Inauguré en février 2010 après quatre ans de projet, le Halfway Home créé par Marie Josée Baudot accueille des filles qui n’ont pas de foyer. Après quelque deux ans d’opération, les finances sont au plus bas et la fondatrice pense même mettre la clé sous le paillasson si elle n’obtient pas un soutien financier régulier.
Depuis plusieurs semaines la question des enfants de rue est évoquée. Pour sortir du flou, SAFIRE (Service d’Accompagnement, de Formation, d’Intégration et de Réhabilitation de l’Enfant) et la MFPWA (Mauritius Family Planning Welfare Association) ont sollicité l’aide du Fonds mondial contre le Sida et de le groupe Rogers pour financer une étude sur les enfants de rue. Les données recueillies par le Professeur camerounais Peter Fonkwo Ndeboc dépassent les projections les plus pessimistes. En effet, 6 780 enfants seraient dans cette situation à Maurice. Toutefois, ils n’y dorment pas mais y passent l’essentiel de leur temps : 36 % ne fréquentent pas l’école et 35 % d’entre eux exercent une activité professionnelle.
C’est dans ce contexte que Marie-Josée Baudot, présidente de la branche mauricienne de l’African Network for the Prevention and Protection against Child Abuse and Neglect (ANPPCAN), a créé il y a plusieurs années le Halfway Home pour des filles qui n’ont pas de foyer. Depuis plusieurs mois cependant, le centre se trouve dans une situation financière délicate. Pour fonctionner normalement, le foyer a un besoin mensuel de Rs 50 000 pour pouvoir payer les salaires des employés, la nourriture, les factures d’eau et d’électricité, entre autres. « Si personne ne se manifeste, je n’aurais pas le choix que de fermer le Halfway Home. Pour le moment, je dispose d’un financement qui s’étend jusqu’au mois de mars. Tout ce que je demande, c’est un soutien financier régulier et permanent. Dans le passé, j’ai eu à fermer le centre pour les mêmes raisons », explique Marie-Josée Baudot. Et de souligner qu’une demande de financement a été faite aux ministères suivants : Sécurité sociale, Égalité des genres, Finances, et Intégration sociale. « Le gouvernement est attentif à mes projets. Les ministères que j’ai sollicités ont bien reçu ma demande mais j’attends toujours une réponse, le ministère de l’Intégration sociale ne s’étant pas encore manifesté », a-t-elle ajouté.
Le centre fondé par Marie-Josée Baudot sert de passage entre l’instruction et la vie, offrant un encadrement et une certaine liberté aux filles. Sous l’égide de la Sécurité sociale, les jeunes pensionnaires peuvent s’installer au centre dès 16 ans. Marie-Josée Baudot précise toutefois qu’elles « doivent avoir un compte en banque. Je fais tout mon possible pour les aider à avoir un travail afin qu’elles deviennent responsables et autonomes. On les encadre et on les écoute. Nous faisons le maximum pour elles. Mais ce centre n’est qu’un abri temporaire dont la durée maximale est de trois ans. »
Places limitées
L’an dernier, le centre a accueilli dix filles malgré le nombre de places limitées à huit lits. Aujourd’hui trois de ces filles y vivent encore. Situé à Vacoas dans un quartier paisible, le Halfway Home comprend une cuisine, un salon, une salle à manger, une salle de bains et trois chambres à coucher : une pour la garde de nuit et les deux autres pour les filles, avec quatre lits dans chacune des deux chambres. Il y a aussi un jardin. « Le Halfway Home dispose de très peu de places. De plus, le travail administratif doit se faire au centre car nous n’avons pas de bureau ailleurs. Par exemple, lors de nos réunions pour discuter des dossiers des filles, celle-ci peuvent entendre nos délibérations. C’est assez embêtant », explique Marie-Josée Baudot.
Les pensionnaires du centre sont souvent des filles issues d’organisations comme SOS Village ou Terre de Paix et autres abris de l’Etat. Des structures qui ne peuvent pas les accueillir au-delà de l’âge de la majorité. « Qu’il s’agisse d’une ONG ou d’un shelter, toutes ces filles se connaissent et je dois dire qu’elles se soutiennent beaucoup. Quand elles arrivent chez nous, elles sont confrontées à un gros changement car dans le Halfway Home, elles sont libres. Elles peuvent sortir mais elles doivent être rentrées à 18 heures. Elles peuvent aussi se rendre chez des proches le week-end mais doivent communiquer les coordonnées des personnes chez qui elles logent. Elles peuvent également accueillir leurs amies au centre. Dans l’ensemble, cela se passe très bien », explique Murielle, une responsable du centre. Et d’ajouter : « Trois femmes viennent à tour de rôle la nuit pour s’occuper des filles, quant à moi je suis là tous les jours. »
Concernant les tâches ménagères et les repas, ce sont les filles qui s’en chargent, selon un planning bien défini. Chaque semaine elles sont appelées à se répartir à tour de rôle la préparation du repas, la vaisselle, le nettoyage, alors qu’avant les repas, le couvert est mis en commun. « Cela permet de les discipliner, les responsabiliser, tout en leur apprenant à gérer une maison », poursuit Murielle. D’autres activités, telles la couture ou la fabrication d’objets artisanaux, leur sont aussi proposées.
Marie-Josée Baudot a d’autres projets : un Halfway home pour les garçons ou encore pour les mères célibataires. Car certaines des pensionnaires ont des enfants mais faute de place elles ont dû les placer dans des shelters. « Si le foyer ferme, ces filles se retrouveront à la rue », conclut-elle.