Husna RAMJANALLY

Le monde observe, aujourd’hui, 1er décembre, la Journée internationale de la lutte contre le Sida. Une commémoration qui remonte à 1988; il faut le rappeler pour les jeunes générations, cette maladie était alors perçue telle une malédiction, parce que nouvelle et sans traitement, et surtout parce qu’elle entraînait un nombre vertigineux de morts dans son sillage dans le monde.

Nous n’en sommes, heureusement, plus là. En 2018, comme le fait à chaque fois remarquer, Nicolas Ritter, directeur de PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida), « on vit avec le Sida, moyennant que l’on prenne ses médicaments ». Les traitements sont là. Qui plus est, à Maurice, la médication est gratuite. Pourtant, les malades meurent. Raison invoquée par les travailleurs sociaux engagés dans le secteur : l’extrême précarité dans laquelle évolue la grande majorité des patients. Une situation qui va, semble-t-il, en se détériorant. D’où la crainte du directeur du Centre Idrice Goomany (CIG) de la Plaine Verte, centre névralgique qui accueille un grand nombre de malades de la drogue et du Sida, « face à cette paupérisation de la majorité des malades du Sida ».

Mais le danger pointe dangereusement son nez ailleurs, également. En effet, si depuis les années 2005, l’épidémie du Sida, à Maurice, concernait essentiellement, la communauté des toxicomanes Usagers de Drogues Injectables (UDI), depuis deux ou trois ans, la tendance change. Moins de 50% des personnes atteintes du Sida, parmi les nouvelles infections, sont des UDI. Ce qui veut dire que le virus commence à se propager à l’ensemble de la population. D’où l’appel de Nicolas Ritter, dans nos colonnes, de « ne pas nous endormir, en pensant que les chiffres ne sont pas aussi alarmants que dans, par exemple, certains pays d’Afrique, près de nous ». Parce qu’une épidémie du sida, transmise par voie sexuelle, est très dangereuse, d’une part. Et beaucoup plus complexe à enrayer et contrôler, d’autre part, puisqu’il touche directement l’intimité de tout un chacun; de notre vie sexuelle.

Si dans les années 2000, quand, entre autres, travailleurs sociaux et officiers de la AIDS Unit, placée alors sous la férule du Dr Renaud Ng Man Sun, avaient lancé la campagne « Lakaz pe pran dife », cette fois, il semble bien que nous nous dirigeons vers une catastrophe annoncée, si des mesures adéquates ne sont pas prises rapidement et efficacement !

Le gouvernement du PM non-élu semble davantage préoccupé, ces jours-ci, à peaufiner sa com en prévision de la campagne électorale qui frappe aux portes, et à accélérer les nominations et accessions à des postes-clés des membres de son sérail. L’on ne peut que prier pour que Pravind Jugnauth ne soit pas à ce point obnibulé par ces entreprises intéressées, au détriment de la population. Et qu’il prouve qu’il « mean business » puisque dans son discours en début d’année 2018, il annonçait, en grande fanfare, la création d’une HIV & Drugs Council, qui serait placé sous la houlette du PMO. Signifiant de fait, qu’il prenait le leadership dans le combat. Un bon signal, en effet, mais puisque cette décision est restée lettre morte, 11 mois durant, peut-on et doit-on continuer d’espérer ? D’autant que quand on compare avec la situation des dégâts causés par les drogues synthétiques auprès de nos ados et écoliers, la situation n’est guère réjouissante ! Il a fallu plus de trois ans à la ministre de l’Éducation et le gouvernement pour élaborer un manuel de prévention destiné aux étudiants et écoliers. Pourtant, la société civile avait tiré la sonnette d’alarme depuis… 2014 ! Et que l’on ne vienne pas brandir l’argument qu’un autre régime était en poste alors… Car de 2015 à 2018, les travailleurs sociaux n’ont eu de cesse d’attirer l’attention sur la gravité du problème. Mais il a fallu que des gosses tombent malades et que des recteurs montent au créneau pour dénoncer la situation pour que le gouvernement se réveille… enfin !

Et, de même, cette fois, donc, si l’épidémie du Sida se généralise au sein de l’ensemble de la population — ce que l’on ne souhaite surtout pas, certainement — les dégâts pourraient être irréversibles.