Les États-Unis sont décidément un pays où l’exercice de la démocratie obéit à des paramètres qui peuvent sembler très particuliers. C’est ce que l’on a encore pu voir cette semaine .

Est-il possible de «fermer» un gouvernement? Apparemment oui. En tout cas d’entraver sérieusement son fonctionnement, voire de le paralyser. C’est ce qu’indique la procédure du «shutdown» dont on a tant entendu parler cette semaine.
Concrètement, le shutdown est une mesure prévue par la Constitution américaine au cas où le Congrès n’arrive pas à un accord pour voter le budget. Ce qui met le gouvernement américain dans l’incapacité de rétribuer son administration. Avec pour effet que les fonctionnaires qui ne sont pas considérés comme «essentiels», soit quelque 850 000 personnes, sont mis en congé sans solde, et que les agences fédérales ne peuvent opérer. Cela concerne un éventail de services, allant aussi bien des musées nationaux, qui sont alors obligés de fermer, aux bureaux de l’impôt, ou certains militaires.
Le shutdown entraîne donc une paralysie partielle de l’administration américaine, qui ne prend fin que lorsque les élus démocrates et républicains parviennent à négocier un compromis et trouver un accord au sujet du budget.

L’histoire politique américaine nous dit que les shutdowns ne durent en général «que» deux à trois jours. Bill Clinton a toutefois établi à deux reprises des records de durée, avec sept jours en novembre 1995 et vingt et un jours entre décembre-janvier 1996. Depuis 1977, il y aurait eu un total de dix-neuf shutdowns. Au cours de ses deux mandats, entre 1981 et 1989, le président Ronald Reagan en a accumulé un record de huit. Avant celui de la semaine passée, le dernier shutdown avait eu lieu en 2013, sous la présidence de Barack Obama. Il avait duré deux semaines, et la Maison Blanche avait estimé entre 1,6 et 4,8 millards la perte de production des entreprises du pays durant cette période.

Le président Donald Trump n’y aura donc pas échappé: le vendredi 19 janvier dernier, un an jour pour jour après sa prise de pouvoir, les démocrates ont déclenché cette procédure en refusant de voter le budget. Entraînant une cessation partielle d’activité de l’administration fédérale américaine, qui aura duré trois jours. Lundi en effet, un accord a été trouvé avec les démocrates, et une rallonge budgétaire de trois semaines a été votée. Trois semaines seulement, soit jusqu’au 8 février. « Le shutdown, c’est une partie de poker où il faut savoir jusqu’où aller trop loin » fait ressortir le magazine Slate. Les démocrates ont en effet accepté de voter cette rallonge budgétaire en échange d’une promesse de réforme du projet de Trump sur l’immigration.

De fait, de son intransigeance initiale, Donald Trump semble s’être montré plus conciliant au cours de la semaine écoulée, donnant des indications qu’il pourrait proposer au Congrès un processus de naturalisation étalé sur 10 à 12 ans, qui concernerait 1,8 millions de migrants entrés illégalement aux États-Unis, et qui profiterait aux quelque 690 000 «Dreamers». Ces jeunes migrants arrivés enfants avec leurs parents et entrés illégalement aux États Unis, aujourd’hui menacés par l’abrogation décidée par Donald Trump du programme Daca, mis en place en 2012 par Obama pour les protéger.
Que nous dit toute cette affaire? Peut être à quel point l’argent demeure, comme le veut l’expression, le nerf de la guerre. Alors qu’il s’était jusqu’ici montré sans concession sur sa politique migratoire, qui a déjà commencé à détruire des familles qui vivent et travaillent aux États-Unis depuis des années, Donald Trump semble finalement prêt à fléchir. Le vote du budget peut donc, chaque année, être un puissant levier de négociation politique. Et éventuellement, comme dans ce cas, pour contrer des menées et actions qui desservent le pays.

Imaginez si nous disposions d’un tel levier à Maurice…
On peut craindre la situation d’instabilité permanente que cela instaurerait s’il fallait, chaque année, que la majorité négocie le vote du budget gouvernemental avec l’opposition. Ce risque là est bien réel, et vu les comportements enregistrés jusqu’ici, il est légitime d’appréhender que cela donne lieu à des marchandages qui n’iraient pas forcément dans le sens de l’intérêt du pays.

Les inondations et la situation chaotique causées par les pluies de cette semaine nous disent toutefois quelque chose d’important. Depuis un moment déjà, des voix s’alarment du type de «développement» dans lequel nous sommes engagés, hôtels, IRS, RES, bétonnage tous azimuts et sans planification. Le résultat s’est vu cette semaine.
Dans une interview publiée par notre confrère l’express cette semaine, Charles Cartier, président de l’Economic Development Board, affirme que l’objectif de l’EDB est de redonner la place à la planification sur le long terme et que définir une politique d’aménagement national est sa première mission. Reconnaissant que notre pays souffre d’un manque de cohérence et de planification, il dit sa conviction qu’abolir le ministère du Plan a été une très mauvaise décision.

Alors ne serait-il pas temps de réfléchir à un mécanisme qui nous permettrait de rendre nos gouvernements plus accountable et de disposer d’un levier d’action entre deux élections? La question est ouverte…