Il s’agit de deux infos, l’une aussi, sinon plus, choquante que l’autre. D’abord, l’ampleur du problème de la drogue au sein d’un des collèges les plus prestigieux du pays, véritable vivier de lauréats et de personnalités publiques et politiques : le collège du Saint-Esprit (CSE). Et ensuite, l’éventualité d’une remise en liberté de Kusraj Lutchigadoo, ce mécanicien de Quatre-Bornes arrêté par l’ADSU fin mars de cette année au domicile de ses beaux-parents, à Triolet, en possession entre autres d’un kilo présumé de drogue synthétique, et qui s’était « éclipsé » de sa cellule de détention au poste de police de Vacoas, pour « aller prendre l’air » ! Et ce en compagnie d’un autre “high profile detainee” et avec la « bénédiction » de certains policiers…

Depuis 2013, des travailleurs sociaux, dont Danny Philippe, actuel président du Collectif Urgence Toxida (CUT), avait commencé à alerter l’opinion publique sur le fait que les drogues dites classiques, soit le gandia et le Brown Sugar, mais surtout les nouvelles drogues de synthèse (NDS), menaçaient clairement les adolescents et les élèves des écoles primaires. L’homme savait visiblement de quoi il parlait, ayant été attaché à diverses structures de prévention primaires, comme la défunte National Prevention Unit (NPU) du ministère de la Sécurité sociale, sous Sam Lauthan. Danny Philippe a aussi été l’un des principaux animateurs du Centre de Solidarité (CDS), avant de mettre sur pied des structures d’approche, d’aide et d’écoute destinées surtout aux jeunes, telles que Nou Baz.

À l’arrivée du régime Lepep au pouvoir, en décembre 2014, face aux demandes répétées des travailleurs sociaux de « pran kont » des dégâts qu’auront au final les drogues sur nos jeunes, la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, avait balayé d’un revers de la main ces craintes… Ironie du sort, aujourd’hui, puisque celle qui a travaillé comme enseignante au sein du CSE, en l’occurrence la ministre Dookun-Luchoomun, s’est bien rendue à l’évidence, comme tous ceux qui pensaient que les travailleurs sociaux criaient « Au loup ! » sans véritable fondement ! Le recteur de cet établissement cinq étoiles est venu, de son propre chef, admettre l’étendue des dégâts… Ainsi donc, nombre des jeunes fréquentant ce collège sont des consommateurs de diverses substances addictives. Et pire, d’autres seraient même de petits dealers.

Si telle est la situation au CSE, on ne serait guère étonné d’apprendre que d’autres collèges, autant les prisés que les moins starisés, sont victimes du même type de problèmes ! Madame la ministre de l’Éducation dira peut-être pour sa défense cette fois que les collèges publics ne sont pas touchés… En est-elle vraiment sûre ? Entre-temps, ce sont des « zenes par grap » qui ont rudement besoin de soins, d’encadrement, d’écoute et d’accompagnement. Et bien entendu, de traitement.

Quant au cas Lutchigadoo, que dire de plus que ce que nombre de Mauriciens ont déjà exprimé via les réseaux sociaux et les blogs des sites des médias ? Le scénario de sa très probable libération qui s’esquisse est digne d’un blockbuster de Bollywood ou de Hollywood ! Le ténor du barreau qu’est Me Valayden sait bien évidemment comment dédouaner son client. Mais comment gommer le fait que Lutchigadoo a joué les filles de l’air le temps d’un soir, et ce en compagnie d’un autre détenu déjà fiché, Ashish Dayal ? Celui-là, pour rappel, est le principal dénonciateur du réseau de trafic de drogue qui serait sous la férule du caïd Gro Dereck… Bien entendu, ce n’est pas non plus parce qu’un frère de Kusraj Lutchigadoo a déjà eu maille à partir avec la justice, et de surcroît pour possession de drogue, qu’il faut sauter du coq à l’âne et assumer que lui aussi est logé à la même enseigne. Espérons seulement qu’une enquête solide et transparente mettra les faits en évidence. Et que l’on ne sera pas, au final, roulés dans la farine ! Ou du béton, pour rappeler l’incident du « témoin mystérieux » qui avait été auditionné par la commission Lam Shang Leen…

Une autre information génère tout autant d’inquiétudes : le nombre de nouveaux cas de Mauriciens porteurs du sida, qui est en hausse. Encore une fois, Nicolas Ritter, directeur de PILS, et nombre de travailleurs sociaux actifs sur ce plan, ont tiré la sonnette d’alarme à de multiples reprises ces dernières années. En vain… Et maintenant, il faut se préparer à anticiper et trouver comment renverser la vapeur. Pour qu’une épidémie de sida ne frappe pas Maurice de plein fouet.

HUSNA RAMJANALLY