Photo @www.clicanoo.re

Alors que dans plusieurs milieux à Maurice un assouplissement de la politique répressive contre la consommation du cannabis est souhaité, le Dr David Mété, chef du service d’Addictologie au Centre hospitalier universitaire de La Réunion et actuellement à Maurice pour une conférence, considère qu’une légalisation contrôlée du cannabis « permettra de mieux protéger les jeunes et les adolescents contre les trafiquants de drogue ».

Le Dr Mété observe que le cannabis reste un produit interdit à La Réunion comme à Maurice. Toutefois, il constate qu’une guerre systématique contre le cannabis pousserait les jeunes à recourir à des cannabinoïdes de synthèse. « Il est reconnu dans le monde que la guerre contre le cannabis a été jusqu’ici contre-productive et que cette politique tende à pousser les jeunes vers des opiacés et des cannabinoïdes de synthèse.

Ces produits coûtent moins cher mais sont beaucoup plus dangereux », constate l’addictologue réunionnais. Il observe de même que, dans certains pays, on s’achemine vers la vente libre, « ce qui ne constitue pas nécessairement une solution ».

Et de préciser qu’il n’est pas un apôtre du cannabis, qu’il n’encourage pas sa consommation et qu’il est contre sa banalisation. « Je préconise dans l’état actuel des choses une légalisation contrôlée avec l’introduction des règles strictes à travers la vente dans des structures contrôlées par l’État », dit-il. Il poursuit : « Les autorités pourraient ainsi mieux contrôler ce qui se passe au lieu de transférer ce qui est interdit dans le champ de la clandestinité avec la mafia qui est aux aguets. Les drogues de synthèse, qui sont beaucoup moins chères, font aujourd’hui beaucoup de victimes dans le monde et dans la région, notamment à Maurice, Mayotte et aux Seychelles. »

Le Dr David Mété fait partie de ceux qui sont en faveur d’une guerre contre les trafiquants de drogue mais estime qu’une « attention particulière doit être apportée aux consommateurs ». Il ajoute : « Il est important que toutes dispositions soient prises pour la réhabilitation de tous ceux qui le demandent. »

À La Réunion, indique-t-il, tous les services hospitaliers disposent d’un service d’addictologie et offrent des facilités en vue du sevrage, la désintoxication et la réhabilitation des malades. « D’où l’importance de la formation », dit-il. C’est dans ce contexte que la Fédération régionale d’addictologie de La Réunion a lancé un programme de formation ouvert aux pays de l’océan Indien et qui est porté par l’Université de La Réunion en collaboration avec le Centre d’Enseignement de Recherche et de Traitement des Addictions.

Ce programme, qui s’adresse aux professionnels de santé, du secteur médico-social et aux membres d’associations concernés par les problématiques addictives, vise à acquérir des connaissances théoriques et pratiques sur la problématique des addictions, avec une attention particulière pour les problématiques spécifiques rencontrées à La Réunion et dans la région. L’université offre également une formation en ligne.

Ce qui permet aux principaux concernés de bénéficier d’une formation sans avoir à se déplacer. Aux Seychelles, un système d’examens a été mis en place à travers l’Alliance française. Le Dr Uvarajen Paratian, Mauricien basé à La Réunion en tant que médecin généraliste, s’est également spécialisé en addictologie.

Le Dr David Mété a indiqué que, dans un passé récent, il avait défendu le programme de méthadone à Maurice que l’ancien ministre de la Santé voulait abolir. Il observe que Maurice est le premier pays de la zone africaine à introduire un tel programme. « Le gouvernement mauricien peut aller plus loin et introduire un traitement diversifié afin de faciliter la réhabilitation des malades », dit-il.