De « sixième fail » à businessman accompli, Ameen Shaik Mohedeen, 62 ans, a développé le business de production de pistaches salées de couleur rouge que lui a légué son père en une petite entreprise florissante qui propose aujourd’hui une gamme de 25 variétés de snacks aux Mauriciens. « Je suis heureux de mon parcours, j’ai bien travaillé, je n’ai pas perdu de temps. Je vais maintenant laisser le soin à une de mes filles d’agrandir et de développer le business avec de nouveaux emballages, et, peut-être de nouveaux produits », déclare cet entrepreneur, qui donne de l’emploi à plus d’une soixantaine de personnes. Il dit attendre que la SMEDA et Enterprise Mauritius se manifestent envers sa PME qu’il souhaite développer en une entreprise moderne.
Des moolkoos frisés et ronds, sèves, baguettes fromage dorées, petits pois jaunes et verts, pistaches rouges, blanches et sucrées et salées, pistaches mélangées avec des raisins, chips de pomme de terre, chips de bananes, merveilles, tamarin sec, grammes, pop-corn, gâteaux cravates et petits samoussas : Ameen Shaik Mohedeen connaît les noms de tous les snacks — 25 au total — qu’il fabrique dans son entreprise située à la rue Lees, à Curepipe, au rez-de-chaussée de sa maison de quatre étages. « Nous livrons chez des mini-marchés, des petites boutiques et autres tabagies à travers tout le pays mais nos produits ne sont pas encore entrés dans les grandes surfaces », dit-il, le sourire aux lèvres « parski nou pa kone kouma pou apros zot ». Parfois, il veut aller parler aux responsables des supermarchés mais il hésite en constatant qu’ils ont déjà d’autres producteurs avec lesquels ils travaillent. « Alors, mo pa anvi deranz zot », lâche Ameen Shaik Mohedeen, avant d’ajouter : « Je ne suis pas gourmand, je ne veux pas prendre tout le marché à moi tout seul. Mo deza pe gayn mo lavi mais si une grande surface me propose de vendre mes produits, je ne refuserai pas ».
Qualité
Ces 35 dernières années se sont bien passées pour cet entrepreneur et son entreprise mais il lui a fallu miser beaucoup sur la qualité de ses produits. Pour rester compétitif, il lui a fallu faire mieux que les autres producteurs de snacks. « Ou kone, dan manze pa kapav kouyonn dimounn. Ce n’est pas un vêtement. Si on ne lui donne pas quelque chose de bon et qui le satisfait, le consommateur n’achètera pas vos produits. Vous devez faire de votre mieux pour satisfaire ses goûts pour qu’il continue à acheter vos produits », déclare-t-il. Pour cela, il dit connaître les goûts des Mauriciens, et puis, il a ses propres « formules secrètes pour tous ses snacks », qu’il ne dévoile à personne, ni à ses propres employés.
Shaik Mohedeen Snacks reçoit la visite des inspecteurs de la santé assez régulièrement, et parfois, sans qu’ils ne s’annoncent. Ils lui conseillent comment respecter au mieux l’hygiène alimentaire dans son entreprise. Selon lui, il n’a jamais eu de contravention mais de temps à autre, les services sanitaires « corrigent mes erreurs pour que je puisse m’améliorer ». Ameen Shaik Mohedeen trouve que ces visites valent la peine. « J’utilise leurs conseils pour améliorer la qualité des snacks. Ils sont comme des profs, et si on ne suit pas le côté sanitaire, on ne peut pas continuer dans le business », dit-il, en remerciant Dieu pour son succès. De temps à autre, certains de ses clients le félicitent « pou mo gato ki byen bon », et ils lui demandent « kouma ou finn aprann fer sa ban snacks la » et il leur répond : « Dieu ».
Travail en France
C’est un beau-frère à lui qui commencé cette entreprise, il y a cinq décennies, qu’il a laissée au père de Ameen Shaik Mohedeen, pour un emploi dans la Fonction publique. Le père, Osman Shaikh Mohedeen, ne produisait que des pistaches salées de couleur rouge qu’il vendait dans des petits sacs en papier. Ameen Shaik Mohedeen avait 17 ans et demi à cette époque. « Je suis parti chercher du travail en France où j’ai obtenu mes papiers de travail et aussi ma carte de séjour. Un an et demi plus tard, je suis venu en vacances au pays et j’ai constaté que mon père était fatigué et qu’il ne pouvait plus continuer ce travail. Je suis rentré en France et un jour mon père m’a appelé pour me dire que si je voulais rester en France, c’est bien mais si je comptais revenir au pays prendre l’entreprise en main, ce serait aussi bien. Il m’a dit : à toi de voir », fait-il ressortir.
Ameen Shaik Mohedeen est, donc, revenu au pays un an et demi plus tard, et a pris les rênes de l’entreprise, l’a développée en introduisant de nouvelles variétés de snacks, d’après les goûts des Mauriciens. Au début, la petite entreprise opérait avec seulement quatre personnes. Aujourd’hui, elle emploie 66 personnes dont une cinquantaine de femmes, qui travaillent à l’unité de production où les différents snacks sont préparés, cuits et mis en sachets. Les hommes assurent la livraison des produits à travers le pays. « J’étais motivé à prendre la relève de mon père parce que dans le business on gagne de l’argent tous les jours. J’avais besoin de voir l’argent tous les jours bien que je n’aie aucun vice, je ne fume pas, je ne bois pas. Je ne pouvais attendre la fin du mois pour être payé. Je me mettais en colère mais je ne conseille pas aux autres de faire comme moi », poursuit-il. Son entreprise ayant été un succès, il a gagné de l’argent qu’il a investi dans des biens immobiliers mais nie « être enn bel peto ». « Franchement, j’ai bien travaillé par la grâce de Dieu ; j’ai réussi mon business malgré le fait que j’ai échoué aux examens de sixième. Je n’ai pas de dettes », souligne notre interlocuteur.
Matières premières
Cependant, les matières premières et la main-d’oeuvre sont deux problèmes qui affectent, ces temps-ci, la rentabilité de cette entreprise. Selon lui, les coûts des matières premières, sauf en ce qu’il s’agit de la farine, ont augmenté, voire doublé en l’espace de quelques années. À l’exemple du kilo de pistaches vertes qui est passé de Rs 40 à Rs 80, de même que le coût de la main-d’oeuvre, de l’huile de cuisson et des grains secs. Mais, ajoute-t-il, le prix de vente des snacks n’augmente pas. « Nous les vendons aux mêmes prix », précise-t-il.
Ameen Shaik Mohedeen a fait enregistrer sa PME auprès de la SMEDA et d’Enterprise Mauritius dans le but de pouvoir développer son business. « Mais ces institutions ne sont jamais venues vers moi ; elles ne savent pas ce que je fais mais je ne les critique pas. Peut-être qu’elles sont occupées et aussi peut-être que mon tour n’est pas encore arrivé. Entreprise Mauritius m’a dit pli tar nou pou get ou, me zame zot vini. J’espère que mon tour viendra un jour », ironise-t-il. Cet entrepreneur souhaite agrandir son business et recruter plus de gens, pour pouvoir produire plus et exporter dans la région. « Je suis un 4 F mais je suis devenu un businessman accompli aujourd’hui. J’attends de l’aide de l’État car j’ai des emplois à préserver », conclut-il, avant de lâcher : « J’attends mon tour ».