Les anciens horaires de travail permettaient aux généralistes d’obtenir une somme supplémentaire fort intéressante outre leurs salaires. « Dépendant des “grades”, certains médecins percevaient parfois jusqu’à Rs 40 000 avec les diverses allocations dans la formule 33 heures par semaine », affirme au Mauricien un généraliste ayant plus de 15 ans de service. Ce manque à gagner financier avec l’entrée du shift system serait-il le principal motif de mécontentement de la Medical Health Officers Association ? « Jamais ! » rétorque le Dr Vinesh Sewsurn, président de ce syndicat. « Nous n’avons jamais mis en avant l’argument financier dans nos protestations. Au contraire, le ministère dépensera beaucoup plus avec le shift system », affirme-t-il.
« C’est vrai que les 33 heures d’affilée nous épuisaient mais on s’accommodait à la formule. At the end of the day on était content de ce que cela nous rapportait en termes d’argent », témoigne un médecin avec une longue carrière. « Dans le passé les salaires des médecins étaient très bas et l’ancien système de travail nous a permis d’augmenter nos revenus mensuels », poursuit ce médecin d’une soixantaine d’années. Un généraliste plus jeune confirme au Mauricien une rentrée d’argent intéressante avant le shift system. « Dépendant des grades, on récoltait entre Rs 20 000 et Rs 40 000. Un médecin qui a démarré avec Rs 40 000 pouvait percevoir des allocations supplémentaires allant jusqu’à Rs 30 000 sous l’ancienne formule », affirme ce médecin. « Définitivement, c’est un gros manque à gagner depuis hier », souligne cet interlocuteur. Celui-ci et ses collègues qualifient l’augmentation des salaires que le ministère a accepté d’accorder aux médecins avec l’introduction du shift system de « peanuts ». « Ces deux « increments » que brandit le ministère représentent seulement une somme de Rs 3 000-Rs 4 000. C’est une somme dérisoire en comparaison de ce qu’on avait avant », affirment ces généralistes.
Le président de la MHOA reconnaît que la contestation syndicale du « shift system » est diversement commentée tant au sein du ministère que dans le public. Cependant il nie que la protestation des généralistes découlerait d’un constat d’une éventuelle baisse dans leurs revenus à l’avenir. « Ce n’est pas une question d’argent ! » réagit le Dr Sewsurn. « À chaque fois que les médecins s’élèvent contre toute forme d’injustice et revendiquent le respect de leurs droits dans l’exercice de leurs fonctions dimounn dir « dokter pe lager akoz kass ». Depuis quelques jours on entend ce même genre de critique et c’est regrettable », poursuit-il. Ce dernier soutient que le ministère débourserait à l’avenir « une somme beaucoup plus conséquente » pour les rémunérations des médecins dans le cadre du shift system. « Le roster des médecins aujourd’hui comprend déjà de l’overtime. Zot pou pey doker plis avek sa nouvo sistem-la », affirme le président de la MHOA.
Les dirigeants de la MHOA affirment que leur contestation du shift system a trait principalement à l’augmentation des heures de travail et que ce changement pourrait avoir un impact négatif sur la performance des médecins. « Le ministère a augmenté le nombre d’heures de travail sans consultation. Il s’agit d’un mauvais signe pour la qualité du service. Nous sommes en train ni plus ni moins de dénoncer nos nouvelles conditions du travail. Zame nou finn koz kas », maintient le président de la MHOA. Mais ce dernier ne veut pas confirmer ni infirmer la somme supplémentaire de « Rs 20 000-Rs 40 000 » que percevaient des médecins d’après les anciens horaires.
Outre l’augmentation de salaires accordée aux médecins pour la mise en pratique du shift system, les médecins auront droit toujours à une allocation d’overtime au cas où ils auront travaillé plus de 160 heures par mois. Soulignons que les médecins en poste à l’hôpital seront appelés à prêter main-forte aussi dans les Ares Area Health Centres et autres dispensaires à travers l’île. À ce sujet une bonne nouvelle pour le public : depuis hier le service de consultation dans ces centres de santé commence à 8 heures au lieu de 9 heures. Le ministère a prévu un nombre supérieur de médecins particulièrement dans les centres où il y a d’habitude une forte affluence quotidienne.
Par ailleurs, les administrateurs des hôpitaux affichaient hier après-midi et en fin de matinée aujourd’hui la satisfaction par rapport au bon déroulement du service avec l’entrée en vigueur du shift system. « La transition se fait normalement et tout est en ordre », affirment-ils au Mauricien.
Pour sa part, le ministre de la Santé rappelle aux dirigeants de la MHOA qui manifestaient hier devant les locaux du ministère que le shift system émane d’une demande de ce syndicat faite au PRB depuis plusieurs années. « Nous n’inventons rien. Les médecins travaillaient non-stop pendant trente heures et se plaignaient qu’ils n’avaient pas de vie sociale et que leur vie familiale en était affectée. Est-ce qu’un médecin peut se concentrer quand il est en train d’examiner un patient et donner le meilleur de lui-même au bout de trente heures de travail ? » lance le Dr Anwar Husnoo, à l’égard des protestataires.