« Très inquiet » de la situation économique du pays, Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM critique la « légèreté inacceptable » et la « grande naïveté » dont a fait preuve selon lui le ministre des Finances, Xavier Duval, dans ses explications à l’Assemblée nationale au sujet de sa prévision de croissance de moins de 3% qu’il a faite dans un document à la Banque mondiale (BM). La possibilité que ne plongent les investissements directs étrangers (FDI), l’éventualité d’une baisse des recettes touristiques, le risque que le coût du baril de pétrole n’atteigne les $ 140, l’éventuelle détérioration de la balance du commerce et de la balance des paiements et les incidences au plan local de la crise en Europe : autant de facteurs qui font que le leader de l’opposition juge que « l’heure est très grave ».
Paul Bérenger évoque (i) ce qu’il considère être la « détérioration dramatique et dangereuse » de la balance commerciale et de la balance des paiements ; (ii) l’incidence, d’ici à la fin de l’année, de la crise économique en Europe et ; (iii) les répercussions sur le secteur financier de l’initiative de l’Inde de remettre en question le Traité de Non-double Imposition qui lie Maurice à ce pays ainsi que les conditions des General Anti-Avoidance Rules (GAAR) votées mardi dernier par le gouvernement indien. Même si, dit-il, la mise en application des ces règlements a été reportée pour être appliquée dans un an.
« Nous jouons avec le feu », déclare le leader de l’opposition. Il critique, dans le même contexte, ce qu’il qualifie de la « légèreté inacceptable » du ministre des Finances, Xavier Duval, mardi à l’Assemblée nationale. À une remarque du leader du MSM, Pravind Jugnauth, concernant la prévision de croissance de moins de 3% de M. Duval dans sa Letter of Development Policy à la BM, le ministre, explique Paul Bérenger, a fait preuve d’une « grande naïveté » en soutenant qu’il avait « exagéré les choses » en vue de « tromper » la BM.
Le leader de l’opposition, lui, affirme que ce qu’avait laissé entendre le ministre des Finances dans sa communication à la BM se précise. Pour lui, en effet, la situation s’aggravera davantage au cas où les investissements directs étrangers plongent, si les revenus touristiques sont en baisse et avec les incidences, au plan local, de la crise en Europe. Il parle aussi de la possibilité que le prix du baril du pétrole atteigne les $ 140, comme l’a prévu le ministre indien des Finances, Pranab Mukherjee ainsi que la tendance à la poursuite de la détérioration de la Balance commerciale et de la Balance des paiements.
Par rapport à la zone euro, M. Bérenger estime que le plus inquiétant dans l’immédiat concerne la situation en Grèce, pays qui pourrait quitter la zone. Il cite ensuite l’arrivée au pouvoir de François Hollande à la tête de la République française. Il parle des « signaux » que cette nouvelle présidence enverra aux marchés quand il s’agira pour M. Hollande de choisir notamment son Premier ministre et son ministre des Finances. Aussi évoquée, l’évolution des rapports entre l’Allemagne et la France. Paul Bérenger rappelle que, déjà, la crise de l’euro a eu des incidences sur la Chine et l’Inde.
MedPoint : « Refus de  Ramgoolam de tout dire »
Revenant d’autre part sur sa PNQ de mardi dernier à propos de l’affaire MedPoint, le leader de l’opposition juge que la population a pris « bonne note » que le Premier ministre a, selon lui, « refusé de dire toute la vérité » sur son rôle ainsi que sur celui du ministre Rajesh Jeetah dans cette affaire. Il adresse au passage une pique au Speaker, Kailash Purryag, qui, selon lui, a agi « en véritable bouclier » de Rajesh Jeetah. Paul Bérenger estime que ce qui aura été établi à ce stade, c’est que Rajesh Jeetah aurait négocié directement avec le Dr Malhotra depuis 2010 et que Navin Ramgoolam aurait présidé de nombreux conseils des ministres sur MedPoint.
Le leader de l’opposition juge aussi « choquant » qu’à ce jour le Premier ministre n’a pas été interrogé par l’Independent Commission against Corruption (ICAC). Il réitère sa demande à l’ICAC pour que tout le dossier MedPoint soit soumis au plus vite au Directeur des Poursuites publiques (DPP). Dans le cas où l’ICAC jugerait qu’il ne serait pas utile de soumettre au DPP le dossier, M. Bérenger est d’avis que la commission aurait alors à s’expliquer.
Une autre question évoquée mardi à l’Assemblée nationale et sur laquelle est revenue Paul Bérenger concerne l’incident du 20 décembre 2011 à Quatre-Bornes impliquant un marchand, deux policiers et la députée travailliste Nita Deerpalsing. Il déplore que, dans cette affaire, tout en confirmant que deux charges de « trading without license » et de « molesting public officer » ont été retenues dans cette affaire, le Premier ministre est venu « alléguer » qu’il y aurait eu complot. Ce que le leader de l’opposition trouve « choquant ». M. Bérenger juge au passage que la déclaration faite par Nita Deerpalsing ne corroborerait pas avec ce qu’elle avait déclaré à la presse.
Par rapport aux travaux parlementaires de mardi toujours, le leader de l’opposition qualifie de « positif » et « important » que le Premier ministre a confirmé que le gouvernement viendra avec un projet de loi en vue de la réforme électorale. Il dit surtout noter qu’en réponse à son ultime question supplémentaire, le chef du gouvernement a laissé entendre que le Parquet n’a pas encore commencé le travail de rédaction de ce Bill, que les consultations se poursuivent mais qu’il ne juge pas que de telles consultations doivent s’étendre encore longuement.
« Le MMM souhaite que ce projet de loi sur la réforme électorale soit présenté le plus tôt et que, cette fois, le Premier ministre tienne parole », déclare Paul Bérenger. Il explique plus tard à ce propos que Navin Ramgoolam a, selon lui, jusqu’ici « joué sur les mots » en laissant entendre qu’il allait intégrer le Best Loser System à un projet de réforme électorale.
Avortement : « Pas de consigne partisane de vote »
« Le temps du blabla est fini », dit-il dans la mesure où, selon lui, tous les aspects d’une éventuelle réforme ont déjà été discutés et agréés. « Au moins une fois, nous pouvons le prendre au sérieux », ajoute le leader de l’opposition, qui indique de nouveau que si le Premier ministre l’invitait une nouvelle fois, à discuter de réforme électorale, il irait « en compagnie de quelqu’un du MSM ».
Au sujet du projet d’amendement au Code pénal en vue d’autoriser l’avortement dans certains cas spécifiques, le leader de l’opposition accueille favorablement la publication du projet de loi. Il indique que son parti se penchera sur la question, notamment lors de son bureau politique de lundi. Il rappelle que, tout comme par rapport à la peine de mort, le MMM entend laisser ses députés voter selon leurs convictions et ne leur imposera pas une consigne de vote partisane. Il indique qu’il croit savoir qu’il en sera de même du côté du MSM.
Parlant du remake de 2000, Paul Bérenger confirme que la décision a été prise en vue de l’organisation d’une série de meetings devant se tenir en quinzaine avec la participation de sir Anerood Jugnauth et lui-même à partir du 1er juin quand un premier rassemblement sera organisé à La Louise. Par la suite, d’autres meetings suivront tous les 15 jours à Rivière-du-Rempart, Beau-Bassin et ainsi de suite.
Il confirme également que l’équipe du remake travaille sur sa liste de candidats pour les municipales « avec une attention particulière pour les candidatures féminines ». Même s’il ne dévoile pas comment se répartira le nombre des investitures entre MMM et MSM, il concède néanmoins que cela ne se fera pas à parité 50/50 comme décidé pour les législatives. « Notre objectif, assure le leader du MMM, est de remporter la victoire dans les cinq municipalités ».
Au nom de son parti, Paul Bérenger exprime par ailleurs sa sympathie à la famille du coureur cycliste Jérôme Tennant, tué dans le triste accident sur l’autoroute jeudi soir à Nouvelle France, ainsi qu’à celles des autres coureurs blessés. « Nous partageons leur colère et leur douleur », déclare-t-il. Le leader de l’opposition salue par ailleurs le « courage » et la « sagesse » du Mauricien Bernard Ng et de son épouse, Maureen, dans leur « dure épreuve » de cette semaine à Madagascar, où ils avaient été kidnappés.