A Jour J – 17 du scrutin pour les élections générales, trois dossiers majeurs, soit l’industrie sucrière, la sécurité de la fourniture d’énergie électrique et le problème de la distribution d’eau avec la sécheresse qui sévit, sont admis aux urgences politiques. Dans l’immédiat, le gouvernement a confié au ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, une mission quasi impossible, notamment mettre la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA) et le Joint Negotiating Panel syndical sur la même longueur d’onde en vue d’annuler la grève des artisans et des laboureurs de l’industrie sucrière entamée depuis mercredi dernier. Une période moratoire est observée en vue de prendre connaissance des réactions des parties à la proposition du gouvernement pour un arbitrage. Passé ce délai, l’Hôtel du gouvernement se réserve le droit de saisir la Cour suprême en vue d’une solution à la crise qui paralyse l’industrie sucrière.
L’urgence de la situation se fait également pressante dans le secteur de l’énergie électrique même si dans le très court terme, le danger d’un black-out ne se fait pas sentir. Toutefois, la décision du Central Procurement Board de rejeter l’unique cotation de Burmeister & Wain Scandinavian Contractors (BWSC) pour la réhabilitation de la centrale thermique de Saint-Louis avec l’installation de quatre turbines de 15 MW chacune remet en perspective le spectre du Load Shedding à partir de décembre de l’année prochaine à moins d’un sursaut de la part de la direction du Central Electricity Board (CEB).
Dans le secteur de l’eau, la Central Water Authority (CWA) essaie de contrer les répercussions d’une distribution d’eau potable de plus en plus aléatoire avec un programme de coupures plus drastiques et communiqué d’avance à la population. N’empêche que les poches de mécontentement continuent à se manifester. Tout semble indiquer que les prochaines jours s’annoncent déterminants dans le secteur sucre avec la grève des laboureurs et des artisans atteignant bientôt sa première semaine. L’Hôtel du gouvernement s’en tient toujours à la proposition visant à instituer un arbitrage indépendant pour trancher les différents aspects du litige industriel opposant la MSPA et le Joint Negotiating Panel syndical. La MSPA ne montre pas de signe d’hostilité à l’idée d’un arbitrage comme le souligne le directeur Jean Li Yuen Fong dans une déclaration, hier, à Week-End.
Par contre, la prise de position d’Ashok Subron, négociateur du JNP, rejetant catégoriquement l’idée de cet arbitrage indépendant, confirme que le ministre Shakeel Mohamed a du uphill climbing à entreprendre pour essayer d’accomplir la mission impossible de ramener la MSPA et le JNP « within negotiating distance » en vue d’éviter le recours à un ordre de la Cour suprême sous forme d’injonction ou autre à la demande du gouvernement.
« La raison pour laquelle le JNP ne veut pas entendre parler d’arbitrage indépendant à ce stade de la grève est que les syndicats de l’industrie sucrière ne peuvent permettre la remise en question des droits acquis des travailleurs, comme la semaine de 40 heures, la façon de calculer les heures supplémentaires, ou encore les congés de début d’année. Impossible d’envisager une telle éventualité. Larbitraz se ène lake ferblan ki pe rode attas avek travayer. Le deal proposé par le gouvernement est davantage propatronat et nullement en faveur des travailleurs », fait comprendre Ashok Subron.
« Valeur du jour la grève est totale »
« En plus, il faut savoir qui sera l’arbitre désigné. La MSPA doit comprendre qu’elle ne peut prendre ses désirs pour des ordres. C’est la MSPA qui refuse la négociation. L’intransigeance de certains membres de la MSPA porte préjudice. Ils ont bénéficié de la force des travailleurs, mais aussi d’importants fonds de l’Union européenne, mais sont toujours indifférents à l’égard du courage des travailleurs. Du côté du JNP, nous avons des contre-propositions à faire et nous sommes disposés à discuter. Pour l’instant, nous ne comptons nullement dévoiler nos batteries en public », ajoute-t-il.
Après l’échec de la réunion de la dernière chance de vendredi, les dirigeants syndicaux poursuivent la mobilisation sur le terrain en affirmant que « valeur du jour la grève est totale dans les usines ! La détermination des travailleurs est inébranlable et nous sommes prêts à toute éventualité ». Le JNP prévoit une manifestation des grévistes devant la Plantation House et le  Government House mercredi prochain. Une lettre devra être déposée au Prime Minister’s Office à l’intention de Navin Ramgoolam.
D’autre part, avant de commenter les derniers développements sur le front de grève, le directeur de la MSPA a voulu préciser que le patronat n’a formulé aucune proposition et encore moins les 13%  mentionnés par le ministre du Travail. Tout semble indiquer que le Conseil des ministres a mandaté le ministre Mohamed à trouver une solution au conflit. « La seule solution pour une sortie de crise est de référer le cas à un arbitrage jouissant d’un statut de cour de justice. Les syndicalistes et le patronat sucriers sont trop éloignés pour trouver un éventuel accord, surtout au vu des revendications déraisonnables. Une nouvelle médiation n’amènera aucun résultat », déclare-t-il. Il ajoute que « la raison pour laquelle les syndicalistes refusent systématiquement de s’engager dans la voie d’un arbitrage est qu’ils sont convaincus depuis le départ que leurs demandes sont trop déraisonnables ».
Après quatre jours de grève, la MSPA déplore des actes d’intimidations sur des lieux de grève. Commentant l’éventualité d’un recours à la Cour suprême de la part du gouvernement, le patronat sucrier déclare que, « les membres de la MSPA sont d’avis qu’une mesure légale pouvant apporter une fin à la grève, serait positive pour le secteur dans son ensemble à ce stade, car huit jours de coupe ont déjà été perdus, avec tout ce que cela implique comme conséquences pour le pays. Il est donc important que les activités puissent reprendre dans les meilleurs délais ».
Entre-temps, la grève est maintenue…