En termes économiques et financiers, notre île a un certain savoir-faire reconnu par tous, certes imparfait ; en choix et priorités discutables. Bon gré, mal gré, nous avons fait de l’investissement, de la fructification du capital le credo majeur sur lequel reposent les fondations de notre présent et notre devenir. D’autres, plus qualifiés que nous en la matière, peuvent remettre en question la reproduction du schéma qui a bercé tant de générations de riches et de nouveaux riches.
La question qui nous interpelle ici est une particularité assez curieuse. Le pourquoi d’une incapacité, collective souvent, à engranger ce qui est acquis comme avancées, petites et grandes dans le domaine du social. Pourquoi, à chaque budget, à chaque changement de gouvernement, nous sommes «  obligés » de faire « tabula rasa », d’oublier le travail effectué avec  conviction sur l’ingrate terre brûlée que représentent les lieux de marginalisation, d’exclusion et de pauvreté ?
Un Plan Marshall de Lutte contre la pauvreté ? C’est une ritournelle qui nous conforte dans notre bonne conscience. Qui nous berce dans notre irréalité et du  renvoi à nos SAS de confort dans lesquels nous aimons graviter et surtout nous protéger contre les intrus, ces moins que rien. Au privé d’en prendre la charge, de gérer ces lieux comme une entreprise, de ramener aux normes ces « misérables », incapables de fonctionner correctement, de dépenser, dépenser sans compter et de se complaire dans le statut de parasites. Bienvenue au paternalisme des siècles derniers. Gare à ceux et celles qui ne se plieront pas aux injonctions venues d’en haut, pauvres et cadres supposés les soutenir. Bienvenue à la guerre des pauvres, un peu comme la guerre des boutons.
C’est sérieux. Nous avions eu « A Nous Diboute Ensam », programme d’Allégement de la Pauvreté, financé par l’Union européenne et mis en oeuvre conjointement par le Ministère du Plan. Nous avions travaillé avec le «  Trust Fund for Vulnerable Groups » du Ministère des Finances. Il a fallu entre responsables de ces deux programmes apprendre à collaborer, ne pas travailler dans la rivalité, celle stupide « A Chacun ses Pauvres » afin de prouver aux autorités et sponsors que tel ou tel avec son programme est le champion des pauvres ! Risible, oui mais nous sommes dans la lutte des Egos et sous la tutelle de Ministères qui doivent faire leur tam tam spécifique. Nous avons appris à faire taire les nôtres, à respecter les démarches différentes et à travailler avec les plus pointus sur le terrain sur un «  White Paper ». Où sont passées réflexions, recommandations ? Tonneau des Danaïdes…. Et nous avions suscité tant d’espoirs dans les villages, dans ces fameuses poches de pauvreté qu’il fallait revoir, analyser dans leurs spécificités. Mais, non, on n’a pas le temps… Trop long de comprendre pourquoi les programmes micro-crédit ne profitent en fin de compte qu’à ceux qui ont besoin de coup de pouce ponctuel pour rebondir, pas à ceux qui sont vraiment dans la misère. Trop compliqué : donnons, donnons sans compter et montrons ainsi que ça marche. Le nombre de bénéficiaires est là pour l’attester. On s’en f…. de ce que certains, pris dans l’illusion se jettent à corps perdus dans un projet mal ficelé et se retrouvent plus pauvres, dévalorisés, «  moqués » par leurs voisins et relations, jaloux de l’aide qui leur a été apportée. Tonneau des Danaïdes…
Puisqu’il faut reprendre les termes que le privé peut comprendre, pourquoi ne peut-on pas « capitaliser » ces expériences réelles, les travaux théoriques, monographies et études de terrain qui permettent de mieux comprendre les freins (il en existe d’objectifs et de subjectifs) et les facilitateurs possibles pour redynamiser les quartiers laissés à l’exclusion. L’accompagnement des personnes vulnérables ne se décrète pas selon les normes des classes moyennes. Ce sera le gâchis. La désespérance de nouveau. Tonneau encore….
Quelle société d’efforts, d’épargne préfigure-t-on ? L’eau, cette ressource si rare, gratuite, n’offrira pas de valeur ajoutée. Le gaspillage, déjà présent sera amplifié. Pourquoi ne pas, sur une consommation minimale d’une famille à deux enfants par exemple, appliquer des tarifs préférentiels pour l’eau et l’électricité pour cette tranche uniquement. Les personnes apprendraient ainsi en surveillant leur consommation à mieux respecter ces produits. Tonneau réel des Danaïdes pour l’île entière.
IRS….. Le BOI au départ avait des « Guidelines » stricts avant d’accorder les permis aux promoteurs. Etudes d’impact sur la région concernée, études des besoins sociaux auprès d’ONG, des partenaires clé et des populations cible, plans de formation pour créer de l’emploi, recrutements préférentiels….. Sur un budget du promoteur au pro-rata des investissements. Trop lourds….Les RES, plus légers ont contourné ces obligations. Un pas en avant, trente pas en arrière. Telle est notre île.
Pleure, mon enfant. Il est difficile que tes aînés, partis vers des cieux meilleurs reviennent en héros patriotes. L’éducation dans son ensemble part à la dérive, laissant à la traîne de jeunes chômeurs qui ne répondent pas aux exigences du marché. Et ce n’est l’interdiction du jeu qui remplacera l’éducation à des loisirs sains. Faut-il encore que ces lieux existent et que nos plages deviennent toutes accessibles ! L’éducation qui redonne dignité, ambitions authentiques, gratification par l’effort, la méritocratie ne sont pas encore à l’ordre du jour de l’île aux Tonneaux des Danaïdes. Condamnée à remplir d’eau un tonneau sans fond.