— Ils sont vraiment terribles, je te dis. Des mal élevés comme c’est pas permis !
— Les enfants de ta classe ? Mais c’est normal qu’ils soient un peu désordeurs à leur âge. Ce sont les hormones, toi. Qu’est-ce qu’on n’a pas fait quand on avait leur âge !
— Mais je ne te parle pas de mes élèves. Comparés à eux, ce sont des petits anges.
— De qui tu es en train de parler alors ?
— Mais des députés, toi. Tu n’as pas regardé la dernière séance du Parlement ?
— Ayo, tu n’es pas plein de regarder cette affaire-là, toi ?
— Il faut savoir ce qui se passe dans le pays, toi. Il y a des choses qu’il faut savoir.
— Qu’est-ce que tu voulais savoir comme ça ?
— Je voulais savoir ce que le gouvernement allait faire pour les personnes qui ont été inondées. L’eau est rentrée partout dans leurs maisons et a tout emporté.
— J’ai vu ça sur internet. Mais il paraît que c’est pas la première fois que ça arrive.
— Oui, toi. A ce qu’il paraît, à chaque fois qu’il y des grosses pluies, cet endroit-là est inondé. C’est arrivé plusieurs fois.
— Pourquoi ?
— Parce que cet endroit est dans une cuvette et qu’il n’y a pas de drains pour laisser partir l’eau des inondations.
— Dans les autres endroits où il y a des inondations, c’est la même chose : il n’y a pas de drains pour laisser l’eau partir. Dans tout ça, il y a une affaire que je n’arrive pas à comprendre.
— Quelle affaire ?
— Comment on a pu donner des permis pour construire des maisons dans des endroits où il y a des inondations, quand il y a de grosses pluies ?
— Tu es en train d’essayer de faire ta comique avec moi, là ?
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que tu sais aussi bien que moi qu’à Maurice un bon backing politique peut te faire avoir beaucoup de choses.
— Même pour faire faire des drains pour éviter des inondations il faut avoir un bon backing politique ?
— Qu’est-ce que je vais te dire, moi ? Tu sais qu’on a déjà voté une loi d’urgence pour prendre de mesures pour éviter les inondations ?
— C’est ça même que tu voulais voir. Ils ont voté ça au Parlement, mardi. Ça c’est un bonne chose.
— Non.
— Comment ça, non ? On vote une loi d’urgence pour régler les problèmes des inondations et tu dis non. Il ne faut être systématiquement négative, toi.
— Laisse-moi t’expliquer une affaire : la loi d’urgence contre les inondations a été votée en mars 2017.
— Et qu’est qu’on a fait depuis ?
— Rien.
— Qu’est-ce que tu veux dire par rien ?
— Je veux dire : rien. Ou pas grand-chose. On a fait préparer un plan pour faire face aux inondations et autres catastrophes naturelles qui n’est pas encore prêt…
—… quoi ! le plan n’est pas prêt ? ! Mais tu viens de me dire que la loi d’urgence a été votée en mars 2017, il y a deux ans !
—… attends le plus pire : l’institution qui va gérer tous les dossiers de catastrophes naturelles vient tout juste d’être nommée et on dit qu’il faudra attendre encore au moins six mois avant de commencer à construire les drains.
— C’est pas vrai, toi. Encore six mois ! Mais avec le changement climatique, on peut avoir de grosses pluies à n’importe quel moment, maintenant. D’autant plus que la saison des cyclones n’est pas finie ! Les gens qui habitent les endroits où il y des inondations doivent être furieux contre le gouvernement ! Et avec raison.
— C’est à cause de ça même que j’ai regardé le Question Time au Parlement pour voir ce que le ministre allait donner comme explication.
— Quel ministre est responsable de ce dossier-là ?
— Ils sont plusieurs ministres, mais la question était posée à celui de l’Environnement.
— Tu veux dire le ministre biscuit cabine ? Celui qui avait dit que les sinistrés des cyclones n’avaient droit qu’à un paquet de biscuit cabine et une bouteille d’eau par jour.
— Lui-même.
— Et qu’est-ce qu’il a dit pour les sinistrés des inondations ?
— Pas grand-chose de concret.
— Pourquoi ?
— Parce que cette partie du Question Time est devenue un pugilat. C’est à cause de ça même que je te disais que les parlementaires se comportent comme des enfants mal élevés. Tout le monde parle, je devrais dire hurle, en même temps, et personne n’écoute personne. C’est un bazar un jour de foire, je te dis. Même les élèves de ma classe même ne font pas comme ça !
— Qu’est-ce que la Speakerine a fait ?
— Elle a fait comme d’habitude, elle a essayé de mettre un peu d’ordre et demandé à des députés de retirer les mots non parlementaires qu’ils avaient utilisé.
— Comme quoi, par exemple ?
— Quequ’un a dit : « Kapon », un autre a dit : « Bouche to lagel » et le ministre a demandé au leader de l’opposition : « Eski to dormi dan mo lili, toi ? », des choses comme ça. Le tout avec des cris, des menaces et des mots, sûrement des jurons, prononcés trop bas pour qu’on puisse entendre.
— Qu’est-ce que tu as retenu de tout ce pugilat parlementaire ?
— Que le ministre en question n’est pas allé sur le terrain pour faire un constat des dégâts des inondations.
— Je le comprends.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Si le gouvernement a voté une loi en mars 2017 pour régler le problème des inondations et que rien n’a été fait, il vaut mieux pour lui que le ministre n’aille pas voir les sinistrés. Ou alors avec un casque de moto et un gilet pare-balles et entouré par des hommes du SMS !

J.C A