Le leader du remake de l’alliance MSM-MMM, sir Anerood Jugnauth, a levé le voile sur son discours au meeting du 1er-Mai à Port-Louis en faisant une sortie en règle contre le Premier ministre Navin Ramgoolam et son gouvernement. C’était hier lors de sa première sortie publique aux côtés de son partenaire Paul Bérenger. Son intervention, émaillée d’expressions imagées, a provoqué à plusieurs reprises l’hilarité parmi les parlementaires présents et ceux proches des deux partenaires dont Vishnu Lutchmeenaraidoo, Madan Dulloo, Ajay Guness et Zouberr Joomaye.
L’ex-président de la République prévoit que le Premier ministre « pou mord lapousyer » dans la circonscription Pamplemousses-Triolet (No 5) aux prochaines élections. Le pays, a soutenu hier sir Anerood Jugnauth, « bizin chanzman ». Le leader du remake de l’alliance MSM-MMM considère aussi que le gouvernement « pe roul ou dan la farinn, si napa lot kitchoz » avec les promesses faites dans le discours-programme.
Sir Anerood Jugnauth a par ailleurs défendu Pravind Jugnauth au sujet de l’affaire MedPoint, estimant qu’il n’y avait aucun conflit d’intérêt puisque le leader du MSM n’avait pas assisté aux délibérations du Cabinet dans le cadre de l’achat de la clinique. Le leader du MMM a aussi annoncé que l’opposition ne participera ni aux débats sur le discours-programme ni au all party committee.
Par ailleurs, sir Anerood Jugnauth a expliqué être de retour dans l’arène politique pour sauver le pays. L’ancien président de la République a déclaré avoir constaté « une grande attente et un grand espoir dans la population en faveur d’un changement ». Ce qui lui fait dire qu’il a pris la bonne décision en démissionnant.
Sir Anerood Jugnauth a remercié les délégués du MMM d’avoir approuvé massivement la constitution du remake. Cette décision est indicatrice, selon lui, de la confiance qu’ils placent dans l’équipe qui a dirigé le pays en 1982 et de 2000 à 2005. Le leader de l’alliance MSM-MMM a déclaré que les militants, qui se sont rencontrés à nouveau, ont pour mission de « sauver le pays du précipice ». Pour lui, le gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam est loin d’« être caring ». « Au lieu de put people first, comme il l’affirme, il met people behind. »
L’ancien président a exprimé sa volonté de créer un pays moderne dans lequel les fruits de la croissance seront partagés. Pour lui, la situation actuelle peut être comparée à celle de 1982 pendant laquelle « Maurice allait vers la banqueroute ». « Nous ne sommes pas encore là mais il faut empêcher que le pays aille vers la banqueroute. »
Le régime travailliste avec son Premier ministre Navin Ramgoolam, a souligné sir Anerood Jugnauth, incarne la fin d’un cycle. « Les dirigeants au pouvoir veulent surtout faire fortune au lieu de travailler pour le peuple », a-t-il lancé.
Le leader de l’alliance MSM-MMM a aussi affirmé être revenu dans la politique active avec « le coeur clair ». Il a demandé qu’on lui fasse confiance et le juge sur ses réalisations passées. Sir Anerood Jugnauth a soutenu que Paul Bérenger, son compagnon d’armes, est un vrai patriote connu pour sa lutte en faveur des travailleurs. « Paul et mwa nou contan nou pays. Nou pou fer latet lipie pou amenn li ver la prosperite. »
L’ancien président a déclaré qu’« il est faux de dire que le pays a connu la prospérité depuis 2005 ». « Au contraire, le population connaît un désespoir et ne croit plus dans un avenir meilleur. Nous connaissons en fait une crise de leadership. » Maurice, a ajouté sir Anerood Jugnauth, a actuellement « un des gouvernements les plus faibles en termes de compétence ». « Non seulement le gouvernement est fragile et repose sur un fil mais il est aussi illégitime. Li pas ti pou elu san MSM. Si travailliste ti alle tout seul, li pas ti pou gagn pouvoir. MSM inn sauv li. Azordi li pe raccroch li au pouvoir », a lancé sir Anerood Jugnauth.
L’ex-président a abordé plusieurs autres dossiers dont sa volonté de lutter contre la drogue, la fraude et la corruption et de rétablir le law and order. Il a insisté sur sa volonté de mener le pays vers la prospérité et d’améliorer les conditions de vie. D’où l’importance du changement. Pour lui, 90 % des mesures annoncées dans le discours-programme sont des répétitions de celles de 2005 et de 2010 sans qu’elles ne soient réalisées. Parlant de l’État océan, il se demande comment le gouvernement mènera ce projet à bien alors que la land-based oceanic industry est jusqu’à maintenant restée lettre morte.
Paul Bérenger s’est surtout appesanti sur le discours-programme qui est pour lui du déjà-vu. Il a cité certaines mesures qui ont été recopiées telles quelles dans les précédents discours. Il a indiqué que l’opposition ne participera pas aux débats. Selon lui tout a été dit au cours des débats sur le budget 2010/2015 en 2010. Les débats, dit-il, ont tellement tiré en longueur que l’Opposition avait choisi d’arrêter d’y participer.
À l’heure des questions, sir Anerood Jugnauth a fait comprendre que la question n’est pas de mettre le gouvernement en minorité mais qu’après le 1er-Mai la crise sociale sera telle que ministres et parlementaires auront du mal à se rendre dans leurs circonscriptions et que le gouvernement finira par tomber de lui-même. Interrogé sur l’affaire MedPoint, l’ex-président a estimé qu’il a été démontré que Pravind Jugnauth a tout fait pour ne pas être accusé de conflit d’intérêt. Il a quitté la salle lorsque ce dossier a été évoqué au Cabinet. SAJ a avancé que Rajesh Jeetah, alors ministre de la Santé, « avait tout fait pour que que le gouvernement achète la clinique MedPoint ». À un certain moment, dit SAJ, le ministre aurait même souhaité faire un « direct deal » mais les officiers du ministère y auraient opposé leur veto.
Pour sa part, le leader du MMM souligne qu’il y a unanimité sur la nécessité d’une bonne réforme. Cependant, à la lumière des dernières déclarations du Premier ministre après le discours-programme concernant la présentation d’un texte de loi, Paul Bérenger appréhende une division au sein de la majorité quant à la position du PM sur le best-loser system.
Finalement SAJ et Paul Bérenger ont tous les deux souligné l’importance décisive du meeting du 1er-Mai à Port-Louis.