Giovanni Catherine a cru en ses rêves en ajoutant d’autres saveurs au jus de canne. Le jus fangourin est très prisé et a récemment retenu l’attention d’un Français. Il a proposé à Giovanni Catherine de venir en France – plus précisément à Dijon – pendant une quinzaine de jours pour faire découvrir aux Français les vertus du jus de canne.
Giovanni Catherine a du mal à cacher sa joie. La récompense de son dur labeur a porté ses fruits aujourd’hui. Il ne s’y connaît pas en agriculture mais a su tirer profit de la canne à sucre pour en faire son métier. Il s’est initié à la coupe de la canne, ce roseau fibreux et dur qui fournit de la bagasse et du jus, qu’il broie dans un fangourinier pour récolter du vesou (jus frais). « La canne à sucre ne se limite pas qu’à la production du sucre ou du rhum, on peut aussi en faire un excellent jus, appelé fangourin, nom donné à un moulin qui broyait la canne à sucre. »
Qui aurait cru que cet employé qui travaillait chez le groupe Rogers comme Computer Operator allait tout plaquer pour réaliser un rêve fou. « Je faisais le déplacement entre La Réunion et Maurice. Dix-huit ans plus tôt, il n’y avait pas de sucre en morceaux à Maurice et j’ai ramené cette idée de La Réunion en créant les sucres roux, blanc et spéciaux en cubes. » Pour mieux faire connaître son produit, Giovanni Catherine animera des débats dans des écoles et fera découvrir aux petits la transformation du sucre en morceaux (sugar cubes). Les particuliers également se laisseront séduire par ce concept novateur.
L’idée fait mouche. Des années après, une entreprise industrielle décide de lui emboîter le pas. Giovanni Catherine reconnaît qu’il a eu tort de n’avoir pas fait breveter ses produits. « Je me console d’avoir été le pionnier dans cette filière. » Il en gardera néanmoins un goût amer. Pour continuer dans cette voie, il faut constamment faire appel à son imagination et surtout pouvoir convaincre les autres de la fiabilité du projet.
Giovanni Catherine sera une nouvelle fois déçu lorsqu’il voulait créer un musée – un Sugar Time Project autour du sucre – alors qu’il travaillait au Mauritius Sugar Syndicate. Il dit avoir beaucoup ramé pour imposer ses idées et ses créations, au point de déchanter à un certain moment. « J’étais au bout du rouleau… » Le coup de pouce viendra de sa compagne Brinda qui, dit-il, l’a toujours soutenu et encouragé dans ses démarches. Rivaltz Mayer, responsable au Caudan Waterfront, a également cru en lui. Il lui a proposé un stand en plein air au Caudan. Nous sommes alors en décembre 2005 et Giovanni Catherine s’accroche à son concept de jus de canne. Son stand, il voulait au départ l’appeler Le Fangourin. Le nom étant déjà pris, il optera pour « Siro Piké ».
Le projet a nécessité au départ un investissement de Rs 500 000 et ses frais aujourd’hui tournent autour de Rs 1,5 million. « Je ne suis pas encore rentré dans mes frais, mais je constate avec bonheur que les Mauriciens sont de plus en plus intéressés par ce produit. Le jus de canne contient du policonasol, un produit extrait de la canne à sucre qui est recommandé aux personnes souffrant de cholestérol. Beaucoup de personnes de l’Inde visitent mon stand. Il m’est arrivé de côtoyer des médecins qui me disent que le jus de canne est bon pour les diabétiques et pour ceux qui souffrent du foie… »
Siro Piké, selon Giovanni Catherine, donne l’opportunité à plus d’un de découvrir l’industrie de la canne à Maurice. « C’est le 1er décembre 2005 qu’on a eu notre permis pour l’ouverture du stand Siro Piké avec un fangourinier datant de l’époque 1800… Depuis, l’aventure se poursuit. »