Le mot de l’année 2013, c’était le selfie: la photo que l’on prend de soi-même à l’aide d’un smartphone et que l’on transmet. Dans les jeux amoureux, cet autoportrait qu’on destine uniquement à une personne que l’on croit de confiance se dénude, cela s’appelle le sexting (ou “textopornographie” selon FranceTerme). Si les cas rapportés de sexting sont rares à Maurice, c’est un phénomène beaucoup plus répandu qu’on le croit. Dans la majorité des cas, le sexting se fait à l’intérieur d’une relation amoureuse. Les jeunes s’offrent alors des photos explicites en cadeau.
Le danger est que ces photos intimes ne le restent pas toujours. Le succès de sites de socialisation sur Internet accroît le risque de voir ces images faire le tour du monde. Un court message en guise d’introduction, et ce sont des images ou des vidéos à caractère sexuel qui sont envoyées. Mais l’envoi d’images sexuelles explicites n’est pas la seule problématique du sexting, il y a aussi le partage de ce matériel par la suite. Même les utilisateurs des fameux snapchats, application qui supprime la photo après quelques secondes pour effacer les preuves, ne sont pas à l’abri. Des scènes filmées ou photographiées dans l’intimité des jeux amoureux et qui font souvent le tour des collèges ou des sites internets sans le consentement des personnes intéressées, parfois par simple vengeance. Le genre de messages qui peuvent également être utilisés comme moyen de pression pour les maîtres-chanteurs.
Pourquoi les sextos?
Pour certains ados, avoir sur son téléphone une photo de sa copine ou de son copain tout nu, c’est afficher qu’on a une vie sexuelle. Il s’agit même, pour certains, d’une forme de “rapports sexuels protégés”. Parmi les autres raisons qui motivent le sexting, on note également le désir d’être accepté, de devenir populaire, pour séduire.
Il arrive aussi que les personnes qui s’adonnent au sexting n’en aient pas réellement envie. Pour ces personnes, il s’agit principalement de séduire, d’engager des préliminaires, de combler un désir du partenaire, ou de nourrir l’intimité au sein du couple.
Attention!
Si des photos intimes d’un jeune circulent sur la toile ou sont diffusées par le biais de téléphones mobiles de camarades de classe, il n’est pas possible de revenir en arrière. Il faut donc bien réfléchir à la manière dont on se présente sur les photos et à qui on les envoie. Le risque que des photos soient rendues publiques et visibles par tous existe toujours. Plus la photo est sexuelle, plus le risque d’humiliation est grand en cas de publication. Les filles sont clairement plus concernées que les garçons, tant par la diffusion non voulue de photos que par un jugement social négatif en cas de photos osées. La honte, la perte de réputation, la sanction par les parents mais aussi et surtout le mobbing par les camarades sont souvent liés à la publication. Et cela même si la personne photographiée n’a rien fait de répréhensible, contrairement à ceux qui ont publié et diffusé les photos. Dans d’autres cas, des inconnus adultes prennent contact avec des jeunes sur des réseaux sociaux ou dans des chatrooms sous le couvert d’un pseudo et les font ensuite chanter avec des photos de nu qu’ils ont sollicitées.
Quid de la loi?
Dans sa newsletter du mois d’août, publiée la semaine dernière, le bureau du Director of Public Prosecutions (DPP) fait état de l’aspect délictuel du sexting. Il s’agit, en effet, d’une violation de l’article 46 (h) du Information and Communication Technologies Act (ICTA), qui stipule que toute personne qui utilise un service d’information et de communication, y compris les services de télécommunications pour la transmission ou la réception d’une photographie qui est indécente, est coupable d’une infraction et, sur déclaration de culpabilité, est passible d’une amende maximale de Rs 1 million et d’une peine d’emprisonnement de 5 ans au maximum. De même que, sous l’article 15 du Child Protection Act, l’infraction aux dispositions de cette loi est punissable d’une peine d’emprisonnement d’un maximum de vingt ans ou d’une amende maximale de Rs 25,000. Cette loi concerne toute personne qui fait circuler ou qui a en sa possession une photographie indécente d’un enfant.
Selon le bureau du DPP: “Si les cas de sexting sont rarement rapportés en raison de la stigmatisation sociale, les cas d’insultes et d’autres formes d’abus en ligne sont en revanche plus souvent rapportés et sont à la hausse. Nous ne savons peut-être pas encore l’ampleur du problème auquel nous sommes confrontés, mais il n’est pas rare de nos jours pour beaucoup de jeunes d’utiliser facebook ou twitter pour intimider, insulter, menacer, ou harceler autrui.” Ce comportement constitue également un crime en vertu de l’article 46 (h) de l’ICTA.