Slovak businessman Marian Kocner, suspected of ordering the 2018 assassination of investigative journalist Jan Kuciak and his fiancee Martina Kusnirova, waits for the start of his trial at court in the Judicial Academy building in Pezinok, Slovakia, on December 19, 2019. - Kuciak had been investigating business activities of property developer Marian Kocner, when he and his fiancee Martina Kusnirova were gunned down at home near the capital Bratislava in a gangland style hit in February 2018. The double homicide triggered mass anti-government protests that forced then-premier Robert Fico to resign and paved the way to the election of liberal anti-corruption activist Zuzana Caputova as president in March 2019. (Photo by VLADIMIR SIMICEK / AFP)

Longtemps attendu, le procès de l’homme d’affaires slovaque Marian Kocner, accusé d’avoir ordonné l’assassinat du journaliste d’investigation Jan Kuciak et de sa fiancée, a commencé jeudi matin à Pezinok, près de Bratislava.

Les parents des victimes assistent à l’audience et c’est la première fois qu’ils se trouvent en présence des personnes accusées du meurtre de leur enfant.

Le principal accusé, le millionnaire Kocner, est arrivé au tribunal portant un gilet pare-balles et un casque. Le bâtiment était gardé par des policiers de l’unité anti-émeutes accompagnés de chiens.

Les trois co-accusés de Kocner, son ex-interprète Alena Zsuzsova, Tomas Szabo et Miroslav Marcek ont été également introduits dans la salle.

Le cinquième suspect, Zoltan A., qui aurait agi comme intermédiaire avec les deux exécutants matériels du crime, et qui a conclu un accord avec la justice, n’était pas présent. Il pourrait être entendu comme témoin et jugé à part.

Un collège de trois magistrats, présidé par la juge Ruzena Sabova, doit entamer jeudi la procédure préliminaire concernant les chefs d’accusation dans l’affaire des meurtres du journaliste Jan Kuciak et de sa fiancée Martina Kusnirova, avait annoncé mercredi la Cour pénale spéciale dont le siège se trouve à Pezinok, à 20 km de Bratislava.

Kuciak enquêtait sur la corruption et plus précisément sur les activités de Kocner, entrepreneur millionnaire et promoteur immobilier, quand il a été tué avec sa fiancée dans ce qui avait été décrit comme une exécution de type mafieux, en février 2018.

Le double meurtre a déclenché des manifestations de masse contre le gouvernement de Robert Fico, qui a fini par démissionner. Le mouvement a ouvert la voie à l’élection à la présidence slovaque de l’avocate libérale et militante anti-corruption Zuzana Caputova, en mars dernier.

Kocner, 56 ans, qui fait l’objet d’autres poursuites pour des opérations financières suspectes et fraude fiscale, était connu pour son hostilité à l’égard des journalistes qu’il avait coutume d’insulter et menacer.

En 2017, il avait affirmé lors d’une conférence de presse qu’il allait créer un site web publiant des détails sur la vie privée des journalistes, selon le quotidien SME.

Il a menacé Kuciak et sa famille lors d’une conversation téléphonique dont l’enregistrement a été publié par le portail aktuality.sk, le média pour lequel avait travaillé le journaliste assassiné.

– « Aucune saleté » –

Il est maintenant accusé d’avoir ordonné le meurtre de Kuciak. Jeudi, le tribunal examinera ce chef d’inculpation et la légalité des preuves à charge. A moins de découvrir de sérieuses erreurs de procédure, ce qui ferait renvoyer le dossier au parquet, il fixera la date du début de l’examen sur le fond.

L’acte d’accusation, qui compte 93 pages, a fait l’objet de fuites dans les médias. Selon ces derniers, il révèle que Kocner, ne trouvant « aucune saleté » pour discréditer le journaliste gênant, a fini par « décider de s’en défaire physiquement et empêcher ainsi de nouvelles révélations sur ses activités ».

« S’il est reconnu coupable, il risque entre 25 ans de prison et la perpétuité », a indiqué à l’AFP Jana Tokolyova, porte-parole du bureau du procureur spécial.

L’enquête sur le meurtre a révélé aussi que Kocner échangeait des milliers de mails avec d’importants responsables du gouvernement et du parti au pouvoir Smer-SD.

L’ancien Premier ministre Robert Fico a reproché à l’opposition et aux médias de mettre en relief les liens entre sa formation et Kocner, accusant les journalistes de mener « une sorte de jihad ». Fico reste chef de son parti et son influence politique demeure importante, selon les médias.

Mais selon un analyste politique indépendant de Bratislava, Pavol Babos, « Robert Fico est en train de perdre le potentiel pour former une coalition » à l’approche des législatives prévues en février.

« Je ne peux pas m’imaginer de parti politique entrant dans une coalition avec le Smer-SD », a-t-il dit à l’AFP.

Le soutien pour ce parti est tombé à 20%, mais il est toujours possible qu’il arrive en tête des élections.

juh/via/lch