Le parlementaire travailliste Ezra Jhuboo a, en sa capacité d’homme d’affaires avisé, prononcé un discours pragmatique dans le cadre des débats sur le Budget. Tout en accueillant favorablement le projet de “Smart Cities” proposé par le ministre des Finances, il dit cependant souhaiter que ce concept soit étendu à tout le pays. « J’estime qu’il ne faudrait pas se limiter à des “Smart Cities”. Nous devons avoir l’ambition de transformer toute notre île en une “Smart Island” » a-t-il lancé.
Pour Ezra Jhuboo, il ne faut pas se faire d’illusion sur les “Smart Cities”, qui sont des projets à long terme, les promoteurs du projet les situant sur une durée de 25 ou 50 ans à venir. Pour lui, si l’immobilier est créateur d’opportunités, « la stricte vérité, c’est que les projets prennent du temps car ils répondent principalement à une seule logique : celle du marché, celle de l’offre et de la demande ». Et de poursuivre : « Aucun investisseur avisé ne prendra jamais le risque d’investir massivement dans un projet si le marché n’est pas prêt. » Selon lui, il faut apprendre des erreurs du passé. « Les échecs des projets de Center Point, du Merritt ou du Mall de Mon-Choisy sont avant tout des erreurs commerciales, qui viennent confirmer que le marché est incapable aujourd’hui d’absorber le nombre de mètres carrés additionnels à court et moyen termes », constate-t-il, avant d’ajouter : « Je suis donc curieux de savoir quelle part de ces Rs 120 milliards d’investissements prévus par le Budget vont, pendant les 18 mois qui restent, permettre d’atteindre les 5,3% de croissance prévue en 2016. »
Ezra Jhuboo estime que plus que les “Smart Cities” et les nouveaux règlements pour les IRS et les RES, c’est l’aménagement du territoire qui est important. « Ces “Smarts Cities” ne sont pas une réponse durable, car elles laissent de côté tout le reste de la population. Explorons le concept de “Smart Cities”, mais étendons-le à une “Smart Island” ainsi que des “Smart Neighbourhoods” dans tous les endroits de l’île. Ayez le projet, certes ambitieux, d’un vaste chantier de rénovation urbaine national », a-t-il affirmé.
ll a invité le ministre du Logement à se référer au plan MATIM et à voir ce qui est encore valable pour l’île Maurice d’aujourd’hui. « Je recommande fortement la mise en place d’un comité d’experts afin de rédiger un “regulatory impact assessment” préalable à la mise en place des nouvelles règles IRS/RES. Si ce gouvernement se veut responsable, il doit être totalement conscient de l’impact de tout changement de loi, impact qui peut s’avérer être dramatique sur l’attractivité de notre pays », dit-il encore.
S’agissant du CSR, Ezra Jhuboo a reconnu que la plus grosse difficulté des entreprises était ces fameux “CSR guidelines”, dont l’obligation était de faire pré-approuver tous les projets par le National CSR Committee. Toutefois, il estime qu’au lieu de laisser le champ libre au secteur privé, le gouvernement aurait dû focaliser le financement venant du secteur privé. À titre d’exemple, il a estimé que si le ministère de l’Intégration sociale, en ligne avec le plan Marshall de ce gouvernement, estime que la lutte contre l’extrême pauvreté commence par un logement décent, le “social housing” aurait pu être une priorité majeure du CSR. « Je pense que déléguer au privé, sans avoir préalablement défini une orientation, laisse le champ libre aux abus et aux actions, qui n’auront pas les résultats escomptés », estime-t-il.