“Core values”. C’est le terme anglais que Paul Bérenger préfère pour exposer sa vision du socialisme d’aujourd’hui et qui s’articule autour de cinq principes-clés: la démocratie, la moralité, la justice sociale, le réalisme économique et l’internationalisme. C’est à cette aune-là, dit-il, que l’on peut se réclamer du socialisme ou pas.
Personne ne peut dire qu’il est socialiste s’il n’est pas un démocrate à 100%,  a déclaré le leader du MMM. “Le socialisme c’est le synonyme de la démocratie et c’est le premier principe-clé”, a-t-il martelé en ajoutant qu’être socialiste, c’est aussi tourner le dos au communalisme, c’est la réforme électorale, le financement des partis politiques, des changements en profondeur à la MBC, les télévisions privées et une révision des administrations régionales.
2e “core value”, dit-il, c’est la moralité et une politique de zéro tolérance face à la corruption. En traitement à Paris lors de l’éclatement de l’affaire Cahuzac, il a évoqué le “traumatisme” que cela a représenté pour la gauche française mais aussi pour tous les socialistes.
L’honnêteté, la lutte contre la corruption et les passe-droits sont des marqueurs du socialisme et l’exemple doit toujours venir d’en haut. Aussi a-t-il promis une révision de la loi qui régit l’Independent Commission Against Corruption et la composition de cet organisme ainsi que l’introduction d’une législation sur la déclaration des avoirs non seulement des ministres mais de tous les députés.
3e principe-clé du socialisme: la justice sociale qui, a-t-il soutenu, doit rechercher la réduction des écarts salariaux, le lutte contre la pauvreté et favoriser l’éducation comme moteur de la promotion sociale mais aussi un État-providence solide et moderne.
Il a plaidé pour la lucidité à ce sujet en citant ce qui était considéré jusqu’ici comme une référence, le “nordic model” et qui, lui-même, est aujourd’hui remis en question au point de provoquer des émeutes, comme c’était le cas récemment en Suède. “Nous devons nous inspirer de ce qui se fait de mieux en matière de Welfare State tout en l’adaptant dans la lucidité”, a-t-il déclaré.
4e “core value” du socialisme d’aujourd’hui: le réalisme économique, a soutenu Paul Bérenger en évoquant ce qui s’était passé en ‘81 en France et ce qui se déroule aujourd’hui encore, alors que les socialistes dirigent ce pays. Un volontarisme excessif peut induire les effets contraires, gripper toute la machinerie économique et provoquer la paupérisation des plus vulnérables.
Pierre Mendès-France: “un monument de moralité”
Et de citer Pierre Mendès-France, qui fut Premier ministre que de juin 1954 à février 1955 et qui n’eut de cesse de plaider pour le réalisme économique. Paul Bérenger s’en est inspiré pour dire que si l’économie doit favoriser le développement et être au service des plus pauvres, il ne saurait être question aujourd’hui d’une politique dirigiste d’un autre temps et des nationalisations généralisées.
Il a invité ceux qui ne connaissent pas le “monument de moralité” qu’est Pierre Mendès-France à aller lire les deux ouvrages qui lui sont été consacrés, sa biographie signée Jean Lacouture qui date de 1981 et celle, plus récente, 2007, d’Eric Roussel, de l’Institut Pierre Mendes-France.
5e et dernier “core value” du socialisme d’aujourd’hui: l’internationalisme. “Si on est un vrai socialiste, on ne regarde pas juste ce qui se passe à Maurice, on regarde le monde entier et celui qu’on laissera à nos enfants et à nos petits-enfants”, a déclaré le leader du MMM.
Il a déclaré que le souci de l’internationalisme est d’autant plus crucial que l’on est à l’ère de la mondialisation. La question, a-t-il dit, ce n’est plus de savoir si on accepte ou si on rejette la mondialisation mais de voir comment la réformer et l’humaniser, comment mieux réglementer les banques, comment lutter contre la changement climatique et comment prévenir le danger du nucléaire tant militaire que civil et comment réformer l’Organisation des Nations unies avec un conseil de sécurité “complètement et dangereusement dépassé” pour qu’elle corresponde davantage aux réalités d’aujourd’hui.  
L’internationalisme c’est se soucier du drame palestinien plus que jamais d’actualité, a-t-il aussi déclaré en soulignant que ceux qui se disent socialistes ont le devoir d’être avec le peuple martyre palestinien pour qu’il ait un État aux côtés d’Israel.
Résumant son propos, Paul Bérenger a expliqué qu’iest difficile de trouver le juste équilibre entre les principes et le pouvoir. On a, d’une part, le choix, dit-il, de ne se conformer qu’à ses principes et de renoncer au pouvoir et, de l’autre, de saborder totalement ses principes en ne privilégiant que le pouvoir.
Internationale socialiste: crise d’identité
Lorsqu’on a vocation de diriger un pays pour le changer et oeuvrer pour un monde meilleur, il s’agit, dit-il, de trouver cet équilibre délicat. Il a cité ce qui se passe en Australie pour illustrer à quoi peut conduire la recherche du pouvoir, coûte que coûte, c’est “throw on board” ses principes et s’approprier des postures de droit sur l’immigration juste pour remporter les élections.
Ce n’est pas un équilibre facile à trouver, a-t-il renchéri en citant le raidissement des positions de Jean-Luc Mélenchon en France qui tape sur la gauche plus que sur la droite tandis qu’en Allemagne, le parti qui est à la gauche du SPD maintient ses désaccords tout en faisant campagne contre la droite.
Ce qui l’a amené à commenter l’évolution de certains groupuscules ou syndicats ici même dont certains sont restés figés dans leur position, mais Paul Bérenger dit noter une certaine évolution dans leur attitude.
Comment parler de socialisme aujourd’hui sans évoquer l’organisation qui est censé l’incarner, l’Internationale socialiste ?
C’est ce à quoi s’est attelé Paul Bérenger dans la conclusion de son exposé. Pas tendre sur l’évolution de cet organisme qui a abrité les Ben Ali de la Tunisie et autres partis corrompus ou antidémocratiques, le leader du MMM a parlé d’une crise d’identité et d’existence qui traverse cette organisation. Avec un secrétaire général qui, selon lui, a causé beaucoup de tort.  
Il annonce que le MMM avec d’autres partis membres de l’IS ont constitué une alliance de progressistes pour changer cette organisation et la pousser à retourner à ses fondamentaux.
Le leader du MMM avait démarré sa conférence par une brève revue de l’histoire des socialismes et des différentes tendances ayant existé à travers le monde et ayant constitué la base de sa réflexion sur ce qu’est le socialisme aujourd’hui.
Il a, tour à tour, parlé des expériences de la France, de la Grande Bretagne et de l’Allemagne et ce qui se passe en ce moment même en Afrique du Sud, où l’ANC commence à être contesté par ceux qui l’ont porté au pouvoir au point où le très respecté Desmond Tutu a annoncé qu’il ne voterait pas pour cette formation aux prochaines consultations populaires mais aussi des États Unis, de la Chine et de l’Inde en raison de leur poids sur la scène mondiale.
Paul Bérenger a annoncé sa prochaine conférence sur la Chine et la Démocratie pour dans 15 jours à la mairie de Port Louis et dit aussi envisager une autre causerie publique sur l’archipel des Chagos et les Chagossiens.