Depuis plus de deux ans maintenant, la direction de la State Insurance Company of Mauritius (Sicom), compagnie d’assurances d’État qui gère en quasi monopole les plans de pension des employés du secteur public, résiste à la volonté d’une partie de ses employés de défendre leurs intérêts au sein d’un syndicat sous prétexte que cette union n’est pas assez représentative. Mais on saura, une fois pour toutes, la vérité dans ce litige quand les urnes auront parlé demain. L’Employment Relations Tribunal (l’ERT), instance habilitée à trancher, organise un scrutin secret entre 9h et 16h au siège de la compagnie afin d’établir si  la State Insurance Company of Mauritius Employees Union (SICOMEU) mobilise ou non les 30% de membres requis pour pouvoir obtenir sa reconnaissance, comme l’exige la loi du travail en vigueur.
Entre-temps, dès lundi dernier, après la publication dans la presse d’un communiqué erroné de la direction de la compagnie voulant faire accroire que l’ERT a déjà “statué que le syndicat n’a pas la représentativité requise”, le président du tribunal a “référé le dossier au Directeur des poursuites publiques et à la police” pour ce qu’il considère comme une possible ingérence dans l’administration de la justice.”
Il faut, d’entrée, souligner que la SICOM existe depuis 39 ans et que ce n’est que depuis deux ans seulement que certains de ses employés ont commencé à ressentir le besoin de se regrouper dans une union. Ils se plaignent d’être brimés à plusieurs niveaux. Or, ce qui était chose plutôt facile – dans la mesure où même sous l’infamante et défunte Industrial Relations Act, seulement dix employés pouvaient se réunir pour former un syndicat – est devenue plutôt compliquée depuis l’entrée en vigueur de l’Employment Relations Act (ERA) à partir de 2011. Depuis cette année-là, il faut, en effet, que 30% des membres du personnel d’une entreprise s’entendent pour que syndicat puisse négocier des conditions en leur nom.
Depuis deux ans, la direction de la SICOM a longtemps axé son refus de reconnaître tout regroupement de ses employés sur cette section de la loi. Quitte à être sévèrement blâmée dans un rapport de la Commission Conciliation et Médiation (CCM) pour non-respect (i) de la Convention 87 de 1948 de l’Organisation internationale du travail (ILO) de libre association et (ii) de la Convention 98 de 1948 se rapportant au droit des travailleurs de s’organiser et de négocier collectivement. Le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeeel Mohamed, avait également pris partie pour la SICOMEU. En mettant l’accent en plus sur le fait que, selon ses propres renseignements confirmés par ailleurs par le rapport de la commission, les employés de foi musulmane de la compagnie d’assurances se voyaient privés de leur permission d’une heure pour leur prière du vendredi…              
Communiqué intox ou authentique mauvaise
interprétation?
Preuve que les relations industrielles sont loin de s’améliorer, la direction s’est empressée de claironner, la semaine dernière, que lors d’une audience du 5 mai, l’Employment Relations Tribunal n’a pas accordé la reconnaissance étant donné que le syndicat n’a pas la représentation requise de 30% des employés. Or, le communiqué de presse de la direction à ce sujet s’est révélé complètement erroné (voir la notice du tribunal plus loin).
On ne sait exactement si la direction a recouru à de l’intox afin de décourager la syndicalisation de ses employés ou s’il s’agit d’une authentique mauvaise interprétation des résultats d’une procédure de vérification de certains documents d’adhésion au syndicat qui aurait été confondue avec un scrutin, toujours est-il que la direction de la compagnie s’est maintenant mise dans une situation embarrassante.