Des sofas, des paniers, des tables et divers autres objets en rotin, c’est la spécialité de l’atelier Sivram and Sivram, Royal Road, à Montagne-Blanche. La directrice de l’atelier, Ritabye Sivram répare aussi les vieux meubles, toujours en rotin, les rendant « pli nef ki nef ». La SMEDA et le National Women Entrepreneurs Council (NWEC), dit-elle, ont toujours soutenu son entreprise. Pour l’amour du métier, Ritabye Sivram partage ses connaissances dans le domaine avec d’autres femmes et des personnes handicapées dans des centres sociaux, et ce dans le but de les aider à créer leur propre entreprise.

Ritabye Sivram s’est lancée dans l’entreprise du rotin il y a 23 ans mais, dit-elle, « je connais le rotin depuis mon enfance, vu que mes grands-parents confectionnaient divers objets à partir de ce matériel ». Elle poursuit : « J’ai ainsi appris ce métier en restant à leurs côtés et en les regardant travailler. Adolescente, je fabriquais moi aussi quelques objets mais ce n’est qu’après mon mariage que je me suis lancé dans ce domaine à plein-temps pour améliorer les revenus car je devais aider à financer la construction de notre maison. Je fabriquais des articles de décoration murale et des petits bouquets qui se vendaient bien. Petit à petit, j’ai commencé à fabriquer de plus grands objets après avoir perfectionné ma technique de travail avec l’aide d’un autre artisan de la capitale. »

C’est ainsi que Ritabye Sivram a créé l’atelier Sivram and Sivram, après que son époux, Indrasen, qui s’occupe des plantations de la canne à sucre, s’est joint à elle en apprenant lui aussi cet art de manier le rotin. Aujourd’hui, ils fabriquent, avec l’aide de quelques autres artisans lorsque le besoin se fait sentir, divers modèles de meuble et objets en rotin.

L’atelier travaille principalement sur commande, venant de la part de quelques hôtels touristiques et compagnies d’aviation mais aussi des particuliers. « Je fabrique des plateaux en rotin pour Air Mauritius, deux ou trois fois l’an. Je fais des décorations pour les mariages, des bouquets, des petits et grands plateaux, tout en rotin. Je répare aussi les vieux sofas, mo fer zot vinn nef. À l’époque du Cavadee, j’ai aussi beaucoup de commandes pour des “frames” que les dévots décorent et portent sur leurs épaules durant la fête », dit-elle.

Ritabye Sivram dit n’avoir aucun problème pour vendre ses produits. « J’ai beaucoup de commandes en novembre et décembre, lepok lane, période pendant laquelle beaucoup de familles investissent dans la rénovation de leurs salons, achètent de nouveaux sofas, font de nouvelles décorations de leurs maisons. Travay-la plin, mais en début d’année, en janvier, février et mars, pena tro boukou komann. Nous devons accepter, c’est la règle du marché. Enn dan lot, je peux dire que j’ai du travail tout le long de l’année. Je loue aussi des sofas pour des occasions telles que les mariages et les fiançailles, entre autres », souligne-t-elle, avant de préciser que c’est elle qui a fabriqué la maquette du bâtiment abritant le Maharashtra Bhawan, à Moka. 

Selon notre interlocutrice, lancer l’entreprise « n’a pas été si difficile que ça car si on aime quelque chose, on le fera très bien ». Plus le temps passe, plus Ritabye Sivram voit une amélioration de la qualité de son travail « et plus les choses deviennent faciles ». « Practice makes perfect », ajoute-t-elle. Elle dit être fière « de mon travail qui marche très bien, les gens me connaissent, j’ai beaucoup de clients ». Cependant, la seule chose qui l’inquiète, c’est le coût du rotin, la matière première principale qu’elle utilise et qui provient de plusieurs espèces de plantes d’Asie du Sud-Est. Ce matériel est passé de Rs 180 le kilo à Rs 600 le kilo. Ce qui a une répercussion sur le prix de ses produits. « Ce n’est pas que les commandes baissent à cause du prix. Heureusement que nos clients comprennent que les coûts ont augmenté et ils continuent à acheter nos produits », déclare-t-elle. Elle ajoute : « Si le gouvernement pouvait aider à faire baisser le prix du rotin, ce serait bien car cela nous aiderait, pas moi seulement, mais aussi de nombreux autres artisans qui travaillent avec le rotin qui est importé de la Malaisie et de Chine. Voyez-vous, je forme des femmes au foyer qui ne travaillent pas et qui ne peuvent investir dans les matériaux. Ces femmes dépendent de leurs époux pour s’acheter du rotin. Si le coût du rotin est raisonnable, elles peuvent fabriquer leurs propres produits et les vendre aux Mauriciens, développer ainsi un petit business à partir de chez elles. Cela aiderait à créer des emplois. D’ailleurs, lorsque j’ai beaucoup de commandes, je sollicite leur aide. » Parfois, cette entreprise exporte aussi des produits en France et à La Réunion. Récemment, Ritabye Sivram a eu quelques contacts en Malaisie, « où j’y suis allé grâce à la SMEDA et je vais aller en Inde bientôt pour participer à une autre foire internationale ».

Aide institutionnelle

Deux institutions, à savoir la SMEDA, maintenant SME Mauritius, et le National Women Entrepreneur Council (NWEC) l’ont beaucoup aidé, selon ses dires, à progresser. « Pour moi, la SMEDA est mon porte-bonheur. Grâce à elle, j’ai participé pour la première fois à une foire des PME, à Flacq, puis au centre Swami Vivekananda, à Pailles, où les choses se sont véritablement déclenchées pour moi et où j’ai pu obtenir de bons contacts. À partir de là, j’ai beaucoup progressé. Elle m’offre beaucoup de facilités pour voyager et pour connaître les clients », dit-elle.

Grâce à ces deux institutions, Ritabye Sivram enseigne le métier à mi-temps à l’Eastern Centre for the Welfare of Disabled, à Beau-Champ, et au Flacq Disabled Centre. Elle dit constater que beaucoup de jeunes sont intéressés à l’artisanat et le rotin et qu’ils veulent apprendre à fabriquer des objets, même des meubles en rotin.

L’avenir, Ritabye Sivram le voit « bon », d’autant plus que son époux compte bientôt délaisser sa plantation de la canne à sucre pour consacrer plus de temps à Sivram and Sivram. Ensemble, ils agrandiront leur entreprise, moyennant qu’elle obtienne davantage de contacts, tant au niveau local qu’international, car elle compte bien un jour exporter davantage ses produits. « J’aime mon métier. Mo kontan fer li », lance-t-elle.