Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM a réexprimé, hier, lors de son point de presse hebdomadaire, sa « profonde inquiétude » quant à la situation économique. Il juge, dans ce contexte, « ridicule » que le ministre des Finances, Xavier Duval, « se réfugie derrière Moody’s » comme, selon lui, il l’a fait « derrière la Banque Mondiale » dans l’affaire bois de rose. Par rapport, précisément, à l’amélioration de la note de Maurice par cette agence de notation, Paul Bérenger relativise en expliquant qu’en fait, nous ne sommes passés que de la 9e et avant-dernière place à la 8e sur une échelle de 10 places. Commentant, par ailleurs, l’affaire BOI, le leader de l’opposition trouve que, ces jours-ci, « nous ne voyons que le tout petit sommet de l’iceberg ! ».
M. Bérenger qui compare le chiffre de la croissance pour le premier trimestre 2012 (2.8%) à celui de la période correspondante de 2011 (5.1%) estime que le pire est à venir si la tendance se maintient. Il rappelle que, parallèlement, le taux du chômage va dépasser, cette année, les 8% au moment même où la crise s’amplifie dans la zone euro et au sein de l’Union européenne (UE), en général. Il juge « ridicule » que le ministre des Finances, Xavier Duval aille, dans ce contexte, « se réfugier » derrière l’agence de notation, Moody’s pour donner l’impression que tout va pour le mieux.
Il explique, qu’en fait, Maurice nouvellement créditée par Moody’s d’une note Baa1, n’est passée que de la 9e à la 8e place du classement de cette agence qui compte une échelle de 10 places. « Xavier Duval s’accroche à Moody’s comme il s’est aussi accroché à la Banque Mondiale (BM) dans l’affaire bois de rose ! « , ironise, à ce propos, le leader de l’opposition. De manière plus générale, il estime que, depuis la crise de 2007 « qu’elles n’ont pas vu venir », les agences de notation dont Moody’s « ont perdu toute crédibilité ».
Paul Bérenger réitère sa « profonde inquiétude » pour l’économie nationale pour 2012 « et au-delà ». Selon lui, l’on est pas encore sorti de l’impasse avec la situation dans la zone euro et dans l’Union européenne (UE), en général. Alors que, dit-il, la Mauritius Commercial Bank (MCB), dans sa dernière estimation, a rabaissé, une nouvelle fois, le taux de croissance pour 2012 à 3.4%, le leader de l’opposition prévoit, pour sa part, un taux encore plus faible.
M. Bérenger ne manque pas, par ailleurs, de commenter l’affaire qui vient de surgir au Board of Investment (BOI). « Ce que nous sommes appelés à voir ces jours-ci n’est que le tout petit sommet de l’iceberg », trouve-t-il à dire. Il qualifie le BOI de « boîte de Pandore ». Il trouve que, depuis 2007, cet organisme s’est transformé en une « machine à sous permanente » et promet de revenir sur toute la question en détail.
Pour le leader de l’opposition, tout serait parti avec l’adoption, en 2007, du Business Facilitation Act. Il doute que les éléments de la police régulière soient armés pour « démanteler » la « pieuvre financière » derrière ces malversations. Il trouve qu’il convient de faire la lumière sur certains « gros projets d’investissements » qui ont transité par le BOI depuis 2007 et non se limiter aux seuls quelques permis de résidence.
« Les scandales qui refont surface »
De manière plus générale, Paul Bérenger estime que, ces derniers temps, de nombreux « scandales », outre MedPoint et l’affaire BOI, qui avaient été, selon lui, « étouffés » depuis 2005 remontent à la surface. Il cite, à cet effet, quatre autres dossiers, en particulier : Boskalis, bois de rose, le projet de stockage de gaz dans le port et l’affaire Microsoft. Dans le premier cas, le leader de l’opposition réaffirme que le redémarrage, sur de nouvelles bases, d’une enquête par la police constitue, selon lui, un « certificat d’incompétence » pour l’Independent Commission Against Corruption (ICAC).
Pour ce qui concerne l’affaire bois de rose, il explique qu’après que le ministre des Finances, Xavier Duval, a demandé à la Banque Mondiale (BM) d’enquêter « en vue d’identifier les coupables », l’on aura appris, mardi à l’Assemblée nationale, que la BM ne s’intéresse, dans cette affaire, qu’à « faire restreindre » la contrebande de cette essence malgache de valeur. Paul Bérenger s’interroge, d’autre part, sur l’évolution des enquêtes de la police et de l’ICAC sur cette même affaire qui a surgi il y a déjà un an et promet de revenir à la charge sur le sujet.
Dans l’affaire de stockage de gaz dans le port, le leader de l’opposition se réjouit d’avoir pu, finalement, « barrer un Betamax II avec les mêmes intérêts économiques ». Il met cela sur le compte, notamment, de l’intervention du directeur-général de la State Trading Corporation, Megh Pillay qui avait été nommé par l’ancien ministre du Commerce, Showkutally Soodhun. Il demande au Premier ministre de s’en tenir à sa réponse parlementaire à sa PNQ quand il avait laissé entendre que l’on n’irait pas de l’avant avec le projet qui faisait controverse.
Au sujet des licences Microsost, enfin, Paul Bérenger trouve que cet « énorme scandale » viserait un important officiel des Finances qu’il a appelé à partir. Il promet de revenir avec une PNQ sur tout le sujet.
L’affaire de la policière qui s’était faite accompagnée par un individu pour rencontrer un détenu de la prison de Beau-Bassin impliqué dans une affaire de drogue en déjouant tout le système de sécurité fait aussi l’objet de commentaires du leader de l’opposition. « C’est tout un symbole et nous ne semblons pas mesurer l’énormité de la chose », estime-t-il.
Dans cette affaire, M. Bérenger s’étonne que la police n’ait pas objecté à leur remise en liberté et demande à cette dernière de s’expliquer. « La population a des raisons de s’angoisser », trouve-t-il avant de laisser entendre qu’il reviendra à la charge sur le sujet.
Municipales : « Pour un amendement mineur »
Par rapport aux municipales, le leader de l’opposition rappelle que lors des débats sur la nouvelle loi sur les Administrations régionales à l’Assemblée nationale, l’opposition MMM avait attiré l’attention sur le fait que le projet de loi qui allait être voté ne prévoyait aucune sanction pour réprimer la non présentation d’un minimum d’une candidate par arrondissement lors des élections municipales. Il estime, à ce sujet, que le Commissaire électoral ne saurait « usurper » le rôle de l’Assemblée nationale à cet effet.
Pour Paul Bérenger, il serait « injuste et illégal » que des sanctions sous ce rapport soient introduites par la Commission électorale lors la préparation de la nouvelle réglementation devant régir l’organisation des nouvelles élections régionales. « En ma qualité de leader de l’opposition, je transmets ce message au Premier ministre : s’il est sérieux sur la question de la promotion de la femme en politique, qu’il vienne de l’avant avec un amendement mineur à la nouvelle loi sur les Administrations régionales pour faire que si un parti se dispense de présenter au moins une femme sur trois dans chacun des arrondissements électoraux, les trois candidatures soient, automatiquement, disqualifiées », dit-il.
M. Bérenger, qui espère que le Dr Navin Ramgoolam tiendra en compte cette suggestion, dit accorder le bénéfice du doute au chef du gouvernement et du PTr pour l’organisation des élections municipales et villageoises renvoyées en deux fois cette année même.
Par ailleurs, le leader de l’opposition trouve qu’à la House of Lords, le 20 juin dernier, la Grande-Bretagne a, de nouveau, « humilié » le Premier ministre mauricien et, à travers lui, la population mauricienne autour de la question des Chagos. Il se réfère, pour cela, à une réponse d’un membre du gouvernement à une interpellation.
Dans cette réponse, explique Paul Bérenger, la partie britannique laisse entendre que la rencontre à laquelle a participé le Dr Ramgoolam à Londres le 8 juin dernier n’avait été conviée que pour la signature d’un protocole d’accord sur la piraterie dans l’océan Indien. Aucun engagement, dit-il, n’avait été pris, selon la Grande-Bretagne, à cette occasion, sur les Chagos ni sur une éventuelle participation mauricienne aux discussions anglo-américaines à venir concernant une éventuelle extension du bail pour la base militaire américaine de Diego Garcia.
« Une telle réponse sèche et insultante ne pouvait être plus cassante pour toute l’île Maurice », trouve-t-il en réitérant qu’il est « indispensable » que Londres et Washington « prennent Maurice au sérieux sur les Chagos ». M. Bérenger qui laisse entendre, à ce propos, qu’il n’a pas encore fait ses suggestions « en toute confidentialité et sans aucun koz-kozé » au Dr Ramgoolam sur toute la question.