La fin du monde est citée par plusieurs religions. Afin d’apporter un éclairage sur le sujet, Scope vous livre les observations de quelques religieux. Ces derniers évoquent la peur humaine de la mort pour expliquer la psychose qui a atteint certaines personnes.
“Pour qu’il y ait la fin du monde, il faut que le soleil disparaisse. Nous n’en sommes pas encore là. Nous sommes donc tranquilles pour un bon bout de temps.” C’est ce que soutient le pandit Ved Gopee. Il précise que d’après les croyances hindoues, “le temps est divisé en ères cosmiques qui se succèdent à l’infini. À chaque fois, il y a une nouvelle création. Il n’y a donc pas de fin du monde”.
Un point de vue que partage le Dr Kim Leung-Darga, de Land of the Healing Buddha. Elle souligne que “la fin du monde n’est que la fin d’un monde ou d’un grand cycle. Car il y a plusieurs cycles en parallèle dans la cosmologie bouddhiste. On ne parle pas vraiment de commencement et de fin, mais d’évolution et de contraction. C’est un éternel recommencement”.
La fin d’un cycle.
D’où vient donc cette supposition que la fin du monde aura lieu le 21 décembre 2012 ? Il s’agirait en fait de la fin d’un cycle. Une confusion qui viendrait de la mauvaise interprétation des tablettes des calendriers Mayas, si l’on en croit Belall Maudarbux du Conseil des religions. Il précise qu’un chercheur a remis récemment en question les prédictions Mayas, en venant affirmer que la date n’est pas définie.
Il n’empêche que la peur est bien présente dans certaines parties du monde. Une attitude qui découlerait du fait “que ces personnes ne connaissent pas leur religion”, souligne le pandit Ved Gopee. Ce dernier ajoute que la peur qui a les envahies découle de la fragilité de la nature humaine. “À travers cette peur, il y a le désir de s’en sortir.”
Pour sa part, le père Patrick Fabien se demande qui sont ces personnes qui affirment que la fin du monde est pour bientôt. Faisant le parallèle avec la littérature apocryphe chrétienne, il soutient que certains auteurs ne font que passer leurs messages. “Il est commun, dans la littérature pseudo-religieuse, de faire usage de noms anciens pour donner un contenu ésotérique à des écrits. Mais tout ceci n’est pas vrai.” Maniant l’ironie, il invite ceux qui croient dans la fin du monde de verser leur argent sur son compte bancaire. Selon lui, ce n’est pas la première fois que la fin du monde est évoquée. Elle fait partie du millénarisme : à chaque fin de siècle, il y a l’attente d’un monde meilleur. “Avec les souffrances du monde actuel, il y a une attente d’un jour meilleur. C’est comme un rêve.”
Jour dernier.
De son côté, Belall Maudarbux déclare que “pour la religion musulmane, la première chose qui est dite est que le monde aura une fin et qu’il est relativement proche, dans le temps des humains”. Des signes précurseurs, comme la disparition de la sagesse et du savoir, indiqueront que cette fin est proche. “L’ignorance va prévaloir : il y aura une perte de valeurs et de principes moraux et religieux, une prévalence de l’adultère et de l’immoralité”.
Même s’il n’est pas dans la tradition musulmane d’interpréter les événements, Belall Maudarbux souligne que le Coran fait mention de catastrophes qui vont arriver le jour dernier, et que le fin du monde va débuter avec un grand tremblement de terre. Mais il précise : “Il n’y a rien qui peut déterminer que la fin du monde est proche. C’est Dieu qui décide.”
Des signes qu’on retrouve également dans les croyances bouddhistes, mais en référence à un changement de cycle, comme l’explique le Dr Leung-Darga. “Les événements précurseurs de la fin d’un grand cycle, ce sont la destruction causée par l’eau, le feu ou le vent. La destruction par l’eau a lieu quand les gens deviennent excessivement vicieux et d’une grande méchanceté; par le feu, quand les gens veulent tout avoir; par le vent, quand les humains s’abêtissent.” Si on parle de la fin du monde, c’est peut-être parce que l’on a fini par voir le grand changement qui a été effectué tous les jours, et aussi parce que nous pouvons mieux observer la fin de grands cycles. “Tout ce qui naît porte en lui la fin. Nous travaillons sur nous-mêmes pour être plus conscients que tout change.”
Superstitions.
Le père Fabien invite les gens à ce travail sur soi. “L’attitude à adopter devant les spéculations de fin du monde est de ne pas avoir peur. Le Christ a vaincu la mort. Le mal n’a pas pu le retenir. Le plus grand mal pour l’homme, c’est la mort qui lui arrive de son vivant.”
Il faut donc préparer sa mort en ayant une bonne vie, en faisant de bonnes actions aujourd’hui, en rendant service aux autres ou en rendant visite aux malades, par exemple. “Ceux qui attendent la fin du monde ne vivent pas pleinement leurs vies et ne croient pas dans ce qu’ils disent. Pourquoi penser à se protéger si tout va s’arrêter demain ? Si on sait qu’on va mourir demain, il faut travailler pour cette nouvelle vie qui nous attend”, estime le prêtre. Prêter foi aux prédictions, c’est croire dans les superstitions, soutient Belall Maudarbux. “Elles vont à l’encontre des valeurs de l’islam.”
Le père Fabien insiste aussi sur le sens de la responsabilité des hommes et des femmes pour qu’ils traversent les difficultés qu’ils rencontrent avec sérénité. “Je ne crois pas en l’homme qui fuit devant ses problèmes. Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut renoncer. La fin du monde, c’est aujourd’hui, ce n’est pas dans un ailleurs. Il ne faut pas s’arrêter aux images données dans la Bible.”