Stephen Bongarçon a présenté en avant-première Sime Gran Dada, son tout premier solo, le jeudi 17 septembre à l’IFM. Un spectacle impressionnant, ancré dans la modestie, qui raconte le parcours de ce jeune danseur contemporain.
Une pelle suspendue au plafond et une paire de bottes figée au sol de la modeste scène, aménagée à l’Institut Français de Maurice pour l’occasion, annoncent la couleur du spectacle de Stephen Bongarçon. Pas de décors ni de visuels extravagants qui en mettent plein la vue. Sime Gran Dada est simple et bref : il ne dure qu’une vingtaine de minutes. Mais c’est dans cette modestie que réside tout le charme de ce premier solo. C’est une oeuvre très personnelle, mise au point avec la collaboration du chorégraphe français Yuval Pick, sur un scénario de Sedley Assonne, et inspirée du parcours riche en rebondissements du danseur.
Sur une bande-son fusion ponctuée de touches orientales, Stephen Bongarçon mime progressivement son parcours. Jardinier, peintre, boutiquier : il revisite les petits boulots qu’il a effectués avant de se lancer pleinement dans la danse. Il nous conte son exutoire par les temps difficiles et les obstacles à faire exister la danse contemporaine, sa passion. Des moments de faiblesse, emportés par la musique et son jeu corporel d’une souplesse impressionnante. Les mots n’auraient pas suffi pour illustrer son histoire.
 
Manev mason.
Le décor se résume à ses outils. Il enfile ses bottes et prend sa pelle pour nous raconter un autre pan de son adolescence, lorsqu’il travaillait comme manev mason. Encore une fois, pas de discours. La sueur sur son visage ajoute une jolie touche naturelle au récit qui parle de dur labeur et de persévérance. Le danseur s’arrête soudain pour s’adresser au public : “Manev, bat beton. J’ai commencé par ça, je n’ai pas honte à le dire.” En effet, c’est grâce aux revenus de ces petits boulots que Stephen a pu s’offrir des cours de danse et faire une carrière. La danse l’a guidé, l’a sorti de la misère, lui a permis de se frotter à l’autre au cours de nombreux voyages et d’acquérir une certaine reconnaissance (médaillé d’or des Jeux de la Francophonie de 2009, Fondateur de la SR Dance, résidence au CCN à Lyon, entre autres).
“Zordi mo la gras a sa bann ti travay la”, nous dit-il, en laissant échapper quelques larmes. Il en profite pour rendre un hommage à son oncle, avec qui il a travaillé. Aujourd’hui, Stephen renvoie aussi la pelle à son gran dada, un geste symbolique qui clôt en beauté un spectacle parsemé d’émotions.