Au fil des occasions qui se présentent, Shaskia John est en train de devenir l’un des nouveaux visages de la mode en Afrique du Sud. Une expérience que l’adolescente de quatorze ans, qui se présente comme militante écologiste, vit avec un bonheur certain.
Shaskia John veut aussi s’enrichir des cultures qui composent l’âme arc-en-ciel du pays où elle est née et qui la voit grandir. Comme elle le fait aussi dans celui de son père, où elle est venue passer quelques jours de vacances : Maurice, son autre patrie…
Au début de mai, le magazine sud-africain de mode Shimmer avait mis le paquet pour l’édition spéciale annonçant son lancement. Glamour, élégance, beauté, créativité : autant d’éléments réunis par les concepteurs de la publication pour se faire remarquer et s’imposer auprès des professionnels et des membres du public.
On peut imaginer que les mannequins avaient été méticuleusement choisies pour refléter toute l’ambition du nouveau projet de l’un des grands groupes de presse d’Afrique du Sud. Parmi elles : Shaskia John.
Métissage
Dans Shimmer, on la découvre sur une pleine page, portant une création d’un styliste. Colliers tribaux au cou, chevelure noire relevée par des reflets rouges à travers la version moderne d’une coiffure traditionnelle… Depuis que Shaskia John a commencé le modelling, plusieurs occasions lui ont été offertes de se faire connaître en Afrique du Sud. Malgré la compétition féroce qui existe dans le domaine, c’est sans trop de peine qu’elle grimpe les échelons. Son visage apparaît de plus en plus souvent dans les magazines de mode.
Il suffit de la rencontrer pour comprendre. Shaskia John est à l’opposé des stéréotypes qui dénaturent de plus en plus la mode sous des couches de superficialité. Traits asiatiques hérités de ses ancêtres indiens : le métissage est l’un des atouts phares de ce mannequin né de mère sud-africaine et de père mauricien. Son charme naturel et sa beauté sont relevés par sa personnalité plaisante et sa vive intelligence. La jeune femme participe aux discussions sans peine et sait faire entendre ses opinions, surtout lorsqu’il s’agit de la protection de l’environnement.
Green model
Chez d’autres, se dire écolo est synonyme de cool attitude. Dans le cas de Shaskia John, c’est un trait de caractère. “Je devais savoir six ans lorsque j’ai pris la décision que je serais un jour entomologiste. C’est un domaine qui m’a toujours fasciné. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours été très attirée par les insectes.” La cause environnementale en général l’interpelle. Sans hésiter, elle préfère encore être présentée comme une “ecological warrior”.
De retour vers ses racines mauriciennes après cinq ans, Shaskia John n’a pu refréner un sentiment d’inquiétude face à certains nouveaux paysages où bitume et béton ont pris le dessus sur le vert. “Je suis tout à fait d’accord avec le développement. Mais un juste milieu doit être trouvé pour que les constructions ne se fassent pas au détriment de la nature. Ici, comme ailleurs, ce type de développement réduit l’espace qui revenait à la nature.” La question l’inquiète : “Nous devons faire très attention. Sinon, nos enfants ne connaîtront pas les paysages naturels. Ils risquent de ne plus entendre les chants d’oiseaux.”
Coeur mauricien
Shaskia John se sent aussi concernée par la situation de l’environnement à Maurice parce que le coeur de cette adolescente qui est née et a grandi en Afrique du Sud a toujours appartenu à Maurice. “Je ne peux même pas dire que Maurice est ma deuxième maison. C’est ma terre, ma patrie, au même titre que l’Afrique du Sud l’est à mes yeux. Je vis avec l’impression d’avoir toujours un pied ici et un autre là-bas.”
Dans le domaine de la mode, l’autre avantage de Shaskia John est sa capacité à s’adapter à différents besoins pour mieux refléter la pluralité sud-africaine. Du côté de sa mère, ses ancêtres avaient fait la traversée du Tamil Nadu pour prendre un nouveau départ sur les terres d’Afrique. Quelques générations plus tard et l’adaptation accomplie, la famille s’est très bien implantée, malgré des faits historiques troublants et douloureux qui ont marqué le pays par où Gandhi avait commencé son combat pour le respect et la liberté.
Arc-en-ciel
Enfant de l’ère postapartheid, Shaskia John veut croire en la richesse et les atouts d’un peuple arc-en-ciel où l’espoir est toujours permis. L’Afrique du Sud, raconte-t-elle, permet à qui veut bien lui offrir son âme de se nourrir d’une multitude de cultures, de croyances et de religions que se partagent les citoyens d’un même peuple aux passés si différents. “On apprend tant de choses par ce mélange culturel qui se fait en permanence. Chaque moment est une occasion de découvertes.” Une particularité qu’elle retrouve aussi à Maurice lorsqu’elle y revient pour des vacances.
Shaskia John n’a toujours pas décidé si son avenir s’écrira ici ou là-bas. Elle garde toutes les options ouvertes, préférant se laisser porter par les vagues du destin. Ce sont sans doute elles qui l’avaient conduite vers un casting où des professionnels de la mode l’avaient jugée : “Ils m’ont dit que j’avais le potentiel d’être un mannequin international. Je n’avais jamais envisagé de faire carrière dans ce domaine. Mais puisque les choses ont été favorables, j’ai décidé de continuer.”
Expérience
Shaskia John est maintenant habituée aux séances de photos, défilés et autres activités qui composent la vie d’un mannequin professionnel. Mais ce n’est pas forcément la voie qu’elle compte suivre : “Je prends beaucoup de plaisir dans ce que je fais en ce moment. L’expérience est très plaisante. Elle me permet de découvrir beaucoup de choses, dont des gens dotés d’un grand sens de créativité, qui sont très sympathiques. L’ambiance dans les coulisses est souvent agréable. Mais je sais que tout cela est éphémère. Un jour, les choses changeront; je n’aurai plus les mêmes atouts.” Parallèlement à sa carrière de mannequin, elle poursuit ses études pour s’offrir d’autres options, dont celles d’aller un jour à la rencontre des insectes en tant que scientifique.
En attendant, cheveux au vent, sourire généreux, Shaskia John continue à évoluer au milieu du strass et des paillettes. La Mauricienne d’Afrique du Sud aura d’autres occasions de faire parler d’elle…