux qui aiment titiller les prédateurs marins. Dans le même temps, le haut de sa canne se courbe d’un mouvement brusque. La ligne se défile à vive allure, avant de stopper net. “Koupe”, crie-t-il, désemparé. “Tazar sa !”, ajoute-il. Le poisson qu’il a ferré a malheureusement coupé son bas de ligne avec ses dents acérées. Pas de chance cette fois, mais pas de quoi décourager le passionné de pêche. Au contraire ! La touche annonce probablement une hausse dans l’activité, comme on le dit dans le jargon.

En effet, les touches deviennent plus fréquentes. Une petite carangue, une autre et quelques vieilles, qui sont sans doute les prédateurs les plus faciles à attraper avec la technique du casting. Tous sont remis à l’eau en raison de leur petite taille. Si le garde-manger n’est pas rempli, le plaisir lié à leur ferrage procure suffisamment de plaisir et de satisfaction au pêcheur. En tout cas, c’est une bonne indication que le leurre fonctionne.
Le leurre qu’il utilise est tout petit (à peine 3 centimètres de longueur) et transparent, avec de petits points noirs. “On prétend qu’il faut choisir la couleur de son leurre par rapport à la couleur de l’eau, en fonction du temps – s’il est ensoleillé ou sombre. Moi, je reste sur ce leurre par tous les temps. Je l’échange surtout si j’ai fait une quinzaine de lancers sans aucune touche.” Ses boîtes à leurres soigneusement rangés dans son sac sont chargées de plusieurs types de leurres, dont quelques-uns qu’il essaiera pendant la journée de pêche.

Lancer aussi loin que possible.

L’appât est monté sur un hameçon à tête plombée de 3,5 grammes. Celui-ci sert à lancer le leurre à une distance raisonnable, mais aussi à le faire descendre vers la profondeur requise pour optimiser les chances d’attraper des poissons. Selon Nawaz, un si minuscule poisson est une proie facile pour les prédateurs. “Pour les prédateurs, un petit poisson de cette taille ne peut pas se trouver aussi loin de la côte, il constitue une proie extrêmement facile. Dès qu’ils le voient, ils vont l’attaquer. Du coup, je dois le lancer aussi loin que possible.” Ses équipements sont choisis en fonction de cette théorie. “Pour le lancer loin, il faut un set-up très léger, un moulinet de série 1000 à 2500 et une ligne de 12 livres, en l’occurrence du nanofil.” Nylon, tresse (braid line) ou monofil sont d’autres options. Pour compléter son set-up, il ajoute un bas de ligne fluorocarbone (matière qui est quasiment invisible dans l’eau) de douze livres. Il se sert d’un crochet qu’il attache à son bas de ligne, ce qui permet de changer d’appât plus rapidement sans avoir à refaire des nœuds à chaque fois.

Mais un bon leurre ne fonctionnera pas si on ne l’anime pas correctement. “Il est conseillé de faire des mouvements erratiques lorsque vous animez votre leurre, en vous servant du moulinet, mais aussi en faisant bouger la canne de droite à gauche ou de haut en bas.” Il le démontre en lançant sa ligne, qu’il commence à ramener en tournant la manivelle du moulinet dès que le leurre touche l’eau, pour éviter que celui-ci ne s’accroche aux coraux, rochers ou algues qui se trouvent au fond. Il mouline trois ou quatre fois. Il fait ensuite une petite pause, afin de laisser le leurre descendre quelque peu vers le fond pendant une ou deux secondes, avant de tourner la manivelle de nouveau. Ces gestes répétés et alternés, que l’on peut voir dans les nombreuses vidéos qu’il poste, lui permettent d’attraper des poissons aussi régulièrement. Joignant le geste à la parole, il nous sort un rouget canal, qui lui procure un joli combat entre deux bateaux amarrés.

“Inn ariv sa dan enn badinaz”.

Nawaz, consultant en Software Engineering, n’a connu que tout récemment la passion de la pêche. Cinq ans seulement. Mais sa quête d’apprentissage a fait de lui un véritable maître de la pêche au casting. “J’ai découvert la pêche en regardant des vidéos sur YouTube, à l’instar de River monsters. J’ai appris à pêcher en regardant les vidéos.” C’est aussi lui qui a donné le goût de la pêche à son père, avec qui il partage ses aventures chaque week-end.

Quant aux vidéos, il a commencé à les poster avant tout pour prouver qu’il avait bien pêché ces poissons en bord de mer, contrairement à ce que disaient les commentaires sur les photos qu’il avait pris l’habitude de poster. “Quand j’ai commencé à attraper des poissons avec la technique du casting, j’ai commencé à poster des photos sur des groupes Facebook sur la pêche. Certaines personnes ne voulaient pas croire qu’on pouvait attraper autant de poissons en pêchant sur la côte. Ma femme m’a conseillé de filmer mes sessions de pêche pour leur montrer que c’était vrai. C’est ce qu’on a fait. Un cousin et elle me filmaient. Puis, j’ai pris un GoPro. Inn ariv sa dan enn badinaz. Tu fais une vidéo, tu constates que les gens apprécient et commentent; tu en fais une deuxième, puis une troisième, et ça devient une habitude. Aujourd’hui, si je n’ai pas ma caméra, je ne peux pas pêcher”, dit-il en souriant.

Alors que la pendule affiche 9h et que le vent se lève, il est temps de mettre fin à la partie de pêche. Si la journée n’a pas été très fructueuse, elle aura procuré son lot d’émotions fortes à Nawaz Rumjauny, pour qui la pêche est devenue une drogue saine.