Lors du meeting organisé par le Mouvement Républicain, le mardi 16 février 1999, on fume en public pour mieux revendiquer la dépénalisation du gandia. Plusieurs artistes connus sont présents, dont Joseph Réginald Topize (aussi appelé Hervé par ses proches), chanteur et musicien de profession. Plus connu du public sous le nom de Kaya. Surnom qui lui collera à la peau après qu’il a interprété Kaya de Bob Marley.

Kaya alluma un joint face à la foule massée rue Edward VII à Rose-Hill. On fumait aussi dans l’assistance… sans se soucier du dispositif policier encadrant l’événement. L’arrestation du seggaeman surviendra deux jours après (le 18 février) à Beaux Songes. Il est détenu à Alcatraz, aux Casernes centrales. La caution est fixée à Rs 10,000.

Entre-temps, la police s’était aperçue que le prévenu avait un antécédent. Kaya avait déjà été interpellé en possession de l’attirail nécessaire pour consommer de l’héroïne, en août 1990. Ceci expliquerait le montant de la caution (pas une petite somme à l’époque). L’artiste payera cependant le prix fort. Il ne sortira pas vivant d’Alcatraz. L’enquête judiciaire n’aura pas conclu au foul play.

Kaya est retrouvé sans vie dans sa cellule, le dimanche 21 février. Les circonstances font polémique. Il est mort d’une fracture du crâne, selon les sources officielles. Une blessure que le chanteur et guitariste (âgé de 38 ans) se serait faite en se heurtant la tête contre les murs… dans un moment de grande excitation. L’annonce du décès du seggaeman est l’étincelle mettant le feu à un mouvement de révolte, qui bouleverse profondément le pays. Trois jours d’émeutes s’ensuivent !

Vingt ans plus tard. D’aucuns ont toujours l’impression que toute la lumière n’a pas été faite sur la mort du rastaman. Qui plus est, les cas rapportés de violence policière visant à arracher des confessions sont légion et ne contribuent pas à changer la perception selon laquelle les prévenus sont molestés dans le but d’obtenir d’eux des aveux. Est-ce que les méthodes d’interrogation ont évolué depuis ?

On pourrait penser que le décès brutal de Kaya lui a permis d’accéder au rang de légende. Si le seggaeman n’avait pas trouvé la mort à Alcatraz, il serait peut-être resté dans un relatif anonymat. On l’aurait oublié, et le seggae serait une musique parmi d’autres…

C’est un pan de notre patrimoine culturel que nous devons cultiver pour les générations à venir. Afin que la musique et les paroles du poète disparu célèbrent toujours la paix et l’amour dans nos cœurs. To bizin viv to lavi pozitif… Le seggae fera son chemin auprès de jeunes musiciens et chanteurs.

Un message de tolérance et d’acceptation de l’autre, lancé au petit peuple et distillé par ceux que Kaya a inspirés. Une invitation à ceux qui se sentent lésés (ou laissés pour compte) pour qu’ils fassent valoir leurs revendications. Il y a en effet toujours une grande hypocrisie au pays du dodo. Beaucoup n’osent pas le crier. Faut-il encore rappeler les proportions prises par la drogue synthétique ? Ce serait bien qu’un artiste prenne position à ce sujet et poursuive le combat.

Pour Kaya, c’était la dépénalisation du cannabis. Une demande qui est toujours d’actualité. D’autant que dans le monde, des pays avancés procèdent à la légalisation de sa consommation. Sans doute ne sommes-nous pas encore prêts pour cela. Car à Maurice, c’est bien connu, nous cultivons la canne à sucre et les préjugées. C’est hélas notre triste sort. Et on ne peut pas dire que c’est gai…