Un conteneur communautaire aménagé à Baie-du-Tombeau pour le suivi des bénéficiaires du Programme d’échange de seringues, l’accueil des populations marginalisées de la société et un service médical primaire. C’est ce qu’a lancé hier après-midi le Collectif Urgence Sida afin de réduire les risques de contamination par le VIH / Sida.
Le Collectif Urgence Sida (CUS) fait ressortir que Maurice a été le premier pays d’Afrique à prendre des mesures pour contenir l’épidémie du VIH / Sida chez les toxicomanes. L’association indique que 40 nouveaux cas en moyenne sont détectés chaque mois à Maurice. 73 % de ces cas sont diagnostiqués chez les toxicomanes qui s’injectent des drogues.
« La situation est alarmante. Selon les chiffres de l’Onusida, organisation internationale de lutte contre le sida, 8 000 à 10 000 personnes vivent à Maurice avec le VIH / Sida », affirme le CUS. Une étude sur les personnes s’injectant des drogues indique que 47 % d’entre elles sont porteurs du VIH. Le Cut Harm Reduction Service (CHRS) gère des programmes de réduction de risques par échange de seringues depuis 2006.
« Nous voulons aujourd’hui apporter une valeur ajoutée à nos services existants en proposant un service communautaire par une équipe issue principalement de la communauté de Baie-du-Tombeau, notamment avec la collaboration de l’association Sidatak pour les prestations de services », explique le CUS. « Cela permettra de mieux répondre aux besoins des populations cachées et vulnérables. » Le projet a été réalisé avec le soutien de la compagnie Velogic et de la compagnie pharmaceutique Glaxo Smithkline. Le CUS se propose également d’assurer la liaison entre ces populations marginalisées et les services existants.
Les équipes de terrain organiseront des groupes de paroles dans le conteneur avec la participation de professionnels de la santé et d’autres « resource persons ». L’objectif : créer des groupes d’autosoutien et mettre l’accent sur la prévention. Un infirmier sera présent au sein de l’équipe une fois par semaine pour un suivi médical de base, par exemple, faire des pansements des blessures pour éviter les infections. Des tests de dépistage seront aussi disponibles.
La réduction des risques est une politique sociale et sanitaire née dans les années 80. Elle conteste les politiques et pratiques qui, intentionnellement ou non, augmentent les risques de contamination par le VIH / Sida chez les toxicomanes. Parmi, le CUS relève la criminalisation de la consommation de drogues, la discrimination, les pratiques abusives, les lois et politiques restrictives et punitives, le déni des pratiques médicales et des programmes de réduction de risques qui pourraient sauver des vies et les inégalités sociales. La réduction des risques s’inscrit en parallèle avec deux autres stratégies, la réduction de l’offre à travers les programmes de prévention et de désintoxication et celle de la demande par le contrôle de la production et du trafic par les forces de l’ordre.