La chaleur dans les rues de la capitale en ce mois de décembre est étouffante. Pourtant, ils sont toujours nombreux les retardataires et les friands de bonnes affaires à braver ce climat torride pour faire leurs emplettes de fin d’année. Vêtements à prix réduits, pétards, objets de décoration, aliments, manuels scolaires et uniformes… Certains ont même pris un jour de congé pour s’adonner à cette tradition annuelle. Si des commerçants regrettent que la foule d’antan se soit quelque peu amenuisée, l’atmosphère de “rush” est tout de même au rendez-vous. Balade dans une ambiance très folklorique au rythme de ségas et de braillements de prix promos par les marchands afin de mieux attirer les clients.

En ce 27 décembre, peu avant 11h, les rues de la capitale, de prime abord calmes, ne tardent toutefois pas à se noircir de monde. C’est une question de minutes. Nous démarrons rue Bourbon. Une file d’attente nous attire vers la Librairie Bourbon. Des parents patientent en espérant trouver les manuels qu’il manque pour leurs enfants. À l’instar de ce couple habitant Triolet. « Nous avons pris un jour de congé pour terminer les achats des manuels et des uniformes. Nous avons trois enfants et nous avons prévu un budget de Rs 10 000 à Rs 15 000 pour ces items. » Ils seront toutefois déçus d’entendre que certains livres sont en pénurie. Il leur faudra donc trouver un temps supplémentaire dans quelques jours pour repasser. « Nous en profiterons pour faire les achats de fin d’année dans la capitale », confient-ils.

Josian Tobie, un des gérants de la librairie, et qui y travaille depuis une quarantaine d’années, indique que les parents se sont présentés depuis la mi-novembre. « Ils s’y sont pris tôt mais certains livres sont en pénurie, notamment les nouvelles éditions. Nous recevons au quotidien, en cette période, une centaine de clients. » Un autre couple de parents préfère acheter des manuels de seconde main pour leurs enfants. Non seulement à cause de leur prix, mais aussi « parce qu’il y a déjà des notes des premiers utilisateurs ». Loin d’avoir trouvé ce qu’il leur faut, ils se montrent découragés. « C’est frustrant. Nous avons pris un jour de congé. Nous voulions en finir avec ces achats et éviter le “rush” de la rentrée. En plus, il nous faut plus de Rs 7 000 pour les manuels et les uniformes. Ce qui est une somme conséquente pour un salarié de Rs 15 000 comme moi. » Le couple ne pense même pas à faire des achats en prévision du Nouvel An. « Ce n’est pas notre priorité. L’éducation de nos enfants passe avant », renchérit l’épouse.

Dans la même rue, un magasin de braderie de vêtements attire une foule de clients affairés à tourner et retourner des t-shirts, shorts et autres pantalons dans des boîtes en carton. Selon le propriétaire, c’est le prix et la variété qui agissent comme aimant. « Depuis le 21 décembre, il y a cette affluence et nous espérons que cela durera jusqu’au 31 décembre. » Malgré le beau monde dans son magasin, il ajoute : « Ce n’est pas la foule qu’on attendait. Nous avions eu beaucoup plus les années précédentes. Si vous regardez, vous constaterez qu’en général, il y a moins de monde dans les rues depuis l’ouverture des grands centres commerciaux. » Comme cette mère, une habituée du magasin, venue de Mahébourg, d’autres apprécient la variété et la qualité des vêtements proposés, dont certains portent des marques internationalement connues. Le magasin d’à-côté semble, lui, représenter le revers de la médaille. Un à deux clients entrent pour s’enquérir des prix avant de s’en aller ailleurs.

Rue Rémy Ollier. Au magasin K&K Garments, on se dit satisfait des ventes réalisées en cette fin d’année. « En ce moment, ce sont surtout les sacs d’école et les uniformes qui sont en grande demande. » Quelques pas plus loin, rue La Corderie, connue pour être grouillante de monde, Nazir, propriétaire d’un magasin de tissus depuis de nombreuses années, se souvient de l’époque d’antan, où la rue était vraiment noire de monde. « Il y en a toujours, mais moins que les années précédentes. Je pense que les gens préfèrent se rendre dans les centres commerciaux. De plus, autrefois, les gens attendaient vraiment le Nouvel An pour acheter ou faire coudre un pantalon. Aujourd’hui, ils le font pendant toute l’année. Après Noël, ce sont davantage des achats de petits items, comme des fleurs et des objets de décoration, qui prévalent, et non pas les tissus. »

Entre morosité et affluence

Plus bas, dans la même rue, la foule de personnes sur les trottoirs vient contredire les dires de Nazir. Un marchand braille « Rs 100 short » alors qu’un autre s’égosille « Rs 50 t-shirt ». Ceux s’arrêtant pour regarder les produits s’arrêtent net dans une circulation déjà compacte sur le trottoir. Dans le couloir d’une arcade, en face, un commerçant de vêtements qui y travaille depuis 25 ans se dit d’avis que « la rue La Corderie est morte ». Et de se désoler que « certains viennent ici et nous demandent où se trouve la rue La Corderie car ils ne voient personne ».

Reconnaissant que tel n’est pas le cas en cette période de l’année, il ajoute : « Si vous étiez venu la première semaine de décembre, vous auriez été choqué. Ce n’est qu’à partir du 22 décembre qu’on a commencé à voir cette affluence. Tout au long de l’année, cette rue est morose. Les gens n’ont plus de pouvoir d’achat », estime-t-il.

Une jeune habitante de Bon-Accueil a profité de ses vacances universitaires pour faire des achats en famille. « Nous cherchons des vêtements pour le Nouvel An. Qui dit nouvelle année dit aussi nouveaux vêtements pour nous, pour offrir en cadeau. Ces achats, nous les faisons depuis quelques jours, mais nous n’avons pas tout trouvé. Nous avons décidé de venir à Port-Louis car il y a une plus grande variété et les prix sont intéressants. » En descendant un peu plus, on a du mal à se frayer un chemin sur ce trottoir pour avancer. Alors qu’un séga provenant d’un magasin nous casse les oreilles, un employé de magasin a jugé mieux d’utiliser un micro pour faire entendre les prix de ses produits.

Chez Chong & Sons, cette année, les pétards ont été agencés dans deux endroits différents. Un habitant de Castel s’enquiert du prix d’un feu d’artifice alors que dans son panier, il en a déjà trois variétés. « Il faut faire plaisir aux enfants. Ce n’est qu’une fois l’an », dit-il. Dans la section alimentaire, des clients de toutes origines cherchent des champignons chinois et d’autres produits asiatiques pour concocter de bons petits plats pour les fêtes. Au rayon jouets, à l’étage, Noël étant passé, les jouets ne sont plus aussi bien rangés. Deux grands-parents habitant rue La Paix, non loin du magasin, veulent offrir un deuxième cadeau à leur petite-fille. « Elle a déjà reçu son cadeau à Noël mais, pour lui faire plaisir, et pour meubler son temps, on cherche un autre petit présent pour elle. »

À l’extérieur, un marchand ambulant vendant des lunettes de soleil tient à nous parler. Opérant d’habitude au niveau des gares, il a changé de place « à cause de la présence policière » en ces temps de fêtes. « Nous demandons à Dieu le courage de faire vivre nos familles. Même si nous sommes dans l’illégalité, nous respectons le public et nous espérons qu’il nous aide à survivre. » Une tournée qui vaut le détour malgré la chaleur, ne serait-ce que pour vivre l’ambiance typique qui règne dans ces rues en cette période de l’année…