Tous à table et sex on the beach à la ronde. Faut célébrer. A la manière d’Etienne Sinatambou. Eh oui, c’est ce à quoi ressemble le mercato politique qui se déroule ces jours-ci en prévision des prochaines élections générales. Après Kavi Ramano, voici le tandem Obeegadoo-Labelle qui se rapproche du Sun Trust.

A bien voir, ils auraient pu avoir franchi le pas dès la semaine dernière et aller grossir les troupes orange menées par Showkutally Soodhun, Prakash Maunthrooa et Ravi Yerrigadoo qui accompagnaient le candidat du MSM à la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart. Ça aurait fait une belle photo de la “famille militante” recomposée, pour ne pas dire décomposée.

Notre propos ici n’est pas éloigné de celui qui était le nôtre au moment de la conclusion de l’alliance PTr/MMM en 2014. C’est le même écœurement. Parce que ceux qui ont rejoint le Sun Trust ou, pour mieux dire, le Son Trust, selon la préférence pour l’une ou l’autre formule, sont ceux qui avaient promis de faire la politique autrement. Aujourd’hui, c’est plutôt la politique outrément.

C’est tellement cocasse qu’il est nécessaire de revenir sur le drôle d’itinéraire de ces nouveaux adeptes de la famille “moralité pas rempli ventre”. Kavi Ramano a connu un itinéraire des plus singuliers. Il avait choisi de quitter le MMM pour créer le Mouvement patriotique avec Alan Ganoo et d’autres dissidents. Pour mieux les abandonner ensuite. Pour des raisons qui n’ont jamais été clairement expliquées.

Tout ce qu’on sait sur la chronologie de son curieux cheminement, c’est qu’il était encore au MP lorsqu’il fut choisi, en avril 2016, sur les recommandations du ministre de sa circonscription, Roshi Bhadain, pour agir comme le notaire exécutant, “l’escrow agent” de la vente de Britam Kenya à Plum Holdings pour une somme de Rs 2,4 milliards au lieu d’une offre plus conséquente de Rs 4,3 milliards venant d’un autre intéressé.

Ce différentiel proche du double avait été jugé suspect par le gouvernement qui décida d’instituer une commission d’enquête pour tirer au clair toute cette affaire. Elle a apparemment fini avec ses auditions, dont celle de Kavi Ramano, lui-même, le grand adepte de la transparence qui avait insisté pour déposer à huis clos. Mais, pour le rapport d’enquête, il vaut mieux ne rien attendre avant les prochaines consultations populaires.

Le problème avec cette commission d’enquête c’est, qu’en sus de son président, l’ancien juge Bushan Domah, il y a l’assesseur Yacoob Ramtoola, l’ancien administrateur de la British American Investment (BAI), un cas d’école pour toute étude de situation de conflit d’intérêts et qui est officiellement le responsable de la firme BDO qui a recruté Kavi Ramano.( Voir précision plus bas)

C’est juste après son association à cette affaire, qui était inconnue du grand public, que le député du MP Kavi Ramano a pris ses distances de son parti pour siéger en indépendant. Il a donc tracé sa route jusqu’à l’annonce, cette semaine, de son adhésion au MSM. On peut s’étonner de son geste, lui qui s’était permis de grandes envolées sur les principes et l’éthique, le 10 décembre 2018, à l’Assemblée nationale.

N’avait-il pas, ce jour-là, dénoncé avec force “les alliances forcées, les alliances de raison, les alliances incestueuses… Ce dégoût de la politique de la population est fait avec ce raisonnement des alliances contre nature… un objectif commun: le pouvoir… le pouvoir à n’importe quel prix”. Non, il ne fait pas rigoler, mais le confronter à ces propos serait quand même fort amusant.

Plus pathétique encore, la plate-forme militante, qui s’est désagrégée après son divorce rapide avec le MP d’Alan Ganoo. Avec le MP, après les grandes retrouvailles militantes, qui n’ont duré qu’un été, ce fut le désamour vite consommé. Et, au sein même de cette plate-forme, une triste fracture sur des lignes communales. Steven Obeegadoo et Françoise Labelle — oui, elle aussi — qui courent en direction du Sun Trust pendant que Pradeep Jeeha et Vinay Sobrun ne veulent pas entendre parler de la famille Jugnauth, ni de leur empire. C’est tout ce beau monde qui disait représenter les valeurs militantes.

Steven Obeegadoo, cette créature médiatique, qui n’a jamais pu se faire élire sans être tiré par une locomotive locale, a, hier, déclaré, sans craindre de susciter des ricanements, que sa plate-forme “s’associe au MSM par obligation”. Non, monsieur ! la politique c’est choisir. Jack Bizlall a choisi sa voie, d’autres militants, des écologistes, ont opté pour les leurs. Sans attentes de contrats, de fauteuils ou de récompenses pour eux-mêmes ou leurs proches. Il n’y a pas d’obligations en politique, si ce n’est celles de respecter ses engagements et de s’en tenir à ses principes.

Si lui et son groupuscule ont décidé de voler au secours d’un clan écrasé par les scandales, il faut juste assumer. Comme des adultes. Et ne pas rechercher des faux-fuyants. Avec Kavi Ramano, c’est “l’avancée démocratique avec le MSM”, probablement en regardant la MBC tous les soirs et pour cautionner le renvoi des villageoises et dans le cas de Steven Obeegadoo, c’est peut-être pour sanctuariser la National Transport Authority, allez savoir.

Dans cette atmosphère glauque “d’asté vendé” du moment, il faut aussi dénoncer le rôle de l’Eglise catholique qui a toujours tenu à marquer sa différence avec le socioculturel en restant éloigné de la petite politique. Si ce matin pour la messe de la Saint-Louis, où seront présents des dirigeants politiques sans accès à la parole, un de leurs membres peut, lui, organiser avec la bénédiction de sa hiérarchie, des réunions politiques dans une salle paroissiale et se permettre même d’interdire des questions sur son rôle trouble.

A ce rythme, on pourrait même voir un jour le père Moctee candidat aux élections ! Pourquoi pas après tout, les voies du seigneur étant impénétrables.

♦ L’assesseur de la Commission d’enquête sur la vente de Britam (Kenya) qui était l’ancien administrateur de la BAI, est Sattar Hajee Abdoula et non Yacoob Ramtoola.

Yacoob Ramtoola demeure l’administrateur de la BAI à ce jour

Quant à la relation entre BDO et Kavi Ramano, BDO (en tant qu’administrateur de la BAI) a déjà retenu les services de Kavi Ramano en tant que que notaire pour la vente de certains biens du groupe BAI, mais il n’a jamais été recruté par BDO.

Week-End s’excuse auprès de toutes les parties pour la confusion créé par le mix-up entre administrateurs de la BAI.