Sous la menace de l’intense cyclone tropical Cilida, démarre aujourd’hui ce week-end de préparatifs pour la fête de Noël et le Nouvel an. Une ambiance fébrile règne à travers le pays.

Les institutions gouvernementales, les administrations régionales, les ONG s’organisent afin d’intervenir dans les cas d’urgence qui pourraient se présenter dans les zones les plus sensibles du pays. Plusieurs régions de l’île étaient en proie aux flash floods la semaine dernière. Et comme pour légitimer un « après la mort la tisane », le gouvernement a décidé de débloquer la semaine dernière quelque Rs 70 millions pour l’aménagement de drains dans les régions les plus affectées, entre autres. Le National Disaster Risk Reduction and Management Centre s’est mis en branle en vue d’une prompte intervention. Aucune erreur et aucun reproche ne sont permis à l’approche de la campagne électorale…

La population dans son ensemble s’active à faire ses provisions. Un mal pour un bien, l’ambiance cyclonique étant souvent propice aux célébrations conviviales en famille. En ce week-end bon nombre de dîners prévus entre amis dans restaurants et hôtels ont été annulés; ce sera donc l’opportunité de célébrer les fêtes de fin d’année autrement, en ayant une pensée spéciale pour les plus démunis, pour ceux qui seront contraints de quitter leurs maisons pour se rendre dans des centres de refuge. Il est réconfortant que de nouveaux protocoles aient été établis pour un accueil plus humain à l’égard des réfugiés. La mise en œuvre est de mise.

Ces deux semaines de repos et de festivités ne devraient toutefois pas détourner notre attention de la difficile situation économique à laquelle sera confronté le pays en 2019 – année qui coïncidera avec la campagne électorale en vue des élections générales. Les dernières données sur la situation économique du pays publiées hier par Statistics Mauritius et par la Banque de Maurice laissent entrevoir la gravité de la situation qui nous attend. Pour la troisième année consécutive la croissance économique ne dépassera pas cette année 3,8%, soit à un taux inférieur aux prévisions; même si le Fonds monétaire international avait prévu une croissance de 3,9% pour 2018. Dans le gouvernement comme dans le secteur privé on brandit déjà une croissance de 4% pour l’année prochaine. Faudra voir pour croire.

Selon la Banque de Maurice, le déficit du compte courant avait atteint Rs 9,8 milliards durant le troisième trimestre contre Rs 5,2 milliards durant la même période l’année dernière. « The worsening of the current account deficit stemmed mostly from the wider deficit on the goods account, which more than offset the surpluses on both services and primary income accounts ». La conséquence étant que les emprunts pendant le premier trimestre sont estimés à Rs 7,2 milliards par rapport à Rs 2 milliards en 2017. La balance des paiements a enregistré un déficit de Rs 6,9 milliards et les réserves internationales ont accusé une baisse de Rs 1,8 milliard pour passer à Rs 215,8 milliards. Le déficit commercial se creuse, le volume d’importation étant de Rs 193 Mds, plus que le double des exportations (Rs 84 Mds)… Le secteur productif est à la peine; seulement 320 000 tonnes de sucre ont été produites pour l’exportation alors que le prix sur le marché mondial est en baisse. Les investissements privés seront inférieurs à l’année dernière. La croissance de l’industrie manufacturière sera de l’ordre de 0,8% alors que la production du textile et de l’habillement baissera de 6,2%.

Dans le secteur financier la situation n’est pas rose. On appréhende la fin de la période transitoire avant l’entrée en vigueur de la version révisée du DTAT avec l’Inde. On consomme plus que l’on ne produit et on vit au-dessus de nos moyens. Cependant, un des rares secteurs qui semblent florissants est le tourisme. Mais les premiers mois de l’année s’annoncent durs en raison d’une baisse sensible des réservations en rapport avec le mauvais temps. Voilà dans quel état d’esprit on débutera l’année 2019. Ce ne sont pas les grands discours politiques et les promesses électorales qui nous rassureront.

JEAN MARC POCHÉ