On aurait pu, cette semaine, parler des deux catégories de citoyens, ceux pour qui les contribuables payent leur PRB et qui sont des poules mouillées que l’Etat doit absolument protéger des vents, des marées et des inondations et ceux qui, eux, sont obligés de braver le mauvais temps même si les routes qu’ils empruntent sont impraticables.
On aurait pu parler de la tardive découverte du Premier ministre que les administrations régionales ne font pas leur travail, qu’elles autorisent à peu près n’importe quoi, n’agissent pas lorsqu’il y a infraction aux règlements et que leur inspectorat est tout sauf performant. Non, dans notre métier tout est d’abord question de priorité et de hiérarchie. Le sujet qui nous intéresse est autrement plus scandaleux et urgent.

Shocking! Les mots manquent pour qualifier les photos de cette personne enchaînée nue au poste de police de Curepipe. Ce citoyen qui avait apparemment été interpellé pour des délits de vol s’est retrouvé dans le plus simple appareil aux mains des agents de l’ordre. C’est une honte pour la République parce que cette photo qui n’est pas sans similitude avec ces affreux clichés d’esclaves traînés comme du bétail pour être vendu au plus offrant fait déjà le tour du monde.

Quelle publicité pour l’île Maurice! C’est presque aussi originale que la trouvaille de Prem Koonjoo qui pour soutenir qu’il n’y avait pas de requins près des fermes aquacoles parce que, en fin connaisseur des us et coutumes des squales, il a décrété qu’ils n’évoluent que dans des eaux propres, suggérant que les nôtres sont sales. C’est peut-être la nouvelle campagne pour attirer plus de touristes chez nous. Allez savoir.

Mais trêve d’ironie, la photo parue depuis hier matin et tout ce que raconte ce commissaire de police, expert en phrases creuses, est qu’il y aura enquête comme si c’est un scoop qu’il nous annonce. Puisqu’il est question d’enquête, on peut se demander pourquoi elle n’a pas été aussi rapide que celle conduite sur une photo du Premier ministre qu’un plaisantin, mal intentionné, sans aucun doute, a posté sur un site pornographique.
Aussitôt qu’un agent, probablement du MSM, qui est visiblement aussi amateur de films X, a vu Pravind Jugnauth sur le site qu’il consultait, il a couru au premier poste de police pour porter plainte. Aussitôt la police alertée, branle-bas de combat pour retrouver les indélicats qui ont porté atteinte à l’image de sa majesté Jugnauth II. La déposition est consignée le dimanche 21 janvier et les premières interpellations interviennent dès le lendemain.
Or, dans le cas de la maltraitance, de l’humiliation et de l’outrage concernant l’interpellé, rien jusqu’ici ! Là aussi deux catégories de citoyens de la République comme les travailleurs du public et du privé? C’est ça la police “efficace” dont est très “satisfait” Sir Anerood Jugnauth, comme il l’a affirmé le mois dernier. Sans craindre d’être ridicule ou risible. Il le disait quelques jours seulement avant qu’un fils de haut grade ne prenne une voiture de l’État attribuée au père et aille à la chasse aux travailleuses du sexe!

Le ministre mentor a-t-il seulement compté le nombre de malfrats qui ont revêtu l’uniforme parce que le recrutement est tout sauf transparent et sur le mérite et qu’il se fait par quota dans les circonscriptions des ministres les plus influents, selon la bonne et vielle méthode de Dhiraj Khamajeet et sa liste bloquée?

Ces policiers, ces tortionnaires, ces indélicats sont toujours en poste? Ils vaquent tranquillement à leurs occupations comme si de rien n’était? En terme d’occupation, il ne font rien à part se vautrer dans leurs bureaux ou attendre le prochain marchand qui passe pour se ravitailler. Jamais sur les routes aux heures de pointe sauf auprès des écoles lorsque le temps est beau, ce qui n’est pas une constante. Et ce poste de Curepipe qui est une de pires du pays depuis des lustres, depuis qu’un certain inspecteur Harry exerçait son règne de terreur sur la ville et au delà?

Il semble que la culture de la torture a perduré. Les policiers de la ville “lumière” n’ont plus à aller, loin des regards discrets, à Midlands avec leur annuaire téléphonique ou avec leur seau d’eau glacée pour intimider des prévenus, les faire craquer et les pousser aux aveux. Ils n’ont plus besoin de se déplacer. Les abus sont fait maison. On a affiné le système.
Comment recrute-t-on dans la police? Les recrues sont-elles soumises à des examens psychologiques pour établir s’ils ne sont pas eux-mêmes des dangers pour la société, s’ils ne sont pas des voyeurs, des pervers, voire des sadiques? Si tel n’est pas le cas, on est parti pour de bien belles et mauvaises surprises. Et vers qui se tourner face à de telles situations choquantes et inadmissibles? La commission des Droits de l’homme?

Celle qui vient de se faire taper sur les doigts par les Nations unies pour avoir sommairement limogé Anishta Babooram en juin 2017 sur ordre du Bureau du Premier ministre? Parce qu’elle avait osé évoquer les circonstances troublantes dans lesquelles le constable Arvind Hurreechurn avait été retrouvé pendu sous un lavabo dans sa cellule de Moka et que, juste ce jour-là, les caméras de surveillance étaient défectueuses. Le policier avait été appréhendé pour trafic de drogue suite à de fréquents voyages à Madagascar.
Faut-il rappeler qu’après son limogeage, Anishta Babooram avait dit qu’il y a des “cover up” au sein de la Police Complaints Commission et que des officiers de prison ont affirmé recevoir l’ordre de leur hiérarchie pour tabasser les prisonniers et que les centres pénitentiaires étaient devenus de véritables passoires pour le trafic de stupéfiants.
Depuis Steve Labrosse, depuis Kaya, depuis Iqbal Toofany, en mars 2015, on aurait pu penser que les moeurs policières ont changé et que la commission des droits de la personne se montrerait intraitable sur ces questions. Non, elle se voit elle-même prise en faute. C’est tout dire.