Apprendre à travers la photographie. C’est ce que 441 enfants issus de trois écoles primaires de l’île et trois associations s’occupant d’enfants défavorisés ont fait depuis 2009 grâce au projet Sidina. Le bilan est des plus positifs, si l’on en croit Karine Gougerot et tous les acteurs concernés par cette nouvelle méthode d’apprentissage.
Le concept est simple : les enfants concernés par le projet Sidina apprennent par l’entremise de la photographie. Il s’agit des écoles primaires de La Montagne (Bell Village), de Bambous et de Belle Rose, ainsi que la Maison Familiale et Rurale de l’ouest, Terre de Paix et SAFIRE.
En malgache, sidina signifie “oiseau qui prend son envol”. En interaction avec les enseignants des écoles ciblées, Karine Gougerot et des photographes formés ont animé des ateliers pour les enfants. Ces ateliers se déroulent par rapport à un thème : les enfants ont la tâche de réaliser des clichés, les analyser et s’exprimer sur les sujets abordés. Cela leur sert à s’accepter et à se projeter dans le futur.
L’objectif de cette méthode d’apprentissage : “Ouvrir l’horizon de l’enfant, l’aider à s’exprimer, à lire, à écrire, à communiquer grâce à ce langage universel qu’est la photographie. Aider l’enfant à construire sa personnalité en étant acteur de son projet. Exister et grandir”, précise Karine Gougerot. Qui ajoute que “les enfants inventent une histoire à travers des photos et chacun fait son petit livre. Cela fait effet boule de neige”.
Sidina est une association française qui propose son projet dans d’autres pays comme le Mali, Madagascar, le Portugal ou encore le Togo.
Retombées positives.
Après trois ans d’ateliers et de projets, les retombées sont positives. Les membres de Sidina, les directeurs d’école, les professeurs, les parents et les élèves se font l’écho de la réussite du projet. “Quand j’ai pris connaissance du projet Sidina, j’ai tout de suite demandé à le mettre en place à Bell Village, pensant qu’il pouvait apporter une solution aux problèmes de nos élèves”, confie Marie-Anne Gopaul, directrice de l’école de La Montagne.
À l’issue de la première année, elle constate que ces ateliers donnent “le goût de l’apprentissage” aux enfants. “Il y a eu une métamorphose et un progrès très important dans la discipline. Avec ce projet, ils se sentent entourés et soutenus. Sidina propose une méthode, des objectifs clairs et donne des outils. Ces outils que les enseignants mettent à profit sont d’ailleurs la condition sine qua non de la réussite du projet. Les professeurs aussi ont changé car Sidina les aide à offrir un accompagnement très régulier. Je constate aussi des changements d’attitude chez les parents, qui viennent plus souvent à l’école et parlent plus facilement de leurs enfants.”
Améliorations.
Les professeurs ont noté une chute de l’absentéisme chez les enfants concernés par le projet. Ainsi qu’une amélioration du comportement des élèves, qui ont retrouvé la motivation d’aller à l’école. “Leur concentration et leur attention se sont développées. Ils respectent mieux les règles collectives. Les valeurs de partage et d’entraide se sont répandues dans la classe”, disent-ils. “Avant, j’étais une professeur triste de ne pas pouvoir exploiter le potentiel des enfants”, soutient une enseignante. “Aujourd’hui, je suis heureuse et épanouie. Cette ouverture d’esprit et le bien-être de l’enfant m’apportent beaucoup de satisfactions. Je ne me vois plus travailler autrement”, confie une autre. “Ma classe s’est transformée. Avant, c’était la guerre. Aujourd’hui, il n’y a plus de distinction garçon/fille. Tout le monde s’entraide. C’est un projet qui aidera les enfants toute leur vie”, confie un autre enseignant.
Les enfants sont également très contents des ateliers et de la satisfaction qu’ils leur procurent. “Mon coeur s’est développé” : c’est une des réponses notées par les responsables lorsqu’ils ont demandé aux enfants ce que cette méthode de travail leur avait apporté. “Ma journée à l’école est devenue intéressante.” “Avec ce projet, j’ai suivi la classe. En plus, j’étais émue.” Autant de commentaires qui témoignent de la réussite du projet.
D’autres écoles concernées.
Pour Alain Doolub, secrétaire général des écoles primaires du BEC, le projet Sidina rencontre un véritable succès. Il souhaite l’étendre à d’autres écoles tombant sous la responsabilité des autorités catholiques. “L’expérience a été concluante et encourageante. Utiliser cette stratégie pour amener l’enfant à apprendre à lire a donné de bons résultats en général. Cette méthode est surtout utilisée pour amener les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage à la lecture. Nous voulons l’étendre à d’autres écoles du BEC. Nous essaierons de commencer dès cette année.” Sidina poursuit son projet et étale même les ateliers à d’autres classes de l’école de La Montagne.
Vingt-cinq enfants de la cité Anoska sont également concernés. “Ils réalisent un projet de livre en forme d’abécédaire, en découvrant l’environnement mauricien. Chaque semaine, ils mettent le cap sur une nouvelle destination”, précise Karine Gougerot. Soulignons que ce dernier projet est financé par la Fondation pour l’enfance d’IBL.