Abus en tous genres, maltraitance, absence des parents : nombreux sont les enfants et les jeunes qui se retrouvent dans un centre d’encadrement, communément appelé Shelter. Pour une courte période ou pour plusieurs années. Là, des programmes et des activités leur sont proposés afin qu’ils puissent s’épanouir en toute sécurité. Pour comprendre la vie dans un Shelter, nous avons visité quatre lieux différents : Terre de Paix (Albion), SOS Villages (Bambous), CEDEM (Floréal) et le Foyer Père Laval (Port-Louis).
Un Shelter doit-il être un lieu temporaire ou permanent ? Les responsables des abris que nous avons rencontrés ont des réponses qui varient selon la philosophie de l’abri qu’ils dirigent. Mais ils sont tous d’accord pour reconnaître qu’un enfant devrait plutôt se retrouver au sein de sa famille biologique que dans un abri ou une famille d’accueil. Mais comme le soulignent Alain Muneean de Terre de Paix, Rita Venkatasawmy du CEDEM et Dominique Chan Low de SOS Villages, les cas d’abus sont souvent commis par un membre de la famille ou un proche. Le frère Robert Lourdu Samy du Foyer Père Laval précise qu’“un éducateur ou une éducatrice ne remplace pas les parents. Ils sont là pour les encadrer”.
Éducateurs, encadreurs ou “mamans et tantes SOS” prennent ces jeunes en difficulté sous leurs ailes et leur apportent le soutien affectif dont ils ont besoin. À Terre de Paix, c’est l’approche de la famille d’accueil qui est privilégiée; le terme Shelter n’est jamais utilisé. “Nous cherchons des familles qui sont prêtes à accueillir jusqu’à un maximum de six enfants sous leur toit. Ils habitent alors une maison que nous mettons à leur disposition”, précise Alain Muneean. Autre structure existante : le Foyer des jeunes, réservé aux adolescents, qui bénéficient de l’accompagnement d’un Youth leader.
Réintégration.
À SOS Villages, une “maman” et une “tante SOS” habitent avec les enfants dans le village à Bambous ou à Beau Bassin. Le directeur et son assistant jouent alors le rôle de “papa”. Dans chaque institution, une prise en charge individuelle est proposée.
Au Foyer Père Laval et au CEDEM, ce sont les éducateurs et les accompagnateurs qui encadrent les enfants et les jeunes. “Ici, c’est leur maison”, confie Rita Venkatasawmy. Une fois référés au CEDEM par la Child Development Unit (CDU) du ministère de l’égalité des Genres et du Bien-être de la famille, les enfants n’ont pas la possibilité de rentrer chez eux, jusqu’à leur majorité à 18 ans. Selon la responsable des lieux, avec le nombre croissant de cas d’abus et de maltraitance envers les enfants, “nous avons besoin d’autres Shelters jusqu’à 18 ans. Une analyse de la situation doit être faite pour connaître les vrais besoins. Dans certains cas, l’abri devient permanent et dans d’autres, il peut être temporaire. Il faut savoir distinguer les deux catégories”. D’où l’importance de l’accompagnement en parallèle de l’enfant et de la famille afin qu’il puisse y retourner un jour.
Nos interlocuteurs s’accordent à dire qu’un enfant ne doit pas être coupé de sa famille biologique. “Psychologiquement, cela stabilise l’enfant”, souligne Alain Muneean. Un programme de soutien est donc proposé à la famille afin que le foyer soit de nouveau un lieu sécurisant pour l’enfant. Des visites régulières sont aussi organisées pour vérifier si tout va bien et un encadrement psychologique est aussi proposé aux familles.
Cela fait partie du programme de réintégration là où cela s’avère possible. Pour Rita Venkatasawmy, “le Shelter devient un lieu permanent en l’absence de dispositions pour faciliter l’adoption d’un enfant à Maurice”. Elle précise que selon la convention relative aux droits des enfants, le Residential care, le Foster care et l’adoption sont préconisés. Elle estime que beaucoup de bébés seraient mieux dans des familles d’accueil que dans des Shelters.
Trouver sa voie.
Un enfant référé à un abri n’est pas coupé du monde extérieur. Ils ont tous la possibilité de continuer leur scolarité dans un établissement proposant le cursus éducatif normal ou dans une institution à vocation technique. Ils participent également à des activités extrascolaires et à des sorties éducatives pour leur épanouissement personnel et pour leur réhabilitation. “Nous rétablissons la continuité de leur vie. Nous répondons à leur besoin de survie et de protection”, précise Alain Muneean. “Nous souhaitons qu’ils puissent s’épanouir et mieux connaître le pays”, souligne Dominique Chan Low. “Ces activités font aussi partie du processus d’intégration”, ajoute le frère Lourdu Samy. Grâce aux formations qui leur sont proposées, ils sont aussi préparés pour intégrer le monde du travail.
Chaque institution prépare le jeune placé sous sa responsabilité à être autonome. Au CEDEM comme à SOS Villages, l’accompagnement peut aller au-delà des 18 ans, jusqu’à ce que le jeune adulte puisse voler de ses propres ailes. Au Foyer Père Laval et à Terre de Paix, passé sa majorité, il est encouragé à réintégrer sa famille. Le cas échéant, Terre de Paix propose aussi un exit home où un groupe d’adultes vit en communauté jusqu’à ce que chacun trouve sa voie.