Au vu de la situation politique abracadabrante qui prévaut dans le pays, une réaction du peuple est plus qu’urgente pour remettre les choses en place. Car en ce moment, rien ne va. Entre les rumeurs d’un retour du Président à la politique active, les alliances contre-nature qui se négocient et les guerres rangées qui se poursuivent, la classe politique s’éloigne des vraies priorités et impose au pays un scénario aussi pitoyable que grotesque.
La marmite politique est en constante ébullition. La population n’a pas de répit. Chaque jour apporte son lot de rebondissements, ponctués de déclarations. Tantôt pour dénoncer l’hypocrisie de l’opposition MMM, qui veut s’allier à nouveau au MSM, tantôt pour déplorer l’attitude du Président de la République, Sir Anerood Jugnauth (SAJ), qui ne rate pas une occasion pour critiquer le gouvernement. Pour l’instant, le peuple, dit admirable, semble manz pistas get sinema. Mais jusqu’à quand cela va-t-il durer ?
Les politiques ont reçu une première alerte à travers la marche du mouvement “15,000 jeunes”, réclamant, entre autres, une classe politique plus saine. Ailleurs dans le monde, les régimes dictatoriaux ont tout simplement explosé devant des populations réclamant plus de transparence. Qu’en sera-t-il à Maurice ? Alors que les élections municipales dues depuis l’an dernier ont été renvoyées sans que la population ne s’en émeuve, restera-t-elle à nouveau silencieuse ? Avec des services municipaux qui ne donnent pas entière satisfaction et des conseillers presque tout le temps à couteaux tirés, lorsqu’ils ne sont pas absents, difficile de le croire.
Positionnement stratégique.
Cette situation incertaine et malsaine n’a pas laissé insensible l’évêque de Maurice, Ian Ernest. Lors de la messe marquant le Jour du Souvenir en la cathédrale St James, Port-Louis, il a invité les politiciens à déposer les armes et à oeuvrer davantage dans l’intérêt de la population. Pour lui, les acteurs de la société mauricienne devraient prendre conscience de leurs responsabilités et avoir un comportement basé sur des principes.
Christina Meetoo résume ce ramdam politique en un mot : “galimatias”. La chargée de cours en communication à l’Université de Maurice trouve qu’il règne un tel désordre qu’on ne comprend plus rien de ce qui se passe sur l’échiquier politique. “Un jour, on entend que X va aller avec Y, mais que Y veut aller avec Z, alors que Z veut aller avec X. On devrait s’indigner de cette situation.” Pour elle, c’est “un autre symptôme de notre système politique où nos partis sont monolithiques”. Avec, pour résultat, que nous avons droit à des alliances, des mésalliances, des divorces et des mariages. “Je ne crois pas que cela favorise la démocratie.”
Un avis partagé par Jocelyn Chan Low, historien et observateur politique. “Cette situation crée un sentiment pessimiste. On s’aperçoit que c’est un monde où il n’y a pas d’idéaux. Le public est désemparé et s’indigne de ce qui se passe, car il voit bien que nous sommes condamnés à avoir des alliances.” Les scandales n’arrangent pas les choses et viennent “décrédibiliser la classe politique”.
Une situation que Christina Meetoo juge “aussi pitoyable que grotesque”. Elle estime que “le citoyen devrait être au centre de la démocratie”. Mais son vote est bafoué entre deux élections. “Il vote chaque cinq ans, mais entre deux élections, son opinion ne compte pas pour grand-chose. Les politiciens se permettent de changer de parti. C’est un cirque ! Il n’y a que positionnement stratégique à travers les alliances.”
Clique, clash et clan.
Pour l’heure, la population et la classe politique semblent suspendues à la décision de SAJ. Partira, partira pas ? Il est le seul à connaître la réponse. Toujours est-il que cette indécision laisse la population pantoise. Pour Sylvio Michel, tout comme pour le ministre des Arts et de la Culture, Mukeshwar Choonee, SAJ doit démissionner de ses fonctions de Président de la République.
Pour sa part, Salim Moothy, travailleur social et président de l’ONG Victim of sales by levy, estime qu’il n’est pas possible que quelqu’un qui a fait de la politique active, a été Premier ministre et Président de la République, redevienne PM. “Ce sera un désaveu pour son fils. Il lui a mis un chapeau sur la tête, et on dirait qu’il souhaite le reprendre pour le mettre sur la sienne. S’il le fait, cela voudra dire que Pravind Jugnauth est un incapable.” Il ajoute que si SAJ retourne dans l’arène, ce sera un recul de la classe politique; les jeunes vont cracher sur elle. Il se dit aussi inquiet pour son pays car “la classe politique n’est que clique, clash et clan”.
Dindon de la farce.
Pour lui, c’est Paul Bérenger qui mène la danse en ce moment, avec la probabilité que le parti atteigne 50% d’intention de votes aux prochaines élections générales. “En 2010, le MMM avait récolté 44% de votes. Avec l’affaire Medpoint, ce parti semble plus fort.”
Jocelyn Chan Low est cependant plus nuancé dans ses propos. “Le MMM est requinqué, mais il est clair que seul, il ne gagnera pas les élections. Ce parti est condamné à faire alliance et doit choisir entre un remake MMM/MSM ou s’allier avec le PTr. Dans ce dernier cas, et si cela se fait selon le système actuel, le MMM va encore se retrouver dehors. Il est difficile pour deux grands partis de diriger le pays. Il y aura toujours des tensions.”
Arrivera-t-il ce jour où il y aura un réel sursaut de la population, qui dira qu’elle en a marre de toutes ses tractations ? À quand une véritable prise de conscience pour faire comprendre que l’électorat ne devrait plus être le dindon de la farce ?